Mémoires de Mme de Motteville
faire tout ce qui leur plaît et qu'il faut qu'ils observent certaines règles. »
Le parti de la résistance s'organisa promptement en effet: une vingtaine de personnes des plus qualifiées s'assemblèrent chez le marquis de Montglat, grand-maître de la garde-robe, et, sans plus délibérer, résolurent de soumettre respectueusement leurs réclamations à la reine : ils choisirent pour cela le maréchal de l'Hôpital , trèsfroissé précisément de voir plusieurs de ses collèguesfaits ducs sans avoir autant de services éclatants que lui. Le soir, ils vinrent en nombre au cercle de la reine: il y avait le marquis de Gœuvres, fils aîné du maréchal d'Estrée, Leuville, Saint-Luc, Saint-Mesgrin, Brancas, Jars, Souvré et presque tous les principaux courtisans et officiers de la cour. Les salons en étaient remplis. Anne d'Autriche réprima sa surprise, accueillit fort bien la députation parmi lesquels elle reconnaissait ses plus dévoués partisans et promit d'examiner leurs réclamations. La nouvelle s'en répandit promptement dans Paris, où elle plut également aux amis de l'ordre et du désordre.
Le lendemain, les gentilshommes se réunirent de nouveau chez M. de Montglat pour compléter leur œuvre, et députèrent cette fois chez le duc d'Orléans huit d'entre eux pour demander un appui : ce furent MM. de Saint- Luc, de Saint-Mesgrin, de Mannicamp, de Souvré, de Gœuvres, de Vill arceau , de Fosseuse et de Leuville. « Monsieur leur répondit que la reine et M. le Prince avoient voulu ce qui avoit été fait, et que, pour lui, il n'y avoit nulle part ^ » De là, ils allèrent chez Condé qui les reçut naturellement avec beaucoup de froideur, en rejetant cependant l'affaire sur la reine et le duc d'Orléans, tout en ajoutant que lui-même désirait le maintien de ce qui avait été fait et qu'à ceux des amis qui agiraient contre