‹ Œuvres inéditesChapitre 17 sur 81 · Mémoires de Lenet). — 2. Ibidem · texte numérisé non relu

Mémoires de Lenet). — 2. Ibidem

Bordeaux et y fut accueillie avec un enthousiasme indescriptible. Le lendemain, le parlement se prononçait en sa faveur par un arrêt solennel. Les ducs avaient dû rester d'abord à Lormond, puis au faubourg des Chartreux, où ils demeurèrent deux ou trois jours, recevant de nombreuses visites et acclamés même par une foule considérable : ils purent ensuite venir rej oindre Mme la Princesse.

L'histoire de la vie du duc de la Rochefoucauld est si intimement liée, pendant son séjour à Bordeaux, avec l'histoire de cette ville et des événements politiques de l'époque, que je vais être obligé de hâter mon récit pour ne pas trop entrer dans les détails d'un intérêt général. M. de la Rochefoucauld fit preuve, en cette circonstance d'un dévouement, d'une énergie, d'une activité qui ne se démentirent pas un moment, mais qu'on regrette de voir au service de la rébellion. Il prit constamment part à la direction politique des affaires, de concert avec le duc de Bouillon qui supportait avec assez de peine un collègue aussi important et aussi intimement uni à lui , et dans le traité conclu au mois de juillet avec l'Espagne , il se fit seul mentionner comme ayant les pouvoirs de Mme la Princesse : on prétendit ensuite que ce fut Baas, son secrétaire, qui crut ainsi être utile à son maître, mais Lenet n'hésite pas à penser que ce fut par l'ordre exprès deM.de Bouillon. M. de la Rochefoucauld s'était souvent plaint à Lenet du déplaisir qu'il éprouvait à voir le duc de Bouillon vouloir toujours se distinguer de lui , mais ces légers nuages furent soigneusement tenus cachés par les deux ducs: leur confident ne laisse aucun doute à ce sujet. « Ils ajoutoient toujours à leurs plaintes une grande estime l'un pour l'autre et une grande amitié. Je crois que j'étois le seul dépositaire de leurs chagrins, nul ne s'en aperçut

jamais, et j'avois une grande application à les guérir tous deux, en leur disant toujours du bien l'un de l'autre et leur rapportant obligeamment les plaintes qu'ils faisoient réciproquement, qui, au lieu de les brouiller, réchauffoit toujours leur amitié. Le duc de Bouillon croyoit que son âge, son expérience, les emplois qu'il avoit eus et la souveraineté de Sedan qu'il avoit possédée, pouvoient le distinguer. Le duc de la Rochefoucauld pensoit de son côté que sa dignité, sa naissance égale à celle du duc de Bouillon, ses amis, ses intrigues, son esprit et son courage ne dévoient souffrir aucunes distinctions, d'autant plus qu'il n'y en avoit nulle dans leur caractère*. »

Pendant toute cette période, le duc de la Rochefoucauld donna la preuve constante d'une rare fidélité. M. Cousin est formel à cet égard. « Pendant que Mme de Longueville engageait ses pierreries en Hollande pour défendre Stenay, la Rochefoucauld en Guyenne exposait sa fortune. C'est le moment le plus douloureux et le plus touchant de leurs amours et de leurs aventures. Ils étaient éloignés l'un de l'autre, mais ils s'aimaient encore, ils servaient avec ardeur la même cause, ils combattaient et souffraient ensemble^ » Nous trouvons partout des preuves de ce dévouement et de cet amour : la Rochefoucauld écrivait sans cesse à Stenay et y rendait compte de toutes ses actions: « Tout le but des travaux de ce duc, dit Lenet,

1. Pierre lenet avait toujours été attaché a la maison de Condé : fils et petit-fils de président au parlement de Dijon, il exerça cette charge, puis l'échangea contre celle de procureur général à la table de marbre. Le grand Condé l'avait en grande estime et fit avoir à son ami qui avait de l'esprit comme douze, suivant le jugement de Mme de Sévigné, un brevet de conseiller d'État. Il fut choisi par Madame la Princesse après l'arrestation du Prince comme son principal agent et devint dès lors l'hommeleplus considérable du parti auquel il resta constamment fidèle. Les Mémoires sont précieux pour toute cette période de la vie de M. de la Rochefoucauld.

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