‹ Œuvres inédites de F. LamennaisChapitre 56 sur 180 · Au même · texte numérisé non relu

Au même

Rome, le 22 mars 1852.

La dernière lettre que j'ai reçue de vous, mon cher ami, m'a un peu tranquillisé sur votre santé. Non-seulement vous faites bien de suspendre toute application de tête jusqu'à Pâques, mais je vous engage fort à continuer d'user après des plus grands ménagements, sans quoi vous ne tarderiez pas à retomber. Pendant le printemps et pendant l'été, allez souvent à la campagne : vous avez besoin d'exercice, de dis-

tractions et de repos fréquents. Pour moi, je suis depuis quelques jours à Saint- Andréa délia Valle, près du Père Ventura qui m'entoure de toute sorte de soins, et à l'amitié duquel je ne puis dire combien je suis redevable. C'est lui qui aujourd'hui m'engage à vous écrire, pour vous donner avis des nouvelles intrigues qu'ourdissent contre nous les gallicans appuyés et guidés par les Jésuites, qui s'occupent de soulever plus fortement que jamais les évoques de France, et à qui nulles faussetés, nulles calomnies ne coûteront pour cela. C'est véritablement Tenfer. Mais il ne faut pas se* décourager : nous triompherons avec le temps, cela est certain. Le jour de la vérité est plus près qu'on ne croit. Dites donc à nos amis de ne point se laisser abattre, ni tromper par les mensonges déjà, je le sais, partis d'ici. Ce n'est pas le moment d'établir un journal mensuel, mais il importe beaucoup de soutenir VAgence, ainsi que les cours qui feront un bien immense. Voilà Tœuvre du moment. Ayons de la patience et Dieu sera pour nous. Notre séjour ici n'aura pas été stérile : la Providence a tout conduit et continuera de tout conduire pour le plus grand bien. Les difficultés naissent des circonstances politiques, et ces mêmes circonstances amèneront les changements nécessaires pour que l'Église subsiste, on pourrait presque dire renaisse, tant elle est aujourd'hui malade et délaissée : Nous devons nous rappeler souvent ces mots de Notre-Seigncur : Beati eritis cum persecuti vos fuerint, etc. C'est le temps pour nous de vivre de foi. Mais, je le répète, n'en doutez pas, plus le pauvre arbre que nous avons planté est battu delà tempête, plus ses racines s'enfoncent profondément. Rappelez-moi au souvenir de tous nos amis, et embrassez pour moi nos chers enfants.

Totus tuus in Christo ex intimo corde.

ŒUVRES INÉDITES DE LAMENNAIS lOo

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