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Mémoires de Lenet

2. La Fronde à Bordeaux, dans la Revue des Deux Mondes des 15 juin et 1" juillet 1859.

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apparent et on ne peut guère que constater sa fidélité et son dévouement. La guerre fut vigoureusement poussée de part et d'autre : Nemours et Beaufort combattaient les troupes royales vers la Loire; Gondé cherchait vainement à défendre la Saintonge pour assurer la Guyenne : il chargea le duc de la Rochefoucauld de prendre Cognac dès les premiers jours de la lutte, mais sans lui donner de forces suffisantes pour attaquer la place et combattre le comte d'Harcourt qui venait la secourir; il n'arriva que pour assister à la levée du siège. « Où Gondé n'était pas, a dit M. Cousin, rien ne réussissait. '» Les choses ne firent que s'aggraver : au mois de février 1652, Gondé apprit que son frère, le prince de Gonti , qui commandait à Agen, s'étant avancé jusqu'à Lectoure, était très-menacé par la division du marquis de Saint-Luc, lieutenant de d'Harcourt; il part précipitamment de Libourne, n'emmenant avec lui que M. de la Rochefoucauld, sa gendarmerie et ses gardes, et rejoint son frère à Estafort. Une bataille fut livrée, les troupes royales, surprises, sont vigoureusement défaites et la place de Miradoux, où elles s'étaient réfugiées, enlevée ^ Gondé lit des merveilles à ce combat, et on ne peut rien ajouter à propos du duc de la Rochefoucauld, sinon qu'il ne quitta pas un moment le prince. Ses Mémoires sont très -intéressants pour l'histoire de cette campagne; il relève les fautes nombreuses de d'Harcourt, et ses critiques ont d'autant plus d'intérêt, comme le remarque très-judicieusement M. Cousin, que, dans cette circonstance, le duc n'est probablement que l'écho du Prince. Ce dernier se retira à Agen après l'affaire de Miradoux, sans que son adversaire ait songé à le poursuivre, comme il aurait pu le faire très-aisément.

1. M. delà Rochefoucauld raconte cette affaire avec beaucoup de détails et son récit est parfaitement corroboré par ceux de Balthazar et du marquis de Chouppes.

C'est à Agen que Gondé reçut des lettres de Paris lui apprenant ce qui se passait à l'armée de la Loire et dans la capitale, et qu'il comprit qu'il fallait frapper un grand coup au lieu de lutter inutilement et sans éclat dans une province reculée. Il consulta encore ses amis : la Rochefoucauld et Marsin discutaient le pour et le contre sans conclure ; Lenet et Fiesque, de Bordeaux, ne se prononcèrent pas plus nettement. Mme de Longueville seule parla catégoriquement et Viole la soutint de tout son pouvoir; elle poussa vivement son frère à aller tenter quelque chose de décisif sur les bords de la Loire. M. de la Rochefoucauld ne mentionne nullement cette intervention de la duchesse, mais Lenet ne laisse aucun doute possible et il nous confirme positivement le conseil si concluant de Mme de Longueville : « Elle en déduisit les raisons, » ajoule-t-il en terminant son récit. Cette fois du moins elle étoit logique; ayant fait prendre les armes à son frère, elle ne vouloit pas qu'il les déposât avant d'avoir obtenu ce qu'il désiroit. »

Condé laissa donc à Bordeaux le prince de Conti, revêtu du titre de lieutenant général en Guyenne, avec sa sœur et le président Viole pour conseillers, et il quitta Agen, le jour des Rameaux, à cheval et n'emmenant avec lui que M. de la Rochefoucauld et son fils, le marquis de Lévis, MM. de Ghavagnac, de Guitaut, de Bercenay, de Gourville et Rochefort, valet de chambre du Prince. Le séjour d'Agen déjà n'offrait plus de sécurité, les habitants s'étaient même insurgés et barricadés, et il avait fallut beaucoup d'habileté à M. de la Rochefoucauld pour le décider à laisser entrer les vainqueurs de Miradoux.

Le Prince et ses compagnons se déguisèrent en simples gentilshommes de province, chacun prenant un nom de guerre; ils furent cependant accompagnés par une nombreuse noblesse jusqu'aux rives du Drat, où Ton se sépara. Le lendemain, on se rendit à Gahusac, qui apparte-

nait à M. de la Rochefoucauld, mais on n'y put entrer à cause de la garnison qui s'y trouvait : Gourville y alla seul et en rapporta des vivres, tandis qu'on s'installait dans le cabaret d'un village voisin. « M. le Prince se piqua de faire une omelette. L'hôtesse lui ayant dit qu'il falloit la tourner pour la mieux faire cuire, et, enseigné à peu près comme il falloit faire; l'ayant voulu exécuter, il la jeta bravement dans le feu; je priai alors, ajoute Gourville, l'hôtesse d'en faire une autre et de ne pas la confier à cet habile cuisinier. » Le mercredi, on eut à surmonter d'assez graves embarras causés par l'extrême faiblesse du jeune prince de Marcillac qu'une telle fatigue accablait et qui s'évanouissait à chaque instant. Ce fut encore Gourville qui y remédia en se procurant deux chevaux à bons deniers comptants, dont l'un fut reconnu comme enlevé depuis peu à l'écurie de Verteuil. Le soir, on coucha dans un château de M. de Lévis, « où la plupart de ces messieurs, pour la première fois depuis leur départ, se mirent entre deux draps. M. de la Rochefoucauld ayant eu une première atteinte de goutte, qui le prit assez rudement, je lui fis faire toute la nuit un gros bas qui se boutonnoit sur le côté, et dont il se trouva fort soulagé pendant le reste du voyage *. »

Le lendemain, le petit Marcillac fît encore des siennes et s'amusa à s'embourber avec son cheval jusqu'au cou. Le vendredi, on arriva au Bec-d' Allier, qu'on eut assez de peine à traverser faute de se procurer aisément un bateau. Le samedi soir, on touchait aux portes de la Charité, mais on évita l'entrée de cette place où était Bussy, et la petite troupe fit un détour pour gagner le château de Châtillon-sur-Loing, tandis que Gourville se rendait en toute hâte à Paris pour conférer avec Ghavigny. Condé eut alors un bien rare bonheur en échappant

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