A rahhc Jron
La Chênaie, IG juin 1827.
De peur de l'oublier, je commence par te rappeler le petit envoi que nous sommes convenus que tu ferais à Paulin Guérin, rue Mont-Thabor n° 4. Sa petite fille se nomme Cécile. Tu ne manqueras pas de payer le port à la diligence.
Yoilà deux lettres de l'abbé Gerbet et un billet du Père Brzozowski, que tu me renverras de Rennes, ou que tu rapporteras à ton premier voyage. J'y joins ma réponse à l'abbé Gerbet. Le paquet est ouvert, afin que tu puisses y ajouter ce que tu voudras. Tu le fermeras ensuite, et tu le feras mettre à la poste soit à Uol,soità Gombourg, sous le couvert du Grand- Aumônier.
D'après ce qu'écrit l'abbé Gerbet, le Père Combalot devrait être arrivé à Rennes. J'en suis charmé. Je craignais quelque intrigue qui eût changé sa détermination.
J'ai appris ces jours derniers qu'il existe un enfant du pauvre X. Sa mère était domestique aux Corbières. Elle s'est mariée depuis à un douanier, dont elle a une famille nombreuse, et qui, en se mariant, donna son nom au pre-
mier enfant. Celui-ci ignore de qui il est le fils, et personne ne le sait. Ce jeune homme, qui a vingt-un ans, paraît être un bon sujet. Il était d'abord dans les douanes; ses chefs lui proposèrent de l'avancement pour l'y faire rester, mais sa santé, qui n'est pas bonne, ne pouvait soutenir les fatigues de cet état. Il désirait se faire prêtre, sa naissance y a mis obstacle. Maintenant il travaille chez un menuisier, passant une partie des nuits à lire sur la paille où il couche, quand il peut se procurer des livres. Voilà tout ce que je sais jusqu'à présent. Gela fait grande pitié.
Marion a coaché ici la nuit dernière ; il part à l'instant pour Rennes, afin de préparer la litière et le râtelier pour les électeurs du grand collège. Il te verra à l'époque des élections. On dit que Dufougcray sera réélu. Gela ne m'étonnerapas, vu particulièrement les mesures prises par le Préfet, expert en ce genre d'affaires. On jette des promesses dans la lie ministérielle pour la faire entrer en fermentation. Ge ne sera jamais, quoi qu'on fasse, qu'une fermentation putride. La haine pour les ministres, etc., est au comble, et ressemble à de la rage. Le jour de la fête du roi, les pièces faites à cette occasion ont été sifflées d'un bout à Tautre, à tous les théâtres, par les spectateurs gratuits. Le ministère, avec la majorité qu'il va se donner, sera forcé de se précipiter dans les violences, ce qui amènera une réaction terrible. Voilà ce que l'avenir nous offre de plus clair. M. le marquis de B*** est arrivé avec son patron, et il gagne son argent à l'ordinaire. Gette race d'hommes qu'il faudrait noyer dans la boue, noiera la France dans le sang. Qu'y faire? Jovis perfi^ cichatur consUmm.