Au même
Gênes, 18 juin 1824.
Nous devions partir aujourd'hui pour Rome, mais notre départ a été retardé d'un jour, par l'arrivée à Gênes d'une personne que M. Yuarin désire voir. Demain nous prendrons la route de Florence,oùnousnenous arrêterons quevingt-quafre heures. Notre projet est d'y séjourner plus longtemps à iTotre retour. Il estimpossible d'être mieux reçus que nous ne l'avons été ici. On nous a prodigué les politesses et les prévenances. L'archevêque a été pour nous d'une bonté extrême, et ses avis, ses conseils, et ses lettres de recommandation seront là-bas fort utiles à M. Vuarin. Pour moi j'éprouve un désir déplus en plus vif de revoir la France, et d'y reprendre le cours de mes occupations. La vie toute en dehors que je mène actuellement, me fatigue plus qu'aucun travail, et surtout m'ennuie davantage. Cependant il est certain que mon voyage n'aura pas été sans utilité.
Je te prie d'abonner l'archevêque de Gênes au Mémorial catholique^ et de lui faire expédier le plus tôt possible tous les cahiers qui ont paru. Ce journal n'était pas connu ici; je ne doute pas qu'il ne s'y répande parmi les personnes qui lisent le français. Je te prie aussi de faire adresser par la poste, à M. le marquis d'Azeglio, père, à Turin, la brochure de l'abbé Fayet, sur la suppression de la lettre du cardinal de Glermont- Tonnerre.
Nous avons appris a\ant-hier le rejet de la loi sur les rentes ot le renvoi de Chateaubriand, ainsi que le parti qu'a pris le
ministère de retirer la loi sur les vols commis dans les églises. Tout cela doit sans doute occuper beaucoup et remuer les esprits en France. Je prévois bien à peu près ce qui doit en arriver; mais j'y prends bien peu d'intérêt.
Fais en sorte que je sache quand aura lieu ton voyage en Bretagne, et à quelle époque tu seras de retour. Je ne prévois pas que je puisse être à Paris avant le mois d'octobre. Ypasserai-je J'hiver, ou me retirerai-je à la Chênaie pour travailler? c'est ce qui dépendra des circonstances, et ce que nous concerterons ensemble après mon arrivée.
Nous n'avons pas encore éprouvé de fortes chaleurs; c'est à Rome que nous trouverons le climat d'Italie. Ici l'air est rafraîchi par le voisinage de la mer. J'attends de tes nouvelles avec impatience, et je t'embrasse bien tendrement.