A Vahhè Jean
La Chônaic, le 28 mai 183'»,'
Il est certain que les personnes malveillantes à mon égard seront charmées de pouvoir s'autoriser de ton nom pour me nuire plus à l'aise et plus dévotement. Je ne t'attribue cependant pas un mal qui n'a pour cause immédiate qu'une infamie de l'évêque de Rennes. D'ailleurs j'ai déjà trop vu de ces choses pour m'en tracasser et m'en atïccter. Si je m'afflige de celle-ci, c'est donc pour toi et non pas pour moi. Malheureusement il est possible, ma mémoire subsistant à cause des graves questions qui s'y rattacheront, qi:e
ces circonstances de ma vie soient rappelées un jour. Voilà ce qui me peine. Lorsqu'une fois on est entré dans des voies de faiblesse, on ne sait pas oii l'on sera conduit. Une démarche en attire une autre. On tombe sous la dépendance des hommes qu'au fond l'on méprise le plus. On cesse de s'appartenir, on devient leur instrument ou plutôt leur jouet, et l'on n'a pas même la triste consolation de pouvoir .s'en plaindre; car comment dire : j'ai bien voulu faire ceci ou cela en secret, mais non en public? Ce serait une honte de plus. Puisqu'il faut, quoi qu'on fasse, toujours souffrir en ce monde, je préférerai toujours pour mon compte les souffrances qui ne laissent pas de regret, les soufîrances qui ne tachent point. Sois bien sûr du reste qu'en te parlant ce langage, je n'éprouve en moi d'autre sentiment que celui d'une tendre compassion et d'un attachement que rien n'altérera jamais. D'après ce qu'on m'a écrit de Paris, j'ai lieu de penser que, dans ce qu'elle pourra dire, Rome gardera plus de ménagements qu'elle n'aurait été disposée aie faire, sous l'influence surtout de la diplomatie européenne, si, à raison de certaines circonstances, elle ne se croyait tenue à beaucoup de réserve et de prudence. Voilà du moins jusqu'à présent ce qui paraît le plus probable. Je t'embrasse de tout mon cœur.