‹ Œuvres inéditesChapitre 28 sur 47 · tome m · texte numérisé non relu

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ï ï 4 ESSAI

la nature le plus qu'il est possible.

Voici ma pensée : le roman pastoral peut prendre son essor pour un moment dans le champ de la fiction; mais les fleurs qu'il y moissonne , ressembleront le plus qu'il se pourra à la simple primevère . ou à un champ de violettes. Il ne faut donc pas des excursions trop étendues.

Les bords de l'imagination , si on peut me passer cette expression, fourniront assez de couleurs pour donner de la variété à une scène trop unie. Si nous voulons pénétrer trop avant dans le monde imaginaire , nous risquons de nous égarer , et nous perdons de vue ce coin de terre que nous n'abandonnons un moment que pour admirer de loin les beautés qui s'offrent à nous sous un nouveau jour. Les digressions de Sidney dans son Arcadie,

et de Durfé dans son Astrée , poussent l'imagination si loin , qu'il n'est plus au pouvoir de l'esprit de se ressouvenir de la scène principale. Les épisodes du roman doivent ressembler aux courtes excursions des abeilles , qui ne quittent leurs rucbes que pour aller chercher de quoi les enrichir, et qui ne s'en éloignent jamais jusqu'à les perdre de vue.

L'art d'un roman bien conduit consiste à lier ensemble plusieurs aventures qui correspondent à une action principale , comme les couleurs d'un arc-en-ciel bien formé se fondent les unes dans les autres , pour nous don»

ner le spectacle de ce beau phénomène céleste.

Le roman pastoral est en possession d'une variété encore plus grande et plus agréable. La route des

aventures y est parsemée des fleur-?

qui nous charment dans la campagne; la muse s'empare des annales de la vie champêtre ; et lorsqu'une narration facile est relevée par une mélodie qui ne doit rien à l'art, et qu'une seule action semble se reproduire sous différentes formes r il serait insoutenable de s'égarer.

Aussi faut-il tenir fortement à l'unité d'action ; outre qu'elle a le mérite d'intéresser et de fixer l'attention , il est facile , en ce genre , de la renfermer dans de justes bornes.

L'action ne doit pas être au-dessus de la portée d'un berger. Si nous voulons offrir à l'admiration quelque chose de grand et de difficile, réservons-le pour les épisodes ; mais ne forçons pas les traits douxet délicats d'une pastorale, pour lui donner l'enflure

d'une [magnificence hors de toute vérité.

Je conviens qu'il n'est point aisé de lier ensemble et de mettre en rapport les grandes actions et les aventures du village; mais la cabane peut se vanter d'une grande action faite avec simplicité, comme on en voit de petites faites avec faste dans les palais. La grandeur d'âme , depuis le trône jusqu'à l'herbe, est toujours environnée de la même gloire ; il n'y a que les ombres de différence : de manière que le prince qui aime véritablement, et qui se montre noble et vertueux , se rapproche du berger qui a les mêmes inclinations. C'est l'âme qui forme les rapports ; les situations de la vie sont accidentelles ; nos sentimens sont inhérens à notre âme; et si deux âmes sont également heureuses sous cet as-

pect , mettez de niveau le palais et la chaumière ; alors une belle action faite dans un village , sera aussi grande que celle qui a pour théâtre une capitale.

D'après cela , il n'y a point de paradoxe à avancer que ? dans le roman pastoral , les évènemens les plus fameux doivent être subordonnés aux évènemens simples ; comme les diamans et les pierreries sont tirés de loin pour relever les grâces naturelles de la beauté. Il faut avoir soin seulement que les vertus des grands que vous amenez sur la scène , paraissent y être attirées par le magnétisme de vertus semblables qui régnent sous le chaume; le mérite même ne doit point s'y montrer sous un extérieur propre à décontenancer la vertueuse simplicité des pasteurs.

Je ne crois pas qu'il soit nécessaire de faire aucune observation sur le style du roman pastoral. Fontenelle , Pope et d'autres auteurs en ont dit assez sur ce sujet. Tous les préceptes peuvent donc se réduire à ceci :

Comme roman , ce genre veut , dans les épisodes, des pensées élevées, rendues dans un style également élevé ; comme pastoral , il lui faut des narrations descriptives , coupées de temps en temps par des chansons villageoises, heureusement amenées et enchaînées avec goût , en observant toujours une harmonie facile dans les morceaux de chant , et une aimable simplicité dans la prose.

Je finis par un avis que donne Baptiste Roberta sur ce sujet. Je voudrais que vous imitassiez les musiciens qui , en touchant légèrement les cordes, au

lieu de les pincer avec fureur, attendrissent les âmes , et nous inspirent des sentimens délicats. Cette pensée a été heureusement imitée par un poëte français.

Robin s on.

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En lisant les détails de la rencontre inespérée qui termine si heureusement les amours d Isidore et d'Adélaïde, on s'étonnera sans doute que Florian ait eu le courage de les supprimer. Peut-être ce sacrifice était nécessaire , pour donner plus de rapidité au dénouement $ peut-être Fauteur a craint d'affaiblir l'intérêt principal , qui vers la fin se rattache à des événement majeurs , et à un grand nom, en le suspendant par un récit qui .

quoiqu'orné de toutes les grâces de son style , ne touche qu'aux person-

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