Voici comment Retz raconte cette affaire
« Noirmoustier estoit sorti avec 2000 chevaux pour amener à Paris un convoi de 500 charrettes de farines, qui estoit à Brie Comte-Robert, où nous avions garnison. Comme il eut advis que le comte de Grançay venoit du côté de Lagny pour s'y opposer, il destacha M. de la Rochefoucauld avec 7 escadrons , pour occuper un défilé où les ennemis estoient obligés de passer. M. de la Rochefoucauld, qui avoit plus de cœur que d'expérience, s'emporta de chaleur : il n'en demeura pas en ordre; il sortit de son poste, qui estoit très-advantageux , et il chargea les enne-
La blessure de M. de Marcillac était à la gorge et fort grave : elle le força naturellement à garder sa chambre pendant toute la durée de ces premières hostilités. C'est alors que Retz nous apprend qu'il reçut le comte de Flamarens \ chargé d'apporter des compliments de condoléances à la reine d'Angleterre au sujet de la mort de son mari de la part de Monsieur. M. de Flamarens le trouva encore couché, soutïrant beaucoup, « ennuyé de la guerre, mais disant qu'il ne pouvoit reculer, Mme de Longueville l'ayant engagé pendant qu'il étoit en Poitou. » La paix cependant se négociait : de part et d'autre on la désirait également. Gondé lui-même se fatiguait de cette lutte sans gloire, qui divisait sa famille et qui venait de lui coûter son meilleur ami, le duc de Ghâtillon; Mazarin sentait que cette guerre ne pouvait que stimuler les espérances de l'Espagne et que la meilleure politique était de la finir le plus promptement possible. L'honneur de cette pacification revient cependant toute entière à Gondé, oc ici, montrant la pointe de son épée , là parlant avec fermeté, a dit éloquemment M. Gousin, il amena bientôt Paris et le Parlement à demander la paix, et Mazarin à en donner une qui n'humiliait ni Paris ni le Parlement. Il n'obtint pas seulement une amnistie générale ; il fit plus : il représenta que, pour désarmer la Fronde, il fallait lui enle-
mis avec beaucoup de vigueur. Il y perdit Rauzan, frère de Duras; le marquis de Sillery, son beau-frère, y fut fait prisonnier; Rachecourt, premier capitaine de son régiment de cavalerie , y fut fort blessé, et le convoi esloit infailliblement perdu, si Noirmoustier ne fût arrivé avec le reste des troupes.»
M. de Rauzan mourut de sa blessure le 11 mars suivant : Gourville nous apprend que lui et Bercenay, qui se trouvaient auprès de M. de Marcillac quand il tomba, furent également pris,
1. Son parent ou du moins son allié, puisque la seconde sœur de Mme de Guercheville avait épousé le marquis de Grossolle-Fiamarens.
ver les griefs légitimes qui faisaient sa force, et qu'une fois la royauté replacée au-dessus de toutes les factions, il était sage d'en faire descendre toutes les améliorations nécessaires. De là, la déclaration royale du 12 mars 1649, qui annulait toutes les mesures prises par le Parlement depuis six mois, expulsait l'envoyé d'Espagne, remettait toutes les forces civiles et militaires entre les mains du roi, interdisait, pour le reste de l'année 1649, toute assemblée générale du Parlement, mais promettait à Paris le retour du roi et au Parlement de le consulter dorénavant sur les impôts extraordinaires, et, si on traitait avec l'Espagne, de choisir quelqu'un de ses officiers pour assister à ce traité. Quant à la noblesse, la déclaration n'en disait rien par la raison très-simple qu'il n'y avait là aucun grief général qu'on eût à satisfaire, et qu'il s'agissait seulement d'intérêts particuliers qu'on ménagea du mieux qu'on pût^ »
Tel fut l'effet de la convention signée à Ruel le 11 mars, et qui devait suspendre les hoslililés pendant quelques mois seulement. Les princes et les généraux surent se faire largement indemniser et récompenser. M. de Marcillac ne pouvait faire valoir ses droits, retenu par sa blessure, mais Mme de Longueville ne le laissa pas oublier. « Elle n'avoit rien négligé pour faire que toutes les grâces tombassent sur la tête du prince de Marcillac, et ce fut en cette occasion qu'elle eût le tabouret pour sa femme et l'entrée en carrosse ; cet avantage le mettoit au-dessus des ducs, à l'égal des princes, quoique de race non souveraine ^ » On lit, en effet, parmi les demandes particulières de messieurs les généraux, ce passage à l'article du prince de Conti : « Plus demande, mon dit sieur le prince, pour M. le prince de Marcillac, que l'on donne