‹ Œuvres inédites de F. LamennaisChapitre 73 sur 180 · Au rue me · texte numérisé non relu

Au rue me

La Chônaic, K"" septembre 1834.

Je ne lis point, grâces à Dieu, VUnivcrs religieu.r, et je le lirais que peu m'importerait assurément ce que peuvent y écrire MM. de Saint-Méen. Qu'y a-t-il entre eux et moi? Quant à ta position, elle est fausse et très-fausse, et elle le deviendra toujours plus. Il t'arrive ce que j'avais prévu, ce

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que je t'avais prodit. Tu ne sortiras jamais de ces inextricables ennbarras, qu'on laissant 1î\ une société qui n'a aucun principe de vie, et qui a tous les principes du désordre (1). Les Frères, voilà ton œuvre, et celle à quoi tu devrais te borner. Jamais il no sortira pour toi de l'autre que des peines, des soucis et des diTûcultés sans terme. On y a mis dès le commencement un mauvais levain qui y restera toujours. Je n'ai pas du tout en te disant cela l'espérance de te convaincre, mais j'acquitte ma conscience, et le temps prononcera. Tout à toi.

'.i2H. — Au même.

Dimanche, 183i.

Le frère Paul te porte un des volumes du Zcnd-Avcsta qui était resté ici, et les planches du Tableau de Paris qui devront être remises en ordre avant d'être reliées, ainsi que l'Atlas de Malte-Brun, pour être relié aussi avec les nouvelles cartes. N'oublie pas de me renvoyer le Phaleg et VOupnek'at, que j'avais prêtés à M. Rohrbacher.

Je crois comme toi que l'évoque de Rennes me laissera tranquille, non par bienveillance, non par bon sens, mais parce qu'on ne veut pas, et avec grande raison, pousser les choses trop loin. Je ne doute pas qu'il n'ait reçu à cet éi,^ard des instructions directes ou indirectes.

M. de Goux m'écrit : « J'ai vu l'archevêque de Paris et « causé loncçuement avec lui. Je lui ai dit ce que renferme « cette lettre et il m'a paru peu le comprendre. Il m'a assuré «qu'il conservait pour vous la plus tendre estime, et (|iril c( désirait avec ardeur que vous en fussiez instruit. »

(1) La Congrégation des missionnaires de Rennes.

En terminant la distribution des prix au petit séminaire de Saint-Nicolas, il a annoncé aux élèves et, à ce qu'il paraît, à M. Freyre lui-même, qu'il n'était plus supérieur de cette maison, et qu'il n'avait rien de mieux à faire que de quitter la France. Il est en conséquence parti pour la Suisse, d'où il doit se rendre en Allemagne. Tous les professeurs ont aussitôt donné leur démission. li est remplacé par M. James, assisté de M. Dupanloup.

329, —^ M. de Potter,

La Chênaie, 4 février 1836.

Je conviens avec vous, mon cher ami, qu'il faut prendre les hommes tels qu'ils sont. Aussi, loin de blâmer un journal qui prendrait à tâche de réaliser votre programme, je l'encouragerais de tous mes vœux. J'ai voulu dire seulement qu'il n'y a rien h attendre d'une société plongée, comme la nôtre, dans un égoïsme abject, d'une société oîi partout domine l'exécrable principe de M. Dupin : Chacun chez soi et chacun pour soi; et que ne voyant que cela autour de moi, la plume me tombe des mains. Quant au vaste sujet sur lequel vous m'expliquez votre pensée, nous serions, je crois, aisément d'accord, mais il faudrait de plus longues explications qu'une lettre n'en comporte. Si le tout doit être conservé, sans quoi il n'existerait rien, l'individu doit certainement être conservé aussi, sans quoi non plus il n'existerait rien. Or, le droit est le principe conservateur de l'individu, comme le devoir est le principe conservateur du tout ; et le droit et le devoir se confondent dans une origine commune. Leur union harmonique constitue la vie. Pour ce qui est du dévouement, du sacrifice de soi aux autres, réglé par les maximes que je

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viens d'énoncer, il doit néanmoins ôtre conçu de manière à ce qu'il embrasse l'universalité des actes nécessaires h la perfection de l'état social. Ainsi je dirai comme Horace : Dulce et dccorurn est pro palria tnorl; et avec les Espagnols, lors de l'invasion de Bonaparte : Mourons pour la cause juste! Ainsi j'admirerai et je bénirai la sœur de charité consacrant sa vie héroïquement humble au soulagement des pauvres et au soin des malades. Peu m'importe comment on explique ces dévouements, pourvu qu'on les obtienne. La société est comme l'univers, elle a ses lois indépendantes de théories au moyen desquelles on essaie de les concevoir. Les théories passent et les lois demeurent, et, sous leur empire, le monde accomplit ses destinées. Donnez-moi des hommes bons, justes, sympathiques, qui aiment leur prochain comme eux-mêmes, non pas plus qu'eux-mêmes, et je ne vous demanderai pas comment vous les avez faits ! Par malheur ces hommes-là, où sont-ils aujourd'hui? et pourtant que fera-ton sans eux? Soyez-en bien sûr, jamais vous ne trouverez de créatures humaines qui disent sincèrement : « Nos frères, qui êtes sur la terre , » qu'elles n'aient dit auparavant : « Notre père, qui êtes aux deux! »

Si vous rencontrez le docteur Bessière, veuillez le remercier de ma part de l'ouvrage qu'il m'a envoyé, et que j'ai lu avec beaucoup d'intérêt. Mêmes remerciements à M. Gollins. Il me tarde de voir le nouveau livre de Raspail, à qui mille amitiés. Je serais heureux d'apprendre que sa santé est bien rétablie. Tout à vous, mon ami, et de tout mon cœur.

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