TOME III
122 NOTE DE l'ÉDITEUR.
nages secondaires. Sous ce double rapport , il se peut que Florian ait eu raison.
Mais je pense qu'il n'aurait pas dû priver entièrement ses lecteurs de cette conclusion satisfaisante , et que les dames surtout me sauront gré de l'avoir publiée. Isidore et Adélaïde s'aimaient autant qu'Estelle et Némorin , et ne méritent pas moins qu'eux de voir couronner leur tendresse.
Tel est le motif qui m'a déterminé à restituer au public, un dénouement que l'auteur, trop docile à des avis trop sévères peut-être , avait retranché des premières éditions , et que je me félicite d'avoir retrouvé parmi ses manuscrits.
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DESTELLE/
Le premier crépuscule ne paraissait point encore , qu'ils étaient près du camp espagnol
Pariante. Afin d'éviter les gardes avancées, ils quittent leur route, prennent un détour et vont se jeter dans un petit bois plus propre à dérober leur marche.
A peine ils y sont entrés qu'une
(*) Voir livre VI ; page 191 de l'édition in- 8°, et 21a de l'édition in-18, imprimées chez Dirîot aîné , du virant de l'auteur.
voix vient frapper leurs oreilles. D'abord ces sons inattendus glacent d'effroi les deux pasteurs ; ils s'arrêtent , ils écoutent ; mais bientôt ils sont rassurés par cette voix douce et tendre que le silence de la nuit semblait encore embellir , et qui s'exprimait ainsi :
Tandis que de ses voiles sombres La nuit a couvert les hameaux , Seule , errante parmi les ombres , Je viens me plaindre de mes maux.
Je viens de mon amour fidèle Fatiguer l'écho de ces bois , Où la plaintive Philomèle Répond seule à ma triste voix.
O Philomèle , que de charmes Ont pour moi tes accords touchant.!
Tu semblés mêler a mes larmes Te$ son» tendres et gémissans.
Ta douleur jamais ne sommeille , As-tu donc perdu tes amours?
Je te plains , comme toi je veille , Comme toi je gémis toujours.
Némorin , touché de ces accens , s'était livré au plaisir de les entendre ; mais se reprochant le temps qu'il perdait, il presse Isidore de continuer leur chemin. Celui-ci ne répond pas.
C'est vainement que Némorin l'excite; Isidore, immobile, écoutait encore et semblait avoir perdu l'usage de ses sens. Némorin l'appelle , le prend par la main ; alors Isidore revenant à lui, comme d'un profond sommeil : Cher ami , dit il , c'est sa voix , c'est elle que j e viens d'entendre ; c'est elle qui revient du séjour des morts , pour me parler encore de son amour. Avançons vers cet endroit,
peut-être sera -t- elle visible à mes 'yeux.
En disant ces mots , Isidore se précipite. Nétnorin, surpris, croit sa raison altérée ; il se hâte de le suivre en l'appelant, en le conjurant en vain de reprendre leur première route. Isidore ne l'écoute pas; il court, il vole, il arrive dans une petite prairie située au milieu du bois ; il voit à la clarté de la lune une femme vêtue de blanc, se promenant en silence, la tête penchée sur son sein. Le pasteur ne pouvait distinguer ses traits ; mais sa taille , sa démarche , ses longs cheveux flottans sur ses épaules , tout ressemblait à sa chère Adélaïde. Isidore, palpitant d'amour, de crainte, de joie, de surprise, la regarde et croit faire un songe. Bientôt cette femme lève la tête, et, malgré la pâleur qui