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Rome, le 2 juin 1832.
Tu dois avoir reçu une lettre que je t'écrivis il y a deux ou trois semaines, de Frascati où j'ai passé un mois et où j<; retournerai dans huit jours. Rien, depuis lors, n'a changé ici dans l'état de nos affaires. On ne s'y occupe que de la question politique qui s'embrouille toujours plus, et qui aura en Italie le même dénouement que partout. Les hommes les plus distingués de ce pays regrettent extrêmement que nous ayons interrompu la publication de V Avenir^ et voudraient que nous la reprissions le plus tôt possible. Mais la même cause qui nous l'a fait suspendre, empêche de la recommencer en ce moment. Où trouver 150 ou 200,000 francs qu'il faudrait pour cela? Nous n'attendons, Montalembert et moi, pour nous en retourner, que de pouvoir un peu mieux juger de la direction que vont prendre les événements en France, en Belgique et en Angleterre. C'est en Belgique que nous nous rendrons en parlant d'ici. Il faut, dans tous les cas, que je m'y arrête pour envoyer de là les pouvoirs nécessaires afin d'arriver à une cession de biens, qui me libère personnellement, et m'y occuper, s'il y a lieu, de l'établissement qu'il a été question d'y former. Ici, on regarde le Pape actuel comme un provisoire, en attendant ce que Dieu prépare pour le salut de son Église. Ce pauvre Pape a de la piété, mais voilà tout. Il ne sait rien, n'entend rien, ne comprend rien, n'a confiance in personne, et personne n'a confiance en Ijui. Il y a queUiue chose de surnaturel dans cet homme, quelque chose de visiblement voulu de Dieu pour arriver à certaines fins, c'est-àdire à la dissolution prochaine et violente d'un ordre de eho-
ses incompatible avec la durée du catholicisme. Le soleil n'est pas plus clair que cela.
Voilà plus de trois mois que je n'ai pas reçu une seule lettre de l'abbé Gerbet, mais je suis, grâce à Dieu, tranquille sur sa santé, d'après ce qu'on m'a écrit de Paris. Seulement je ne sais rien, absolument rien de nos affaires.
Le moment n'est pas favorable pour commencer l'impression de l'ouvrage de M. Rohrbacher. Le mieux est d'attendre quelques mois. Ge»retard offrira d'ailleurs un autre avantage, c'est que les volumes pourront se suivre à une moins longue distance les uns des autres. Je ne vois que M. Gerbet qui pût examiner le manuscrit.
Je reviens à mon départ. Il est probable que nous passerons encore ici cinq ou six semaines. Puis nous nous rendrons à Florence, où nous serons obligés de séjourner une quinzaine. Le reste de notre voyage est incertain, mais je ne crois pas que nous puissions être en Belgique avant septembre. Je t'embrasse.
Rome, le 1" juillet 1832.
Je reçois ta lettre du 11 juin, qui m'a fait d'autant plus de plaisir que, dans les circonstances actuelles; il est impossible de n'être pas inquiet sur ceux des siens qui se trouvent dans un pays si troublé. J'espère néanmoins fortement que la Providence les protégera et toi en particulier. Quant à moi, je partirai de Rome le 9 de ce mois, avec Montalembert qui n'a point voulu me quitter. Notre mission ici est désormais remplie. Les hommes les plus distingués regardent notre cause comme gagnée près du Saint-Sicge, dès que, pressé
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de nous condamner, si nous avions erré sur quelque point de doctrine, il a garde le silence, et ces mômes hommes nous pressent de reprendre nos travaux, sans nous inquiéter des oppositions épiscopales, s'il nous arrivait d'en rencontrer encore. Je nommerai particulièrement le Cardinal Micara, qui nous a dit en propres termes : « Vous êtes en règle et « parfaitement libres de refaire ce que vous avez fait, de re- « dire ce que vous avez dit. Si vous aviez erré, le Saint-Siège «vous en aurait certainement avertis. Il s'est tu: que voulez- « vous lui demander encore? Une approbation formelle? Il u n'en donne jamais. Allez donc, et recommencez à défen- « dre l'Église, qui, plus que jamais, a besoin d'être défendue. (( A l'exemple des Pères, lorsqu'ils se sont trouvés en des « circonstances semblables, vous avez parlé avec éner- « gie : parlez avec plus d'énergie encore : C'est ce que je ferais a à votre place, p.
Notre projet étant de passer par Munich et de nous arrêter en plusieurs lieux, nous n'arriverons à Bruxelles que vers la mi-septembre. Là je trouverai M. Gerbet, et nos autres amis viendront nous rejoindre pour causer de nos affaires communes. Là je m'occuperai de ma cession de biens, et si elle est admise, comme Adrien Benoît n'en doute pas, je rentrerai aussitôt en France. Dans tous les cas, il serait au moins extrêmement utile que tu pusses toi-même venir à Bruxelles à Tépoque où nous nous y trouverons tous rassemblés, parce que nous aurons à prendre un parti sur beaucoup de choses importantes.
Si Marion ne m'a pas encore envoyé les 1,000 fr. prie-le de les garder jusqu'à mon arrivée en Belgique. Dans le cas contraire, comme on me renverra d'ici mes lettres, on pourra se faire rembourser à Paris la traite sur Rome, dont je n'aurai pas fait usage.
Ce que tu me dis de Gombalot ne me surprend point, et je n'étais pas ici sans inquiétude à cet égard : mais je n'ai pu faire autre chose que ce que j'ai fait, c'est-à-dire, laisser à M. Gerbet la direction spirituelle de la maison, et à Gombalot le soin du temporel, car sans cela les fonds sur lesquels nous avions compté etqui nous étaient indispensables, nous auraient manqué absolument. La veille de mon départ cet homme dont le cœur est bon, mais la tête faible, me fit de but en blanc une scène inconcevable. Au reste, une fois tous réunis tout s'arrangera. J'aurai à te parler de plusieurs choses dont l'idée m'est venue ici, d'après les informations que j'ai prises, et sur lesquelles j'ai voulu avoir l'avis du bon Père Ventura, qui a complètement approuvé mes vues. En attendant je ne vois rien de mieux que les arrangements que tu as pris.
J'ai reçu les ^45 fr. pour la Rédemption des captifs, et je t'enverrai la quittance du général de l'ordre. Je tiendrai note aussi de ce que je paierai pour les faveurs demandées. Quant à l'ouvrage sur le Sahit despetits enfants, que désire un professeur de Rennes, je n'ai pas pu me le procurer.
L'idée que tu as eue au sujet de la consultation est trèsbonne; elle peut produire plusieurs bons effets. Si elle n'était pas partie quand tu recevras cette lettre, tu pourrais l'adresser au Père Ventura, en alfranchissant la lettre, et en lai disant que nous lui rembourserons le reste du port; car on ne peut affranchir que jusqu'à la frontière, et les ports de lettres sont énormes à l'étranger.
Depuis quatre mois je n'ai reçu qu'une seule lettre de M. Gerbet, de sorte que je ne sais rien de nos affaires particulières depuis mon départ. G'est encore une raison qui me fait vivement désirer mon retour. Ayons confiance. Les difficulté? présentes n'auront qu'un temps. Dieu protège ce qu'on fait
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pour lui. Fermeté et patience, avec cela le succès est sûr. Mille choses affectueuses à tous nos amis, particulièrement à Goctlro. Ménage ta santé. La mienne se soutient sans être forte. Je t'embrasse tendrement.