Au même
Gênes, 12 juin 1824.
Nous nous mettons en route pour Rome vendredi prochain, lendemain delà Fête-Dieu. Nous avions pensé d'abord à passer par Plaisance, Modène et Milan, mais le bon archevêque nous conseille de nous rendre directement, le Saint-Père étant prévenu de notre arrivée prochaine. Au retour nous serons plus libres de prendre la route que nous voudrons. Cependant il sera difficile que nous ne revenions pas par Gênes, et il sera nécessaire aussi que nous passions par Turin II
me tarde de revoir la France et mes amis. Les politesses mêmes dont je suis l'objet me sont une grande gêne et une grande fatigue. Le Père Lambruschini nous a détournés de loger à Rome dans un couvent. Nous louerons deux chambres à notre arrivée. Ce bon archevêque a pour nous des égards infinis. Plus on le connaît, plus on l'aime, l'estime et le respecte. Ce serait des hommes comme lui qu'il faudrait là oîi nous allons. Mais aujourd'hui les hommes manquent partout.
N'oublie pas mes affaires, c'est-à-dire Rainneville etMéquignon. Je voudrais bien qu'on put terminer avec celui-ci. Gudennec te dira o\i en sont les choses. Tiens-moi aussi instruit le plus que tu pourras de ta position. Je pense bien que rien n'a changé; cependant quelques détails me feraient plaisir. Gomment s'est terminé le voyage de l'évêque de Saint-Brieuc ? N'y a-t-il donc pas quelque espérance de sauver ce pauvre diocèse? Tu auras soin que je sache, à mon retour, si je te trouverai rue de Bourbon. Ge sera le moment de chercher à nous faire enfin une existence un peu fixe. Tâche d'aviser aussi aux moyens de faciliter l'écoulement des tomes III et IV. Je rencontre partout des gens qui les veulent, et qui ne savent comment se les procurer, parce que les libraires ne veulent pas en demander à Paris un petit nombre d'exemplaires ; ils attendent la douzaine. Ge serait une chose sur laquelle tu pourrais te concerter avec Saint- Victor. — Je recommande ^dLTiouilG Mémorial. Il n'est pas connu ici, mais j'espère qu'il le deviendra.
Mille choses à Ange et à tous nos amis. Il est impossible d'écrire à tout le monde; on n'a jamais moins de temps qu'en voyage. M. Vuarin te fait mille amitiés. Écris-moi le plus que tu pourras. Je t'embrasse de tout mon cœur.
J'ai vu le prince de Garignan. Il m'a demandé de tes nou-
velles. J'ai vu aussi le roi dans cette ville. Dans trois ou quatre mois nous causerons de tout cela.