‹ Œuvres inédites de F. LamennaisChapitre 169 sur 180 · MEMOIRE ADRESSE A LEON XII · texte numérisé non relu

MEMOIRE ADRESSE A LEON XII

SUR l'état de l'Église en frange (1).

Que l'Église soit, presque en tous lieux, attaquée, opprimée, persécutée, et qu'elle ait à craindre, dans un avenir prochain, des épreuves plus grandes encore, il suffit d'ouvrir les yeux pour le voir : c'est le sujet de la douleur de toutes les âmes chrétiennes. Jamais elle ne s'était trouvée dans une position si difficile et si alarmante : car, d'un côté, affaiblie en elle-même par la tiédeur de la foi et le relâchement de la discipline ; d'un autre côté, partout le pouvoir est entre les mains de ses ennemis, déclarés ou secrets, et, au milieu d'une société qui se dissout visiblement, nulle part on ne lui découvre un solide appui. Privée des secours humains, Dieu la soutiendra sans doute ; du sein de son éternité, il la conduit d'une main toute -puissante à travers les écueils du temps, et, tandis que ses adversaires préparent sa ruine et se croient sûrs de l'accomplir, lui prépare son triomphe.

(1) Le manuscrit de ce Mémoire était renfermé sous la même enveloppe que celui des Progrès de la Révolution et de la guerre contre l'Église, que Lamennais avait donné à mon père. Bien qu'incomplet, ce Mémoire nous a paru devoir être imprimé. C'est une pafjc et peut-être pas la moins curieuse de l'histoii-e de l'Ultramontanisme.

Mais il ne défend pas, il ordonne au contraire de rechercher l'origine des maux qu'il saura guérir ; il veut qu'on ne néglige pour y remédier aucun des moyens que peuvent suggérer un zèle éclairé par l'expérience, et une sagesse courageuse. L'indication de ces moyens (selon mon faible jugement), et celle des causes qui en ont rendu l'application nécessaire, tel est l'objet que je me propose dans ce mémoire. Je ne me dissimule pas mon insuffisance ; je sais que les hautes questions que je vais essayer de traiter exigeraient des lumières infiniment supérieures aux miennes, et qu'on peut, à juste titre, regarder comme extrême présomption de ma part, de m'ingérer en un sujet d'une nature si grave et si délicate. Cependant, commue en cela je n'ai d'autre but que de satisfaire à ma conscience qui me presse de soumettre au vicaire de Jésus-Christ des pensées que j'ai longtemps méditées devant Dieu, j'oserai le supplier de daigner jeter un regard sur ce court écrit que dépose à ses pieds, avec un sentiment profond de respect et d'obéissance, le dernier et le plus humble de ses enfants. Afin d'abuser le moins possible de sa paternelle bonté, je me bornerai aux points les plus essentiels, supprimant tous les développements qui ne paraîtraient pas absolument indispensables.

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