ACTE r, SCENE II
ARLEQUIN
Sans doute. La loi qui me fait roi exige encore une petite cérémonie dont je me suis dispensé jusqu'à présent: il faut que le nouveau monarque épouse la veuve du roi mort. Cette diable de veuve est fort attachée à cet article de la loi : je lui ai déjà offert tout au monde pour ne pas l'épouser, rien ne la tente que le mariage. Elle a un parti dans l'Etat ; elle di.spose des troupes , et me menace tous les jours de se battre avec moi , si je ne me marie pas avec elle. Comme nous nous battrions vraisemblablement tout de même après le mariage , je veux épargner du moins les frais de la noce j et je suis décidé à la bataille plutôt qu'à la cérémonie.
Cette veuvf" m'inquiète ^ elle nous jo\iera quelque mauvais tour.
X 1 0 ARLEQUIN ROI , CtC.
ARLEQUIN
Oh ! que non. Je roe suis fait beaucoup d'amis par la douceur et la sagesse de mon gouvernement : le peuple m'aime bien ; il me regarde comme un très grand roi.
ARGENTINE
Et comment donc t'y es-tu pris ?
ARLEQUIN
Pour me faire aimer? J'ai employé mon secret ordinaire , qui est d'aimer le premier : il m'avait réussi avec toi , il m'a réussi avec mon peuple. C'est un moyen sûr pour tout le monde , et immanquable pour un roi.
ARGENTINE
Je ne suis point étonnée que Ion t'aime ; mais tu m'as parlé de la sagesse de ton gouvernement -. où as-tu jamais appris à gouverner ?