PLAIN
l'agriculture , si nécessaire à l'Egypte ; et, pour en présenter au peuple une image sensible et vivante , les anciens législateurs lui recommandèrent sans doute de la respecter dans le bœuf. Le vulgaire oublia bientôt ce que signifiait ce symbole , et fit un dieu du bœuf même. On lui éleva des temples, on lui offrit des sacrifices, on l'entretint à grands frais. Les prêtres y trouvèrent leur compte et fortifièrent l'erreur- Bientôt ce bœuf, nommé Apis , passa pour être immortel. On le voyait pourtant mourir par accident ou de vieillesse; on célébrait ses funérailles avec une grande magnificence, avec des dépenses énormes; l'Egypte entière portait son deuil : mais les prêtres tenaient tout prêt un autre bœuf, un nouvel Apis , distingué, grâce à leurs soins, par un croissant blanc sur le
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front, pai' une ligure d'aigle sur le dos , par celle d'un escarbot sur la langue. C'était dans ce jeune Apis que l'âme du dieu mort était passée. Toute l'Egypte le croyait; toute l'Egypte se livrait alors aux transports bruyans de la joie ; des festins, des réjouissances , des fêtes extraordinaires annonçaient cette grande nouvelle. On l'amenait en triomphe prendre possession de son temple; et les prêtres, riches , tioaorés , fiers de la faveur du nouveau dieu bœuf, comme ils l'avaient été de celle de l'ancien , applaudissaient au zèle du peuple, et souriaient en se regardant.
Indépendamment du bœuf Apis, i.eurs au l'une des principales divinités J^.^'^*^'^"' l'Egypte , le soleil , la lune , les astres , Isis , Osiris , Horus , Anubis représenté sous la figure d'un homme avec
une tête de chienj, Jupiter Ammon relégué avec sa tête de bélier dans les sables de la Libye, Sérapis, une foule d'autres, qui n'étaient autres choses que des symboles, des emblèmes mystérieux pour les prêtres initiés, étaient des dieux tout-puissans révérés dans l'Egypte entière. Non content de cette multitude de divinités, le peuple de chaque ville s'était choisi pour protecteur un animal particulier. Dans celle-ci c'était l'ibis, parce qu'il se nourrit de serpens ailés qui sont un fléau de l'Egypte ; dans celle-là le crocodile , parce que cet épouvantable amphibie contribue à la défense du pays en effrayant les peuples voisins.
Plus loin, c'était l'ichneumon, petit animal ennemi mortel de la race des crocodiles, qu'il empêche de se trop multiplier, en allant briser ses œufs.
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Cette guerre de dieu à dieu naissait bientôt de ville à ville. Les adorateurs du crocodile détestaient ceux de l'ichneumon ; les partisans du dieu mouton haïssaient ceux du dieu loup ; ils prenaient les armes les uns contre les autres , se pillaient , s'égorgeaient entre eux pour la gloire de leurs autels. Diodore dit que ces guerres intestines furent allumées par la politique d'un roi d'Egypte pour éviter les révoltes. Ce crime affreux , digne d'un tyran, aurait du seul éclairer le peuple.
L'inimitié, le mépris que se portaient les différens cultes s'étendaient principalement sur les étrangers. Les Egyptiens , qui de tous les temps pratiquaient l'usage de la circoncision , auraient cru se souiller et commettre un crime en mangeant avec un non-