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Français citère ritCervante s jcoinme celui qu,o?i connaissait j quon admirait le plus en France , et ne dissimulèrent point leur surprise , leur indignation , en apprenant que V Espagne laissait dans lJ oubli, dans la pauvre té, un vieillard aussi intéressant , aussi distingué. J Is firent plus ;ils voulurent aller euxmêmes chez l'auteur de Don Quichotte pour lui rendre , au nom de la nation française , lJ hommage dû à son génie.
L'autre anecdote se passa peu de jours avant sa mort. Il la raconte lui-même avec une grande naïveté, dans le prologue de Persilès et Sia-ismonde. u Je revenais, dit-il , à •>■) cheval ., avec deux de rnes amis > » d'Esquivias si célèbre par ses bons ii vins j lorsque nous fûmes joints en •>•) route par un jeune écolier, monté ri sur un âne ; quil faisait trotter de
jî son mieux pour cheminer avec nous.
n Pardi! Messieurs ., nous dit-il j au w train dont vous allez , on croirait » que vous courez un bénéfice. Un de )> mes compagnons reprit : La faute en r> est au cheval du seigneur Michel » de Cervantes. A ce nom j le jeune )> écolier se précipite à bas de son âne ; )> jetant par terre son manteau ^ sa » valise , etcourant à moij dont il sai- » sit la main : Quoi! cJest vous ! me » dit-il j cJest vous que j'aime j que )> f honore depuis si long-temps j qui 5i êtes V honneur de V 'Espagne et les )) déliées de quiconque sait lire! Je lui » répondis en riant : Je ne suis point » tout cela j mais je suis Cervantes.
» Ramassez votre valise j et remontez » sur votre âne ; nous causerons cher> min faisant. Ce bon écolier mfacn câbla de louanges; et moi j pour les
» faire cesser > je lui parlai de ma.
)> maladie j dont je lui contai les dé- » ta ils. Il me regarda , puis me dit » tristement: Seigneur Cervantes ., je » crains bien que ce ne soit une hy- » dropisie. Croyez - moi ., ne voyez » point de médecin ; mangez et ne bu- )) vezpas. — On me Va déjà dit,, repli- » quai-je ; mais toute l'eau de la mer )> n apaiserait pas ma soif. Je me » meurs > je le sens bien; et j s' il faut r> tout vous avouer ., je ne compte » guère passer dimanche . Je suis char- » mé d'avoir fait connaissance avec » un homme aussi aimable et aussi in- » dulgent que vous : il était temps j je )> vous assure. U écolier , sans me ré- » pondre jvint mf embrasser j les larmes » aux y eux. Nous arrivions aux portes » de Madrid; il prit par celle de Tolè- )) de , moi par celle de Ségovie. Cette
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» petite aventure me fit grand p la i- » sir j et c'est sûrement le dernier que )) j'aurai. »
Cètait au commencement d'avril 1616 que ceci lui arriva. Il Y écrivait au lit de la mort et finissait le roman de Persilès et Sigismonde. Craignant de n avoir pas le temps de l'achever > il augmenta son mal par un travail forcé. Bientôt il fut jà l'extrémité.
Tranquille et calme en mourant , comme il avait été patient dans ses malheurs j sa constance et sa philosophie ne l'abandonnèrent pas un moment.
Quatre jours avant d'expirer ., il traça d'une main faible j l'épître dêdicatoire de Persilès ,]] adressée au comte de Lemos , qui arrivait en ce moment d'Italie. [Je ne connais guère ofêpître dédicatoire qui ressemble à celle-là. ]
A DON PEDRO FERNANDÈS DE CASTRO , comte de Lemos j etc.
« Nous avons une vieille romance » espagnole qui ne me va que trop r> bien; celle qui commence par ces » mots:
» La mort me presse de partir,
m Et je veux pourtant vous écrire, etc.
» Voilà précisément l'état où je » suis. Ils m'ont donné hier Pextrême- » onction (*); je me meurs, et je suis » bien fâché de ne pouvoir vous dire )> combien votre arrivée en Espagne » me cause de plaisir. La joie que j'en a ai , aurait dû me sauver la vie j mais
(*) Ayer me dieron In extrema uncion.
» la volonté de Dieu soit faite ! Votre » Excellence saura du moins que ma » reconnaissance a duré autant que o mes jours. J'ai bien du regret de ne » pouvoir pas finir certains ouvrages » que je vous destinais , comme les » Semaines du Jardin , le Grand Ber- » nard ,et les derniers livres de Gala- )> tée, pour laquelle je sais que vous » avez de l'amitié : mais il faudrait )) pour cela un miracle du Tout-Puis- )> sant , et je ne lui demande que » d'avoir soin de Votre Excellence.
» A Madrid , ce 19 avril 1616.
il Michel de Cervantes. »
11 mourut le 23 du même mois, âgé de soixante-huit ans et six mois.
Le même jour Shakespeare mourut à
Strafford, dans le comté de Warwick.
L'homme qui s'est conduit chez les Algériens comme nous l'avons vu, qui a fait Don Quichotte , et qui écrit en mourant la lettre que l'on vient de lire y n'était pas un homme ordinaire.
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Les premières poésies de Cervantes ne sont pas très connues, et ne méritent guère de l'être. Ses sonnets, ses élégies , se ressentent trop du goût de son temps. Son plus bel ouvrage, celui qui a fait sa réputation, c'est Don Quichotte.
La raison, la gaîté, la fine ironie répandues dans cet ouvrage, [ la variété j la vérité des caractères ] , la pureté, le naturel du style, ont rendu ce
livre immorteLje sais qu'il ne plaît pas également à tous les lecteurs français qui ne le lisent pas en espagnol : c'est ia faute [des traducteurs ; ils sont] trop loin de l'élégance , de la finesse de l'original. Tl semble [quon] ait regardé Don Quichotte comme un roman [ dont le seul mérite était de faire rire. On n a pas pu qu il renfermait une philosophie profonde , qu'il était peut-être égal à V Arioste j pour la richesse j le feu de l'imagination ., l'intérêt des épisodes j et le charme de la diction. On ] a rendu le mot espagnol par le mot français [ qu'on ] trouvait dans le dictionnaire , sans comparer, sans choisir : [071] aou- 1)1 ié que , surtout dans le comique , aucun mot n'a de synonyme, qu'un seul est le bon, que tout autre est mauvais. La manière dont [on ] a traduit les
morceaux de poésie, qui sont en grand nombre dans Don Quichotte , ferait penser que les vers espagnols sont ridicules. Cependant ils sont presque tous agréables, [ quelquefois un peu] recherchés : mais Cervantes écrivait pour sa nation , dont le goût ne ressemble pas au nôtre ; et [ses] traducteurs, qui écrivaient pour nous, pouvaient , en conservant les pensées de Cervantes, affaiblir quelques comparaisons, adoucir quelques images, et surtout donner de la douceur et de l'harmonie à [ leurs ] vers. [ Peut-être aussi ne fallait-il pas songer à être littéral] (*)
Presque tous les livres étrangers
(*) JS'nte de V éditeur. C'est ce que Florian a fait plus tant et avec intention. J'ai sous les yeux une note de sa main qui le justifiera au-
nous paraissent trop prolixes : Don Quichotte même a des longueurs et des traits de mauvais goût [que Von pouvait ] retrancher sans craindre le reproche de n'être pas exact. Quand on traduit un ouvrage d'agrément, la traduction la plus agréable est à coup sûr la plus fidèle.
Malgré tous ces défauts, l'ouvrage
près de ceux de ses lecteurs qui l'ont accusé de n'avoir pas traduit littéralement.
« Ma manière pour traduire Doit Qui- » chotte a été celle-ci: J'ai lu attentivement )> chaque chapitre, je me suis bien pénétré » de l'impression que me faisait éprouver )> chaque morceau, et pai tâché que dans » la traduction mon lecteur retrouvât ces » mêmes impressions. Voila la seule fidé- )> lité dont je me suis piqué. Qu'on ne me v demande pas celle des mots. »
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est si bon par lui-même, les épisodes si intéressans , les aventures si [divertissait tes] , que tout le monde le connaît , tout le monde le relit ; nos tapisseries,, nos tableaux , nos estampes , nous offrent partout Don Quichotte, et il n'est point d'entant qui ne rie en reconnaissant Sancbo Pança.
Les Nouvelles de Cervantes ne valent pas Don Quichotte à beaucoup près. Il en a fait douze , et quatre seulement [ me semblent] dignes de lui :
Le Curieux impertinent, qu'il a inséré dans Don Quichotte ; Rinconet et Cortadille, tableau grotesque, mais vrai , des fripons de Séville; La Force du sang, la plus intéressante, la mieux conduite de toutes; et Le Dialogue des dedx chiens. Cette dernière est une critique charmante, pleine de philosophie et de gaîté : les mœurs espa-
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gnoles y sont peintes avec tout le naturel et to ut l'esprit de Cervantes.On nous a donné il y a quelques années, une traduction française de ces douze Nouvelles. Il faut les lire dans l'original.
Le Voyage au Parnasse est un ouvrage en vers , divisé par chapitres.
Cervantes feint qu'Apollon, menacé par des légions de mauvais poètes , envoie Mercure en Espagne, rassembler tous ses favoris, pour les conduire à la défense du Parnasse. Mercure vient trouver Cervantes, et lui montre la liste de ceux qu'Apollon appelle, et de ceux qu'il faudra combattre. On sent combien cette fiction peut prêter à un homme d'esprit que des sots ont outragé , [ et combien elle dut augmenter le nombre de ses ennemis.
Cervantes y parle de lui-même j et ne s'y traite pas avec vanité. Il raconte
que lorsque les poètes choisis furent arrivés au Pa masse j Apollon assigna la place de chacun-, Cervantes resta seul debout j et sJ en plaignit , en alléguant tout ce quil avait fait ; ce fut en vain : le dieiij sans lui marquer de place , lui dit de plier son manteau et de s3 asseoir dessus. « Hélas ! répondit » tristement Cervantes j je ri ai pas » même de manteau. ] »
Cet ouvrage n'est pas très agréable et ne peut être piquant pour nous; je n'en connais point de traduction, non plus que de ses comédies.
Elles sont au nombre de huit, et Cervantes dit dans son prologue qu'il en a [composé] vingt ou trente. Cette incertitude paraîtra singulière à ceux qui savent combien une comédie esf difficile à faire.
Je les ai toutes lues avec attention