Mémoires de Mme de Motteville
pour réclamer le tabouret et l'entrée en carosse au Louvre avec d'autant plus d'instances que la reine venait d'accorder le tabouret à la comtesse de Fleix, fille de la marquise de Senecey, sa dame d'honneur, qui, par sa mère, était issue de la maison souveraine de Foix. La pensée d'obtenir pareil rang obsédait M. de Marcillac et fut constamment, mais en vain, le but de ses désirs. « Le pèred^e celui-ci, écrit Saint-Simon en parlant du duc de la Rochefoucauld, son contemporain, fils de l'auteur des Maximes, n'avoit jamais pu digérer lerangdeprincedonneaMM.de Bouillon. Il se croyoit d'aussi bonne maison qu'eux, et il n'avoitpas tort: il croyoit aussi l'avoir aussi bien mérité et par les mêmes voies. Il ne se trompoit pas encore, et ces voies n'étoient pas étrangères à sa maison. Mais il ne put parier de mérite à la guerre avec MM. de Bouillon et de Turenne. Quoique plus galant qu'eux et d'un esprit plus propre aux manèges de ruelles et aux essais de beaux esprits, il ne put atteindre à la considération de leurs alliances, à leur autorité dans les partis, à leur réputation fondée sur les choses qu'ils avoient ourdies et exécutées, à l'opinion que le cardinal de Mazarin en conçut et à l'espérance d'amitié, de conseil et de protection qu'il se figura de trouver en eux en se les attachant, comme il fit par tout ce qu'il leur prodigua. Ce ver rongeur de princerie passa de père en fils. » M. de Marcillac put cependant croire avoir gagné sa cause. Mme de Longueville en effet, afin de ne pas exiger uniquement pour son amant une faveur exorbitante au point de vue de l'étiquette des cours, la demanda également à la reine pour son amie Mlle du Yigean, veuve de M. le comte de Pons, qui avait toujours prétendu être issu de la maison d'Albret. La reine accorda ces deux articles, grâce à l'habile négociation de l'abbé de la Rivière, qui se fit alors le chaleureux avocat de son ancienne ennemie: le prince de Condé se déclara satisfait, et non-seulement vint renouveler à la reine les
protestations de son dévoûment, mais embrassa même le cardinal. « La reine fut à demi contente de penser qu'après Œ tant de troubles elle pouvoit espérer quelque repos. Le X ministre étoit satisfait de voir un si grand nombre d'en- « nemis de moins. L'abbé de la Rivière regardoit cet ac- « commodément comme un ouvrage de ses mains. Les « désirs de Mme de Longueville et du prince de Marcillac « étoient remplis: et se voyant les maîtres de la cour, ils « n'avoient plus rien à souhaiter que la durée de leur « bonheur*. » Maisce n'était pas lecompte des frondeurs, mécontents de voir la reprise des troubles qu'ils croyaient imminents, appaisée si facilement : il ne leur était pas malaisé de tout rompre, car la haute noblesse ne put se décider à laisser de si grands privilèges accumulés à quelques-uns de leurs membres. Les ducs s'émurent de voir Mme de Pons, comme issue de la maison d'Albret suivant une filiation assez nuageuse^, et M. de Marcillac comme simple gentilhomme, élevés à la dignité princière; du moins, ils revendiquèrent la même faveur pour eux. Les ducs et les maréchaux se réunirent chez M. de Sourdis^ et convinrent d'abord de ne pas -s'opposer à la concession faite, mais à la condition qu'ils seraient traités de même et que leurs fils aînés auraient le même avantage que M. de Marcillac. La reine écouta volontiers ces premières plaintes « car elle haïssoit le prince de Marcillac et se soucioit peu de Mme de Pons * » mais cependant il lui en coûtait de revenir sur une décision prise, surtout de rouvrir le champ aux troubles, et elle s'en expliqua vivement au soir avec le commandeur de Jars qui plaidait la cause des ducs. « La reine connut cependant en cette occasion , remarque Mme de Motteville, que les rois ne peuvent pas toujours