ACTE I, SCENE II. fil
AR LEQUI N.
Bon ! cela s'apprend tout seul j il ne faut qu'un bon cœur et du bon sens pour être le meilleur roi du monde.
Toute notre besogne consiste à faire du bien: voilà pourquoi le métier de roi est le plus beau des métiers. Je me suis dit d'abord : Pourquoi m'a-t-on mis ici ? pour rendre heureux tous ces gens-là. J'ai donc commencé par diminuer les impôts , parce qu'il y en avait trop , et que lorsqu'il y en a trop , on les paie mal et de mauvaise grâce ; et en vérité le peu qui nous en revient ne yaut pas la peine de faire faire la moue à tout un peuple. J'ai changé des lois qui étaient trop dures , et j'en ai fait une pour qu'il fût toujours permis à mes successeurs de les adoucir , et jamais de les rendre plus méchantes. On a beau dire , mon principe à moi, c'est qu'il n'y a de bon que les gens bons.
112 ARLEQUIN 'OI , CtC.
C'est d après cela que j'ai réglé ma conduite. D'ailleurs, j'avais un grand avantage pour être roi : dans ma jeu- Tiesse. j'ai été berger, et je me souviens de tout ce que je faisais pour que le troupeau prospérât. Je le menais dans les meilleurs pâturages; je cueillais moi-jnéme les meilleures herbes pour les porter aux brebis malades j je soignais davantage celles qui avaient de petits agneaux; j'avais beaucoup d'égards pour messieurs les béliers. Quand je tondais mes moutons , je leur laissais la laine longue , pai"ce qu'enfin c'est d'abord pour eux que cette laine leur vient , et qu'avant de m habiller il est juste qu'ils soient vêtus. Ensuite, comme je n'étais pas assez fort pour étrangler moi-même les loups , je me procurais les meilleurs chiens du pays.
Aussi mon troupeau était devenu le plus beau du canton. Il en sera de même de mon rovaume ; car tout cela se ressemble : les -moutons, le peuple; les