‹ Œuvres inéditesChapitre 19 sur 81 · Mémoires de Retz · texte numérisé non relu

Mémoires de Retz

2. Lenet nous dit en propres termes que le duc de la Rochefoucauld «étoit très-aimé à Bordeaux, et grâce à cela recevoit fort souvent de bons et sûrs avis.»

les violons faisaient même quelquefois danser les belles dames de Bordeaux.

Les hostilités cependant devinrent plus vives au mois de novembre : la cour était installée à Bourg et le cardinal pressait sans cesse les chefs de l'armée. Le 5, le maréchal de la Meilleraye fît donner toute l'armée, forte de huit mille hommes et de trois mille chevaux ; l'attaque fut renouvelle six fois avec une ardeur extrême et les assaillants eurent plus de mille hommes tués ou blessés; la bourgeoisie bordelaise y fît des merveilles. La Rochefoucauld se tint constamment à la première barricade qui protégeait la porte de Digaux sur laquelle fut dirigé tout l'effort de la division de Palluau. Le maréchal de la Meilleraye fut obligé de se retirer, mais n'en pressa pas moins le siège ^ ; la tranchée augmentait chaque jour ; les deux ducs furent obligés de faire mettre toute la cavalerie à pied pour servir aux remparts, et eux-mêmes, pendant plusieurs jours, ne quittèrent plus les lieux menacés afin -de stimuler l'énergie des défenseurs qu'un tel redoublement de lutte commençait à fatiguer.

Cet état ne pouvait se prolonger : la résistance en Guyenne n'était qu'un fait isolé et qui n'exerçait aucune influence sur Mazarin; il venait de faire transférer les princes de Marcoussis au Havre et se disposait à attaquer de telle façon Bordeaux que la place ne pourrait pas ne pas céder. Il se serait dès lors trouvé tout puissant, et, par conséquent, très-peu disposé à montrer la moindre complaisance pour les rebelles vaincus. C'est ce que le duc d'Orléans et les principaux frondeurs comprirent et ce qui les décida à envoyer à Bourg des députés auprès du roi. La cour souhaitait sincèrement la paix et le Par-

1. Le marquis de Chouppes, dans ses Mémoires, assure, au contraire, qu'après cinq heures de lutte et la plus brillante défense , les deux ducs furent obligés de «se sauver dans Bordeaux et d'abandonner tous leurs gens.»

lement de Bordeaux, poussé à la fois par le même désir, par la lassitude d'une défense sanglante et par méfiance envers l'Espagne qui promettait toujours sans rien tenir, se résolut à faire la même démarche. La princesse de Condé et les deux ducs ne crurent pas pouvoir s'y associer officiellement, mais ils ne s'y opposèrent pas et chargèrent même les députés du Parlement de stipuler au besoin des garanties pour eux. M. de la Rochefoucauld ne pouvait demeurer longtemps inactif au milieu de ces négociations. Il ne tenta rien néanmoins avant que Mme la Princesse ne fût entrée elle-même en pourparlers avec la cour. Ce ne fut même encore qu'avec sa permission^, qu'il envoya Gourville à Bourg conférer de sa part avec le duc de Caudale, tentative qui n'eut aucun résultat et compromit un peu la Rochefoucauld, même auprès du duc de Bouillon^ (17 septembre). La paix cependant était négociée et put enfin être signée le 29, mais non sans grandes discussions : Mme la Princesse posait des conditions exagérées dans sa situation, avec une amnistie absolue pour tous ses partisans et la liberté de tous les prisonniers, parmi lesquels se trouvait le chevalier de la Rochefoucauld. Mazarin se montra assez diflicile : il paraît que c'était surtout contre le duc de la Rochefoucauld qu'il paraissait « vivement aigrie » Cette paix fut publiée à la date du l'*" octobre : je ne m'en occuperai qu'au point de vue du duc : il était compris dans l'amnistie, réintégré dans ses biens, sous la seule condition de renoncer à toute intrigue. Le surlendemain, Mme la Princesse partit de Bordeaux avec toute la no-

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