‹ Œuvres inédites (volume 3)Chapitre 25 sur 89 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Lois et gouvernement de V Egypte.

On est surpris de trouver chez un peuple aussi aveuglé, aussi abruti par ses prêtres, un gouvernement, des lois, des usages , des mœurs, qui firent l'admiration des anciens , et méritent la nôtre à quelques égards. Homère , Pythagore , Platon , les deux fameux législateurs d'Athènes et de Sparte , allèrent tous s'instruire en Egypte. Ils surpassèrent sans doute leurs maîtres, mais ils les respectèrent toujoui's.

D'après ce que nous avons vu de la religion des Egyptiens, des mystères, des sciences qui n'étaient connus que des prêtres seuls , de l'empire souve-

rain qu'ils exerçaient sur les crédules esprits, on juge bien que l'Egypte ne pouvait pas jouir des bienfaits d'un gouvernement libre. Le corps des prêtres, que l'on peut regarder avec vraisemblance comme les premiers insti « tuteurs des lois , avait besoin d'un peuple esclave. Ils lui donnèrent des rois ; mais de peur que ces princes ne devinssent un jour en état d'attaquer la puissance sacerdotale, ils eurent soin de restreindre autant qu'ils purent leur autorité par le double frein des lois et des moeurs.

Lois Nul esclave , nul étranger ne pou-

concernant , . ^ ,

les rois vait Vivre auprès du monarque. Les Diod.iiv.i seules personnes illustrées, non par la naissance (puisqu'en Egypte la noblesse n'était pas connue), mais par leurs actions, leur savoir ou leur mérite , avaient le droit d'être admises

d'un ouvrage historique. 69

chez le prince à toutes heures de la nuit et du jour. On sent que ce droit exclusif devait appartenir aux pontifes.

Toutes les actions du monarque étaient réglées. Les détails de leur journée nous ont été conservés. Ils se levaient dès l'aurore, ils consacraient leurs premières heures à lire , à expédier les dépêches, à s'occuper des affaires de l'état ; ensuite ils allaient en pompe, environnés de toute leur cour , sacrifier dans le temple , assister à la prière que le pontife faisait pour eux à haute voix. Cette prière était une leçon. On y demandait aux dieux de veiller sur le roi d'Egypte, de lui donner la santé , le bonheur ^ parce qu'il était juste et bon , parce qu'il obéissait aux lois j on ajoutait un long éloge des vertus qu'il devait avoir ,

et l'on priait les immortels d*éloigner de lui les flatteurs , les conseillers , les ministres pervers , qui , en lui ouvrant le chemin des vices , l'entraîneraient bientôt au malheur en y entraînant tout le peuple. On lisait ensuite un morceau tiré des livres sacrés contenant l'histoire, les grandes actions, les utiles conseils des anciens rois.

Cet usage était salutaire. Les comparaisons, les applications étaient facilesj et c'était une belle idée d'avoir forcé chaque jour les princes de venir entendre la vérité.

En sortant du sacrifice , ils allaient prendre leur repas. Le luxe , la recherche , en étaient bannis ; les viandes , les mets, la boisson, étaient marqués; on n'en devait point passer la mesure ; et Plutarque rapporte qu'on avait gravé dans le temple de Thèbes

des imprécations contre un roi qui n'avait pas voulu se soumettre à cette loi de sobriété.

La justice, ce premier besoin des J"gcs hommes civilisés, n'était pas rendue , en Egypte , par le monarque en personne. Trente hommes étaient choisis par lui dans les principales villes , et composaient un tribunal suprême , dépositaire des lois civiles et criminelles. Ils juraient de désobéir au prince , s'il osait leur commander de rendre un arrêt injuste. Des revenus étaient assignés à chacun de ces magistrats, afin qu'ils n'eussent à s'occuper que de leurs devoirs de juges, afin qu'il n'en coûtât rien aux plaideurs pour venir défendre leurs droits. Mais ce n'était qiie par écrit que l'on pouvait exposer sa cause. L'éloquence était redoutée, comme un moyen d'obscur-

cir quelquefois la -vérité, de prolonger les affaires, de mettre souvent le talent en balance avec la raison. Le tribunal décidait sur les cahiers dont il prenait lecture. Celui qui présidait les juges portait au cou une figure de la Vérité , représentée sans yeux et sans mains; et sa manière de prononcer la sentence, était de toucher avec cette figure celui qui venait de gagner sa cause.

jusiice Les lois criminelles étaient sévères;

criminelle. '

mais cette sévérité même tournait au profit de l'humanité. Quiconque donnait la mort volontairement, était sûr de la recevoir. On doit cette justice aux Egyptiens, ils furent supérieurs sur ce pointa d'autres peuples depuis si célèbres. Chez eux, le maître barbare qui aurait tué son esclave , devait périr sous le fer des lois. Le parjure

était puni de mort. On infligeait au calomniateur le même supplice qu'il aTait voulu faire subir à l'innocent accusé par lui; et l'homme qui, pouvant sauver un autre homme, n'avait pas eu le courage de voler à son secours , était puni comme l'assassin.

Ainsi la vie d'un Egyptien était sous la garde de tous. La ville la plus voisine du lieu où s'était commis un assassinat, était obligée de faire au mort des funérailles dispendieuses.

Chaque lieu habité répondait de la sûreté de son territoire ; et pour délivrer l'Egypte de cette classe nombreuse d'hommes dangereux, que la paresse et la pauvreté mènent aisément au vice et au crime , chaque particulier était obligé d'aller inscrire sur un registre public , son nom , sa demeure, sa

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