‹ Œuvres inédites de F. LamennaisChapitre 28 sur 180 · A rabbcX · texte numérisé non relu

A rabbcX

ir, juin 1827.

Je ne pourrai, mon cher ami, chercher vos cahiers de philosophie qu'à l'arrivée de mon frère. Je l'attends au reste dans quelques jours, .l'ai vérifié sa collection reliée du 3/emorial. Il manque le 'S'' volume. Vous verrez si c'est celui que Charles vous a rapporté. Je serais bien aise aussi de recevoir, à l'occasion, les Soirées de Saint-Pétersbourg qu'il vous a remises et qui me manquent.

Deux paysans étaient chargés de transporter une glace; ils la laissent choir, et au lieu d'une, en voilà mille. Le cadre seul resta intact. Ils arrivent avec les morceaux, et sans s'émouvoir : « J'avons eu, disent-ils, un p'tit malheur ; mais le mal n'est pas ben grand, il n'y a que la voirine de cassée. » C'est le contraire tout juste qui m'est advenu; j'ai laissé tomber mes lunettes, la voirine n'a point eu de mal, mais la monture s'est brisée. Aurez-vous la bonté d'en fiiiro mettre une nouvelle? M. de Lehen s'est chargé de vous porteries débris.

Autres prières pour quand vous viendrez : je désirerais deux dés en ivoire ^our anoblir un peu mes défaites, durant votre séjour à la Chênaie ; et une de ces petites cuillères de bois qui accompagnent les boîtes dans lesquelles on mouille le tabac.

Parlez-moi un peu des dispositions de Daubrée. S'il persistait dans son premier désir, et si vous jugiez, ainsi que l'abbé de Salinis, qu'il pût être utile, il ne faudrait pas perdre de temps pour faire demander son earat par l'évéque de Rennes, qui céderait en échange un, ou même deux sujets.

Je suis très-aise que vous ayez été passer trois jours à Versailles. J'espère que ce petit voyage vous aura fait du bien. Pour moi, puisque vous voulez que je vous parle de ma santé, je suis toujours extrêmement faible; un rien m'abat. J'ignore à quoi cela tient. J'éprouve aussi une sorte de susceptibilité maladive qui s'étend à toutes choses. Parmi mes livres italiens, j'ai trouvé une traduction de Paul et Virginie ; je me suis mis à la lire, mais je ne sais pas combien il me faudra de temps pour l'achever. Au bout de huit à dix pages il me faut fermer le livre ; l'émotion devient trop vive, et il m'en reste un sentiment de tristesse profonde qui a bien de la peine à se dissiper. De même pour tout. Le pis est que cette tristesse que mon cœur boit, pour ainsi dire comme l'éponge s'imbibe d'eau, détruit entièrement mes forces. Cela passera, ou bien je passerai, ce qui revient au même. Je vous embrasse tendrement.

Page 1