ETAT DE L EQLISE DE FRANCE EN PARTICULIER
La Charte, en transportant le pouvoir réel dans les Chambres, n'a laissé au Roi qu'une souveraineté fictive et une influence très-bornée. Cependant il est plus faible encore par lui-même que par sa position constitutionnelle. Sincèrement chrétien, bon, pieux, mais sans lumières et sans caractère, il ne voit que ce qu'on lui montre dans un cercle très-rétréci, repousse toutes les pensées, craint tous les conseils qui s'étendent au-delà du jour présent, abandonne les affaires à ses ministres et au hasard des événements, et n'a de volonté que pour les petites choses.
M. le Dauphin pratique avec exactitude les devoirs delà
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rcli^^ion. Au-dessous du lloi par l'esprit, et circonvenu, depuis le ministère de M. Decazes, par des hommes de la Kévolulion qui se sont emparés de lui en rellrayant et en le flattant, il a fini par adopter la plupart des idées du siècle, et il y tient avec une sorte d'opiniâtreté violente qui le caractérise particulièrement. Le système de Buonaparte serait le sien, s'il était capable d'en avoir un. 11 conçoit en général le gouvernement comme une espèce de despotisme fondé sur la force militaire, et en harmonie avec ce qu'on nomme les lumières et les besoins du temps. De là son éloignement trèsprononcé pour le clergé, et le vif attachement qu'il manifeste en toute occasion pour les libertés gallicanes.
L'administration est généralement et sera toujours ennemie de l'Église, parce que l'esprit général des lois et des institutions, les vœux des partis et leurs doctrines, lui sont diamétralement opposés.
Par la même raison, les Chambres, quoiqu'elles renferment un certain nombre d'hommes qu'individuellement on peut regarder comme des catholiques sincères, pencheront toujours pour les principes qui tendent à constituer une Église nationale. Voilà pourquoi, depuis deux ans, on y a vu, et de tous les côtés, tant de protestations solennelles en faveur du gallicanisme.
La Magistrature y est encore plus attachée que les Chambres, à cause des idées jansénistes et parlementaires que beaucoup de magistrats ont conservées, et surtout parce qu'elle espère, en attaquant l'Église, accroître son importance et se créer une influence politique.
Les journaux, organes des partis qui divisent la France; ne négligent rien, excepté un, d'ailleurs assez insignifiant, la Quotidienne, pour inspirer au peuple la haine et le mépris du clergé qu'ils désignent sous le nom de parti-prâtre. Dé-
clamant sans cesse contre Rome, ils appellent à grands cris le protestantisme; non pas un protestantisme de dogmes et de culte, mais de discipline, c'est-à-dire une rupture absolue avec le Saint-Siège, qui consommerait l'asservissement de la religion et de ses ministres, assimilés dès lors à de simples officiers civils du dernier rang. Les maximes gallicanes, fort indiirérentes en soi à ces hommes de désordre qui ne croient pas même au christianisme, reviennent néanmoins perpétuellement sous leur plume, comme le prétexte et le moyen d'effectuer le schisme, selon le plan tracé par M. de Montlosier.
Malgré sa faiblesse et ses préjugés, M. l'évêque d'Hermopolis a certainement trop de conscience, trop de foi, pour favoriser directement l'exécution d'un si détestable projet; mais il ne laisse pas de le servir par l'appui qu'il prête, comme je le dirai tout à l'heure, au gallicanisme, et parmi les subalternes auxquels ce prélat est livré, il en est dont les intentions sont au moins extrêmement suspectes. Rien, dans l'état présentdes choses, ne pourrait être et n'a été plus funeste à l'Église que l'institution du ministère des Affaires ecclésiastiques, qui donne au gouvernement une action directe, et en apparence régulière, sur le clergé. Lorsqu'il était administre par un laïque, presque toujours notoirement ennemi de la religion, les plus simples se méfiaient de sa parole et de ses actes. Le mal qu'il faisait ou qu'il voulait faire, était décrédité dès en naissant; il trouvait presque partout une résistance insurmontable. Il n'en a pas été ainsi quand un évêque a rempli les mêmes fonctions, et qu'il a, de plus, été chargé de la feuille des bénéfices, enlevée, pour la lui remettre, à M. Le Grand- Aumônier qui présentait seul au Roi, de manière que les nominations n'étaient pas soumises aux conseils des ministres. Sans ces diverses circonstances qui ont rassemblé autour de
M. révoque (l'IIermopolis de petites passions, de petites ambitions, et qui les ont liées à sa cause personnelle, on n'aurait jamais vu la Déclaration du mois d'avril.
La faiblesse de l'épiscopat s'est manifestée tout entière à cette triste époque, où pas un seul évêque n'a osé professer publiquement la foi qu'il avait au fond du cœur. Et c'est que les meilleurs d'entre eux ne comprennent qu'une partie de leurs devoirs. Pieux, zélés, pour la plupart, appliqués à remplir les fonctions de leur ordre, mais ne voyant rien au-delà, ce sont des curés plutôt que des évoques. Chacun d'eux, isolé des autres, ne s'occupe que de son diocèse; et tous, placés dans la dépendance de l'administration, craignent d'avoir à lutter contre elle. Quand on leur parle de doctrine, des entreprises du pouvoir civil, des intérêts généraux de l'Église, ils répondent que cela regarde le Pape.
On doit d'ailleurs leur rendre cette justice, qu'ils sont, à peu d'exceptions près, sincèrement attachés au Saint-Siège. Ils rejettent de bonne foi les trois derniers articles de 1682, qu'au reste personne maintenant ne défend d'une manière sérieuse. Il ne faut cependant pas les croire morts à cause de cela : ils revivraient demain, si demain l'on avait un motif pour les soutenir, si quelque erreur, condamnée par le Souverain-Pontife, venait à se faire des partisans passionnés et nombreux. Mais aujourd'hui l'instinct catholique, le bon sens, l'évidence, entraînent vers la vérité tous ceux que leurs intérêts ou leur alîection ne lient pas aux hommes du pouvoir. La plupart des évoques tiennent davantage au premier article qu'ils n'entendent pas Néanmoins si le Saint- Siège parlait, ils se soumettraient, sans aucun doute, parce qu'ils sont tous vraiment catholiques au fond de Tàme, et que les autres n'oseraient jamais, à moins de circonstances extraordinaires, se séparer du corps de l'épiscopat, atten-
du surtout les dispositions des pasteurs du second ordre.
L'immense majorité du jeune clergé et la plus grande partie de l'ancien ne laissent rien à désirer, sous le rapport de la pureté des doctrines, du zèle et de la régularité. Il faut admirer et bénir la Providence divine, à qui la France doit tant de bons prêtres profondément dévoués à la chaire d'unité. Un mot du Pape serait tout pour eux; et comme ils jouissent, à un haut degré, de la confiance des fidèles, leur exemple entraînerait la masse du peuple. C'est là aujourd'hui, très-certainement, la plus forte, ou plutôt l'unique barrière contre le schisme.
Quant aux corporations ecclésiastiques, Saint-Sulpice entièrement livré (du moins la maison de Paris) à M. l'évêque d'Hermopolis, fait un mal infini par son enseignement et par son influence.
Les Lazaristes ont un bon esprit, mais leur action est peu étendue. En général l'enseignement, quoique timide, est pur chez eux.
Les Missionnaires de France, et toutes les autres compagnies de missionnaires que je connais, professent hautement l'ultramontanisme, comme on parle ici. On ne saurait trop louer les services qu'ils rendent à la Religion.
Les Jésuites évitent de se prononcer, ménagent tout le monde, tâchent de parler à chacun son langage, cherchent à se soutenir par l'adresse, ont peu d'amis sincères, et, à tout prendre, affaiblissent plus qu'ils ne fortifient la cause catholique , qu'ils ont néanmoins la meilleure intention de servir.
De ce qui vient d'être dit, on peut conclure qu'il y aurait, en ce moment, une vive et même, je crois, une invincible résistance au schisme. Mais si l'on considère l'avenir, on y découvre bien des motifs de crainte.
Quelques prélats, ou décidément prononcés contre Rome,
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comme le cardinal de Latil, ou conduits par des grands-vicaires d'une doctrine suspecte, comme l'évoque de Dijon, ou asservis à l'influence du ministère ecclésiastique, travaillent à corrompre renseignement dans leurs séminaires, interdisent sévèrement lalecture des ouvrages où les droitsduSaint- Siége sont défendus, et portent même quelquefois le zèle gallican jusqu'à menacer d'exclure des ordres sacrés des élèves assez hardis pour oser professer sur l'Église les mômes sentiments que le chef de l'Église.
L'évoque d'Ilermopolis, comme ministre et comme Grand- Maître de l'Université, agit dans le môme sens par toute la France, destituant, persécutant les professeurs, etc., attachés aux doctrines romaines, et prodiguant les encouragements, les faveurs à ceux qui les combattent. 11 est vrai que cette protection éclatante accordée aux uns, et ces rigueurs qui pèsent sur les autres, n'ont pas eu jusqu'à présent tout l'elîet qu'on en attendait, parce que l'on est encore dans la chaleur de la lutte, et que l'amour-propre, le point d'honneur, l'intérêt général qu'inspirent les victimes du Pouvoir, concourent avec la conscience à soutenir ceux qui pourraient être tentés de céder. Cependant il en résulte qu'ils mettent, dans l'expression de leurs sentiments, plus de réserve et de circonspection.
Mais le mal, aujourd'hui peu sensible, ira croissant à mesure que les cœurs se refroidiront, que les sentiments humains, l'ambition, le besoin même, feront entendre leurs voix, que les exemples de faiblesse se multiplieront ; à mesure surtout queTépiscopat changera d'esprit en se renouvelant. Voilà ce qui doit alarmer, voilà la grande plaie de l'Église de France. Les évêques nommés dans le Conseil depuis l'institution du ministère ecclésiastique, sont choisis, comme il est naturel de le penser, parmi les hommes dévoués au
système gallican, ou faibles de conscience et de caractère ; de sorte qu'avec le temps, si cela continuait ainsi, on aurait infailliblement un épiscopat tout entier composé selon les vues de l'administration, épiscopat qui, sans aucun doute, finirait par former un clergé semblable à lui : car les hommes ne sauraient résister longtemps à l'influence de l'autorité maîtresse de l'enseignement, de l'autorité qui distribue les faveurs et les disgrâces. Une sage prévoyance doit tenir compteaussidu progrès inévitable des idées révolutionnaires, des préjugés et des passions de la jeunesse actuelle, des principes d'indépendance dans lesquels on l'élève et qu'elle adopte avec enthousiasme, de ce penchant général soit pratique, soit dogmatique au scepticisme, dont les chrétiens mêmes ne sont pas exempts et qui énerve en eux au moins la vigueur de la foi : toutes choses inquiétantes pour l'avenir, et qui sollicitent un remède prompt et efficace. Mais quel est ce remède ? Gomment combattre une maladie si grave et si compliquée? Gomment affranchir l'Église de la servitude qui l'opprime, comment la sauver du schisme qui la menace ? J'oserai hasarder quelques réflexions sur cet important sujet.
MOYENS QUI PARAITRAIENT, SELON NOTRE FAIBLE JUGEMENT, LES PLUS PROPRES A REMÉDIER AUX MAUX DE l'ÉGLISE.
Le Souverain-Pontife , dirigé par TEsprit-Saint dans le gouvernement de l'Église, connaît seul sa vraie position, et peut seul juger de ce que réclament ses besoins selon les circonstances des temps. Les pensées que je vais prendre la liberté de lui soumettre, ne sont donc que de simples doutes
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proposés à la décision d'une sagesse infaillible, que le bégaiement, pour ainsi dire, d'un enfant plein d'obéissance, qui élève vers son père une voix respectueuse, et qui lui dit : Voilà ce que je crois apercevoir. Si je me trompe, daignez encore regarder mes paroles, trop hardies peut-ôtre, comme un mouvement de zèle et comme un hommage de vénération et d'amour.
Quelque soit la prudence du Saint-Siège, et si loin qu'il porte la condescendance, il semble impossible que de graves différends ne viennent pas troubler, plus ou moins prochainement, ses rapports avec les puissances temporelles. Les choses en sont arrivées au point que désormais, selon toutes les vraisemblances humaines, une longue paix ne saurait subsister entre eux.
Car, premièrement, il ne dépend pas des gouvernements de renoncer à leur système d'hostilités contre l'Église; une force aveugle les pousse en avant; et quand ils pourraient y renoncer, ils ne le voudraient pas, par les raisons exposées précédemment.
Il n'estpasmoins impossible, en second lieu, qu'un système en action dans la société ne se développe pas successivement jusque dans ses dernières conséquences, surtout lorsqu'il est conforme à une certaine disposition générale des esprits, et que les passions et les intérêts des partis qui agitent l'État, favorisent et pressent ce développement.
Mais, troisièmement, ce système ne saurait se développer davantage sans amener une lutte entre le Saint-Siège, qui ne peut plus rien céder, et les gouvernements qui exigeront de lui des concessions nouvelles, ou qui formeront de nouvelles entreprises qu'il ne sera pas possible au Souverain- Pontife de tolérer.
Il paraît donc qu'on ne saurait trop tôt se préparer à des
événements qu'on a tout lieu de juger inévitables. La question n'est pas de savoir s'il est bon de rester dans la situation présente, mais d'examiner ce qui peut la rendre moins périlleuse dans l'avenir, lorsqu'elle viendra bientôt à changer forcément.
Et quand il s'agirait de savoir s'il convient de rester dans la situation actuelle, il y aurait encore à peser les considérations suivantes :
Doit-on accepter comme un ordre stable et compatible avec la dignité, avec l'existence même de l'Église, l'état de dépendance et de servitude où elle se trouve maintenant à l'égard des puissances temporelles?
Convient-il que les peuples qui cherchent une liberté raisonnable en elle-même, mais qui, égarés par des guides pervers, la cherchent follement, parce qu'ils la cherchent hors du christianisme et hors de TÉglise, continuent d'avoir un prétexte de s'éloigner d'elle, en la considérant comme l'alliée naturelle de tous les genres de despotisme?
Serait-il prudent de lier ou de paraître lier indissolublement la cause de l'Église à celle des gouvernements ennemis de l'Église, et cela, au moment même où ces gouvernements croulent de tous côtés?
L'Église peut-elle, sans un danger extrême, rester longtemps encore dans une position telle que l'exercice de son autorité paraisse entièrement soumis au bon plaisir des Princes ? Peut-elle et doit-elle consentir à demeurer dans l'espèce de nullité à laquelle on l'a réduite? Et ne serait-il pas à craindre que tous les liens de cette société divine ne finissent par se rompre successivement?
Voyez, en effet, jusqu'à quel point ils sont déjà relâchés, et quels innombrables obstacles rencontre de toutes parts son pouvoir de gouvernement.
On proteste, en thèse de droit, contre le vicaire de Jésns- Glirist; et, dans la pratique, on rernp«*che de correspondre directement avec les évoques, on arrête ses bulles dogmatiques, on ne permet pas de les publier, on (karte soigneusement son intervention lors môme qu'elle serait le plus nécessaire, on le traite en tout comme un étranger, comme une puissance suspecte. On dépouille également les évoques de leurs droits, môme du droit divin et si essentiel qu'ils ont sur l'enseignement; on leur défend de s'assembler selon les règles canoniques, on les isole pour les dominer plus facilement; on veille à ce qu'il n'existe presque aucun rapport entre eux et leur chef. Plus de tribunaux ecclésiasques : si un évoque venait à prêcher l'hérésie, qui s'y opposerait? comment le jugerait-on ? Nulle discipline commune, rien de stable, rien d'uniforme, l'arbitraire à la place des règles sans force désormais, parce qu'on peut toujours les violer impunément. L'appel comme d'abus admis en principe par le Conseil d'État, et avec toute l'extcntion que lui donnait l'ancienne jurisprudence des Parlements, consomme l'oppression de l'Église entièrement livrée aux caprices de la puissance civile.
A ces maux déjà si grands viennent se joindre encore d'autres maux. Le clergé lui-môme, quels que soient son respect et son attachement pour le successeur du Prince des Apôtres, ne voyant, ne sentant nulle part son autorité, apprend peu à peu à se passer de lui. Ses divines prérogatives deviennent une chose de pure théorie. En France et en Irlande, des évoques oubliant ses droits les plus sacrés, osent sur des points qui touchent aux fondements mômes de l'Église, faire des déclarations de doctrine, non-seulement sans le consulter, mais malgré ses défenses et contre lui, contre son enseignement invariable et connu du monde entier. On s'habitue
ainsi à le compter pour rien. A peine si, en quelques occasions rares, on a recours à lui pour la forme, ce qui se borne presque aux dispenses matrimoniales : et encore, dans plusieurs diocèses, les évoques dispensent sans difficulté, malgré les prohibitions expresses des canons.
Il n'est que trop aisé de prévoir ce qui résulterait d'un pareil état de désordre, pour peu qu'il se prolongeât. Mais enfin comment en sortir? Que faire? Ce n'est qu'en tremblant, et avec une profonde défiance de moi-même, que je vais exposer mon humble sentiment.
Je suis très-loin de penser qu'on doit rompre violemment les rapports quelconques qui unissent encore extérieurement l'Église aux puissances temporelles. Au contraire, je crois qu'on doit s'attacher soigneusement à ne fournir aucun prétexte plausible de l'accuser de les avoir rompus. Mais je crois aussi qu'il est temps et grand temps que le Saint-Siège ressaisisse le pouvoir qu'on lui dispute, et en use avec fermeté. Il est temps que les peuples sentent que ce pouvoir ne meurt point, et qu'il ne craint rien des hommes. Il est temps, en un mot, et d'agir et de parler, car on ne croit, je le répète, qu'à l'autorité qui agit et qui parle.
Que TÉglise, sans négliger aucun ménagement de prudence, se considère comme indépendante et veuille l'être en effet, qu'elle se montre en tout et toujours, qu'au lieu de laisser ses droits en compromis , elle en use sans timidité, sans hésitation, en ce qui ne saurait être matériellement empêché, elle recouvrera bien vite un ascendant immense; car elle est le seul pouvoir réel qui subsiste aujourd'hui.
Qu'elle se fortifie en elle-même au milieu de la lutte des peuples et des rois , sans y prendre aucune part directe. Les vainqueurs, quels qu'ils soient, tomberont un jour à ses pieds, et la supplieront de leur donner ce qui leur manquera
toujours, tant qu'ils seront sépan'^s d'elle, un principe d'ordre et de stabilité, un lien moral, la vie.
L'anarchie môme des esprits, qui a dissous la société civile, facilite, à certains égards, le rétablissement de l'autorité pontificale qui ne se trouve en présence d'aucune autre autorité reconnue; de sorte que cette grande loi de la nature humaine, contre laquelle les hommes luttent maintenant, cette loi qui les soumet, malgré qu'ils en aient, à une autorité nécessaire , les force h leur insu de graviter vers Rome. Voilà pourquoi le moindre acte, la moindre parole du Souverain-Pontife, excite une attention si vive, tant de crainte dans les uns, dans les autres tant d'espérance. On sent qu'il y a là quelque chose sous quoi tout le monde doit plier.
La résolution d'affranchir l'Église du joug séculier une fois prise, les moyens se présentent d'eux-mêmes : se dégager le plus possible des entraves diplomatiques; briser cette espèce de rets dans lesquels les princes et leurs conseillers ont enlacé le pouvoir ecclésiastique, je veux dire les formes qui sont partout l'instrument de l'oppression de l'Église; publier les bulles et autres actes d'une nature purement spirituelle, sans attendre l'acquiescement des souverains, et sans les soumettre à leur contrôle ; saisir toutes les occasions de parler aux évoques, leur écrire directement pour les louer, les réprimander, les avertir, les diriger, selon le besoin et les circonstances ; rétablir de la sorte peu à peu, avec une discipline uniforme et régulière, les rapports de subordination des membres avec le chef; veiller attentivement au choix des évoques ; ne pas craindre (dût-il en résulter des contestations, définitivement toujours favorables à celui qui a le droit, et qui ne cède point), ne pas craindre, dis-je, de refuser l'institution aux sujets nommés qui se-
raientdangereux soit parleurs mœurs, soit par leur incapacité, II. '22
soit par leurs doctrines connues; contenir, de cette manière, les hommes ambitieux disposés à sacrifier les saines maximes, pour capter la faveur de la Puissance temporelle; reprendre le gouvernement des intelligences , par de hautes instructions données avec autorité, siciUpotestatem habens ; détruire ainsi progressivement l'opinion générale de la faiblesse de Rome, et relever sa puissance dans l'esprit des peuples.
Et comme le Souverain -Pontife, j^ère et docteur de toits les chrétiens, a été établi particulièrement pour les préserver de l'erreur, et pour conserver dans toute leur pureté les vérités nécessaires, il paraîtrait naturel que les doctrines fixassent d'abord son attention : d'autant plus que si, d'un côté, il semble être indispensable de signaler aux fidèles et aux pasteurs même les maximes funestes qui troublent l'Eglise et la société, et d'en arrêter les progrès par une solennelle condamnation; d'un autre côté, il n'est pas moins important d'encourager, d'affermir les bons, de ramener les hommes faibles ou prévenus qui s'égarent avec quelque bonne foi; de rassembler enfin dans l'unité dune même doctrine clairement définie, tous les vrais catholiques, afin qu'unis ainsi ils puissent résister plus efficacement aux ennemis du christianisme et de l'ordre social ; afin que le Saint-Siège, connaissant ceux qui lui appartiennent véritablement , sache avec certitude sur qui il peut compter dans les persécutions qui approchent, et, pour ainsi dire, ait sous sa main une masse imposante de chrétiens dévoués qui rendront son autorité respectable aux puissances mêmes qui ont conçu le dessein de la renverser.
Je pense donc qu'il serait infiniment désirable que le Souverain-Pontife publiât, avec les formes les plus solennelles, une bulle adressée à tous les fidèles, et dans laquelle il condamnerait les erreurs désastreuses qui ravagent aujourd'hui
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la chrétienté. Bien fine le nombre en soit très-grand, si on y comprend toutes leurs conséquences, jo vais, en remontant aux premiers principes d'où ces conséquences dérivent, essayer de les réduire à quelques chefs principaux.
r. Il RE LU s OUI TRUUIJLLNT L KOLIrii; ET IJ(J U L E V E R S E N T LA