‹ Œuvres inédites de F. LamennaisChapitre 25 sur 180 · Aie ynême · texte numérisé non relu

Aie ynême

La Chênaie, 16 mai 1827.

Je ne reçois, mon cher ami, de lettres de personne; je serais pourtant bien aise d'avoir de vos nouvelles à tous, et de savoir un peu ce qui se passe ; mais je sais que vous êtes fort occupés, et surtout fort détournés. 11 n'en est pas ainsi de moi, Dieu merci. Malheureusement je ne profite guère de mon loisir, non par défaut de volonté, mais à cause de la faiblesse que j'éprouve habituellement. J'ai continué à me lever de bonne heure , c'est-à-dire, à cinq heures et même à quatre. Je m'en trouve bien, et cela ne me coûte pas, car ce n'est ni par système, ni de dessein prémédité que j'en use ainsi : cela est venu de soi-même tout naturellement.

Veuillez demander à M. Waille si ma caisse est partie. Je l'attends avec impatience.

VeulllezaussivoirM. Belin. Je luiai envoyé les troispremiers volumes de V Essai corrigés; je ne sais s'il les a reçus, et j'atends les deux autres, c'est-à-dire le 4" et la Défense. 11 pourrait me les adresser par la poste, s'il ne les a déjà fait partir

par une autre voie. 11 n'y a pas de temps à perdre pour faire les corrections sur les clichés.

Je vous prie de ne pas oublier les Bulles dont je vous ai demandé une copie, et de rappeler à M. Drach les notes qu'il m'a promises sur le gouvernement des Juifs, dans ses rapports avec l'autorité spirituelle.

Il paraît que le Mémorial n'a pas paru le 10 mai, comme vous me l'annonciez, car je ne l'ai pas reçu encore.

Quand mon frère sera de retour ici, je saurai de lui si sa collection est complète, ou si les volumes que vous a remis Charles font partie de la vôtre. Il me manque une très-jolie édition in-18 du Spectateur anglais, et sûrement bien d'autres choses. J'avais un chapeau tout neuf; il me l'a pris, et en a laissé un vieux à la place. Heureusement que la maison n'était pas transportable, car je ne l'aurais pas retrouvée.

Voici deux passages assez curieux. Le premier est extrait de V Introduction à la vie et aux vertus chrétiennes y de M. Ollier, page 79, Paris, 1684 : le second du Traité des délits et des peines de Beccaria, chapitre 8.

«Il faut beaucoup d'humilité pour avoir la foi... C'est (( pourquoi les philosophes et les hérétiques, tous remplis de (( superbe, ont mis tant d'obstacle à la foi. L'humble, au con- (( traire, défère au jugement d'autrui, se soumet à la vérité, « n'est jamais opiniâtre, en un mot il croit tout. »

« Tout homme raisonnable, c'est-«\-dire dont les idées ont (( entre elles une certaine liaison, et dont les sensations sont « conformes à celles des autres hommes, peut être témoin. •>

Souvenirs pleins d'amitié à tout ce qui vous entoure. Je vous aime et vous embrasse tendrement.

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2G8. — Au même.

La Chênaie, 28 mai 1827.

Je reçois, mon cher ami, votre lettre du 25 mai. Je n'en avais pas reçu depuis le 13. Gela me peinait. De plus, j'étais inquietdupaquet adressé à W... J'ai donc écrit, par occasion, à l'abbé de Salinis, un mot où l'humeur perce. J'en suis bien fâché, dites-le-lui. Vous ne savez pas ce que c'est que le tourment d'une imagination malade à force de souffrances. Je ne vous demande pas de longues lettres, mais un mot, un seul mot, cum hocipsura debueris scribere te non habuisse quod scrlberes, comme disait Saint Jérôme, qui ajoutait : Si irasceris, iratus licet, scribe. Je vous écrirai à tous plus en détail incessamment. Je remercie l'abbé do Salinis, l'abbé Rohrbacher et Le Tourneur. Mille amitiés à Mahony.

Vous savez que je désirais quelqu'un pour copier. M. de Senfft m'a trouvé ce que je cherchais. Le jeune homme qu'il m'envoie aura une lettre pour vous, ou pour l'abbé de Salinis. Vous voudrez bien lui donner une chambre à la maison, et après qu'il se sera reposé à Paris, pourvoir à son voyage ici. Dans le cas où vous ne verriez pas que votre séjour làbas fût nécessaire, je désirerais vivement que vous vinssiez avec lui; il vous attendrait s'il le fallait. Un mois de plus passé ici vous fera du bien. Vous pourriez vous en retourner avec l'abbé de Salinis à la fin de septembre, ou au commencement d'octobre. Adieu, je vous embrasse tous bien tendrement.

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