‹ Œuvres inéditesChapitre 30 sur 47 · D* ESTELLE. I · texte numérisé non relu

D* ESTELLE. I

couvre son visage , le berger reconnaît sa bien-aimée. A cette vue, il pousse un grand cri; il ne doute pas que ce ne soit une ombre , et, venant tomber à ses pieds : ce Adélaïde , lui dit-il , ô ma > chère Adélaïde ! quoi ! vous avez » quitté le séjour des morts pour voir » encore une fois votre fidèle Isidore 1 n Ombre chérie, ombre adorée, vous n n'y retournerez pas sans moi. r> Tout en parlant il tend les mains xers celle qu'il prend pour un fantôme \ mais quelle est sa surprise en saisissant des vêtemens, en touchant un être qui respire , en reconnaissant qu'Adélaïde vit encore, qu'Adélaïde est dans ses bras ! Cette tendre amante, non moins étonnée , non moins ravie de retrouver Isidore , se hâte de le rassurer en l'embrassant avec transport.

Le berger , ivre de bonheur , s'y aban-

donne sans pouvoir le comprendre j il fait mille questions à son amie , il ne lui laisse pas le temps d'y répondre. De peur qu'elle ne lui échappe , de peur que tout ce qu'il voit, ne soit une vaine illusion, il tient toujours serrée contre son cœur celle qu'il ne peut croire réellement avoir retrouvée.

Dans ce même instant, Némorin arrive tout hors d'haleine. Dès qu'Isidore l'aperçoit , il court se jeter à son cou. u C'est elle { s'écrie-t-il , c'esl » Adélaïde que j'ai retrouvée ! » Ensuite il revient à son amante, et la supplie de leur raconter par quel miracle elle existe encore. Adélaïde veut commencer ce récit, mais Némorin refuse de l'entendre. « Vous êtes en- » semble, leur dit-il , voilà ce qui im- » porte à mon cœur. Il me reste à )> peine le temps d'achever l'impor*

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y> tant message que nous a donné n Gaston de Foix; peut-être même n en ai-je trop perdu. Adieu, Isidore; 11 adieu , charmante Adélaïde ', dési- » gnez-moi seulement le lieu où je in pourrai vous retrouver. »

Isidore veut suivre son ami , mais JVémorin s'y oppose , et le berger n'insiste pas long-temps. Après être convenus de se rejoindre à Dions, ils se séparent, et Némorin précipite ses pas vers Nismes.

Les deux amans , restés ensemble , se répétèrent tout ce qu'ils s'étaient dit. Isidore, pressé d'apprendre par quel bonheur il revoit sa maîtresse , lui demande de l'en instruire : Adélaïde commence son récit en ces termes :

)> De tout ce qui m'est arrivé pendant l' affreuse maladie qui m'a conduite au bord du tombeau, rien n'est

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présent à ma mémoire que le moment où je t'aperçus la tête appuyée sur mon oreiller ; toute ma raison me revint j je te fis mes derniers adieux; je mis à ton doigt cet anneau que j'y vois encore, et je perdis entièrement connaissance.

)) J'ignore combien de temps je restai dans cet état. Lorsque je revins à moi , ma chambre était remplie de fumée ) les flammes approchaient de mon lit. La frayeur qu'elles me causèrent , me donna la force de me lever seule. Je me jette à terre, je me couvre à la hâte des voiles que je rencontre, je sors de mon appartement; les premiers objets qui frappent ma vue , sont mes domestiques égorgés. Je pousse des cris de terreur ; personne ne me répond. Tout le château était en feu ; le sang inondait

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les degrés. Tremblante, éperdue, j'arrive jusqu'à la cour, en appelant ma sœur, en cherchant Isidore, et ne voyant autour de moi que la solitude et le carnage.

» Enfin, je découvre sous des gerbes amassées , près de la porte, un domestique de mon père qui s'y était caché pour éviter la mort. Sa frayeur redoubla dès qu'il m'aperçut. Je le rassure, je l'interroge ; j'apprends par lui qu'un détachement des troupes légères de Mendoze, est venu surprendre et piller le château ; que ces barbares ont immolé tous ceux qui ont fait résistance , et que mon père et ma sœur se sont dérobés par la fuite au trépas qui les menaçait. Ambroise ( c'était le nom de ce domestique ) me dit encore que depuis trois jours toute la maison me croyait morte , et que

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Delphine avait empêché qu'on m'ensevelit.

» Sur-le-champ je formai le dessein de profiter de cette erreur. Ambroise, lui dis-je , veux-tu me servir?

Delphine t'en donnera la récompense.

Ambroise me répond de son zèle; je lui fais jurer un secret éternel, et, me confiant à lui, je lui demande de me conduire aussitôt vers toi. Il me raconte que ma sœur t'a fait éloigner ; que l'on ignore le lieu de ta retraite. N'importe, m'écriai-je, partons; éloignons-nous de ce château, devenu déjà la proie des flammes. L'émotion que je viens d'éprouver, me rend une partie de mes forces ; profitons-en , cher Ambroise : conduis-moi dans ton village j que ta mère me donne un asile ; là , je t'expliquerai mes projets.

» Ambroise exécute ma volonté. Nous

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partons à l'heure même ; nous prenons des chemins peu frayés ; tantôt sa main soutenait mes pas tardifs et chancelans, tantôt il me portait dans ses bras ; et pendant toute la route , mes yeux te cherchaient, Isidore, ou mon esprit s'occupait des moyens de me réunir à toi pour jamais.

» Enfin , après quatre jours d'une marche lente et pénible, nous arrivâmes à Dions , chez Honorine , mère du bon Ambroise. Elle me reçut avec tendresse et respect. Je n'hésitai point à lui révéler mes desseins; je m'établis chez elle; je pris des habits de villageoise , et fis partir sur-le-champ son fils , pour porter à ma sœur une lettre où je l'instruisais de mon sort , où je confiais à son amitié , sous le secret le plus inviolable, ma ferme résol ution de ne jamais retourner auprès

de mon père. Je lui demandais les moyens de récompenser Ambroise , de rendre riche Honorine, et de passer tranquillement mes jours dans le doux état de bergère.

» Ambroise avait ordre, à son retour, de passer par Massane , de s'informer de toi, de te chercher dans toutes les Cévennes, jusqu'à ce qu'il t'eût retrouvé Je l'attends encore ; je suis toujours chez la bonne Honorine , et , tous les matins avant l'aurore, je venais dans cette prairie, peu distante de notre chaumière, pour songer à toi , pour te pleurer et me nourrir de l'espérance du bonheur que j'éprouve aujourd'hui. »

Tel fut le récit d'Adélaïde. Isidore se jette à ses pieds de nouveau, mouille de ses larmes les mains de son amie , et ne peut croire encore à tant de

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félicité. Bientôt , se tenant tous deux par la main , ils gagnent ensemble la chaumière d'Honorine, qui reçoit Isidore comme un fils, et partage la joie des deux amans.

Pendant ce temps, Némorin s'avançait précipitamment vers Nismes , par des sentiers et des détours; mais en s' éloignant de sa route pour suivre Isidore, il avait perdu des momens précieux. Les premiers rayons du soleil doraient déjà la cime des clochers de la ville, et Némorin n'y était point encore. Les vigilans Espagnols relevaient déjà leurs gardes avancées , quand le malheureux berger , au détour d'une longue haie, se trouva visà-vis d'un poste , et fut à l'instant environné par huit soldats. La résistance était inutile. On l'interroge, on le presse; peu accoutumé au mensonge,

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il se trouble dans ses réponses , et laisse deviner qu'il porte un avis aux assiégés. Aussitôt il est saisi et conduit vers le général, etc.

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