‹ Œuvres inéditesChapitre 12 sur 81 · Mémoires de Mme de Motteville · texte numérisé non relu

Mémoires de Mme de Motteville

le tabouret à sa femme, qu'on lui paye tous les appointements du gouvernement du Poitou qui consistent en quatre cent mille cinq cents livres, qu'on lui conserve l'augmentation de dix-huit mille livres levées pour les fusiliers, dont le payement lui sera continué, soit qu'ils subsistent ou non. » Le prince de Conti présenta lui-même ensuite M. de la Rochefoucauld à la reine et à Mazarin. Cette paix ne devait être ni bien franche, ni surtout bien longue. Les mécontents de la veille n'en continuèrent pas moins à fronder comme auparavant. Le peuple murmura en voyant les nombreuses demandes formées par les princes et les généraux sans qu'il ait eu à en ressentir aucun bienfait; le Parlement lui-même s'émut, et il fallut que le prince de Conti, au nom de tous, alla déclarer solennellement qu'ils n'avaient réclamé de sûretés qu'à cause du maintien du cardinal au pouvoir; et à la fin de mars il y eut encore une démarche des meneurs du parti pour faire une manifestation contre Mazarin. On ne désarmait d'aucun côté. Le prince de Gondé cependant avait ramené la cour à Paris, mais dès ce jour il montra un grand changement dans son attitude, et c'est à l'influence de M. de Marcillac qu'il faut l'attribuer. A ce moment, en effet, le grand Condé se réconcilia avec toute sa famille et même avec l'amant de sa sœur; il resserra aussi ses liens avec le duc d'Orléans, pour lequel il avait la plus grande déférence, disent les contemporains, et il commença à traiter Mazarin avec une grande légèreté, le raillant publiquement et disant même très-haut qu'il regrettait de l'avoir maintenu dans une place dont il était si peu digne. Jouissant d'une grande réputation militaire, craint et estimé de la foule, il souffrait de se voir compromis dans l'impopularité du cardinal : il crut , en se rapprochant des frondeurs, combattre ce sentiment qui l'affligeait ; il ne songeait nullement au début à se joindre activement à eux : sa sœur fit le reste et l'entraîna à

devenir l'ennemi du parti dont il venait d'être le sauveur. On peut facilement croire que l'intérêt seul décida Condé à se réconcilier avec les siens, puisque pendant les négociations même du mois de mars, il montra encore contre eux une grande animation et chercha à faire supprimer les avantages que sa sœur et son frère demandaient. Ceux-ci, étonnés et blessés de cette attilude, entamèrent des négociations avec le duc d'Orléans qui, moyennant certaines concessions, entra dans leur parti auquel il donna ainsi une nouvelle force. Le négociateur ne fut autre que M. de Marcillac qui eût à s'aboucher avec Flamarens, ne pouvant traiter directement avec l'abbé de la Rivière, avec lequel, à cause de l'affaire du salut, il était demeuré en grande froideur. La condition fut que le prince de Gonti renoncerait au chapeau de cardinal en faveur de l'abbé de la Rivière, renonciation qu'il accepta avec empressement. Quand le prince de Condé eut connaissance de ces faits, il changea de conduite, se réconcilia avec sa famille et parut passer complètement à la Fronde; huit jours après, il revenait au cardinal qui, pour gagner du temps, feignit de vouloir céder et qui décida qu'aucune détermination importante ne serait désormais prise sans consulter MM. de Condé, de Conti, de Longueville et Mme de Longueville.

M. de Marcillac, tout en négociant avec le comte de Flamarens, en agissant secrètement pour M. le Prince, « fai- « sant, comme disait son ami le comte de Matha, tous les « matins une brouillerie et tous les soirs travaillant à un « rhabiilement, » ne perdait pas de vue ses intérêts. Il alla trouver la cour à Compiègne, avec le prince de Conti « pour tirer de Mazarin tout ce qu'il put. Il fut traité par « la reine comme un homme qu'elle avoit lieu de craindre « et qu'il fallait ménagera » 11 profita de ces dispositions

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