‹ Œuvres inéditesChapitre 18 sur 81 · La Jeunesse de Mme de Longueville, p · texte numérisé non relu

La Jeunesse de Mme de Longueville, p

étoitpour lors de plaire à cette belle princesse; et il prenoit assez de plaisir et de soin de l'avertir de tout ce qu'il faisoit pour elle, pour délivrer la princesse sa belle-sœur, de celui de lui dépêcher des courriers sur ce sujet. » Ailleurs il nous apprend que, « en toute rencontre, il envoyoit des exprès pour rendre compte à cette duchesse de tout ce que le respect qu'il avoit pour elle lui faisoit entreprendre.» En ce moment, en effet. M, de la Rochefoucauld ne connaît aucun obstacle, il brave tout, sacrifie généreusement ses biens de l'Angoumois et de la Saintv^ge ' : Verteuil fut même rasé : il en apprit la nouvelle le 9 août et la reçut avec une admirable constance : « ilsembloit, dit Lenet, en avoir de la joie pour inspirer de la fermeté aux Bordelais. On disoit encore que ce qui lui en donnoit une véritable étoit de faire voir à la duchesse de Longueville qu'il exposoit tout pour son service. » On ne peut nier en effet, que le duc n'ait obéi alors à un sentiment profond, sincère qui contredit, sans doute possible et très-heureusement, sa prétention à n'avoir jamais aimé. Mme de Longueville et lui s'adoraient alors, écrit M. Cousin, et je me plais à invoquer l'opinion de cet éminent historien ; quoique séparés par la France toute entière, ils souffraient et combattaient l'un pour l'autre : ils avaient le même but, la même foi, la même espérance: ils s'écrivaient sans cesse pour se communiquer leurs pensées et leurs projets^ et cherchaient ainsi à tromper l'énorme distance qui s'étend de Bordeaux à Stenay.

A Bordeaux, M. de la Rochefoucauld ne s'épargnait jamais, et il fit assez voir son courage, pour se rendre populaire, à l'attaque d'une demi-lune qu'il défendit à lui

1. Lenet nous apprend lui-même que La Rochefoucauld tirait de chez lui tout ce qu'il pouvait.

2. M. Cousin, dans son livre de la Fronde à Bordeaux, dit posséder deux lettres très-tendres, écrites par Mme de Longueville à La Rochefoucauld, pendant son séjour à Stenay.

seul et « où il y eut assez de carnage \ » et dans maintes autres circonstances , car les escarmouches se multipliaient chaque jour autour de Bordeaux, que le maréchal de La Meilleraye serrait vigoureusement, et où le feu des batteries causait de fréquents ravages ^ L'état des esprits se soutenait cependant assez bien ; au mois d'aotàt, on expédia un courrier à Stenay pour presser vivement Mme de Longueville d'envoyer des troupes sur Paris et de faire avancer jusqu'en Guyenne toute la cavalerie dont elle pouvait disposer, sans oublier une flotte dans la Gironde. Les finances seules créaient de sérieux embarras et leur pénurie causait d'inextricables difficultés à Lenet. Du côté de la cour, on ne négligeait rien pour gagner les Bordelais, et on parvint ainsi à exciter assez vivement la bourgeoisie contre les deux ducs, représentés comme empêchant la conclusion de la paix dans leur seul intérêt particulier : ils durent paraître à l'hôtel de ville et s'expliquer de façon à ramener encore une fois la population (12 août). On se remit avec une nouvelle ardeur aux travaux des fortifications; les femmes les plus qualifiées y allaient elles-mêmes, Mme la Princesse à leur tête ; les ducs de Bouillon et de la Rochefoucauld les régalaient de fruits et de confitures, tandis qu'on donnait largement du vin aux ouvriers. La galanterie qui a constamment dominé les événements de la Fronde, jouait encore dans la guerre des princes le même rôle, et Lenet nous raconte la chronique du siège de Bordeaux sous ce point de vue de façon à montrer qu'on s'amusait encore, tandis que le canon grondait au dehors. On se promenait sur le fleuve, on se donnait des collations et

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