‹ Œuvres inéditesChapitre 3 sur 81 · édition, p. 146, en note · texte numérisé non relu

édition, p. 146, en note

de sa main bien connue, et formant un volume in-quarto, relié en maroquin du temps, à ses armes. M. Charavay était chargé de certifier l'écriture, ce qu'il a fait. »

En résumé , il m'a semblé que du moment où l'on a eu la fortune de rencontrer quelques pages inédites d'un de nos plus grands écrivains , il n'était pas inutile de les faire connaître. M. de la Rochefoucauld est assurément un des plus éminents esprits du dix-septième siècle, un penseur profond et un écrivain accompli. Personne ne lui a jamais contesté cette triple illustration; mais, en revanche, on l'a cruellement blessé dans son honneur : on l'a représenté comme un homme sans dignité, sans foi et sans cœur. J'avoue qu'en présence d'accusations aussi graves, j'ai eu la hardiesse de vouloir étudier sa vie , quoique M. Sainte-Beuve n'ait pas hésité à dire : « La vie de la Rochefoucauld est difficile et même, selon moi, impossible à traiter avec détail. » Une pareille déclaration était bien faite pour me décourager ; mais quand j'ai vu, en étudiant la vie de cet homme, qui a eu l'insigne fortune d'être , dans ces dernières années , attaqué comme un contemporain , et dont on a ainsi ravivé la mémoire; quand j'ai vu, dis je, l'injustice de ces accusations, il m'a semblé qu'il serait mal de garder le silence, et que je devais, au contraire, prendre sa défense, raconter sa longue carrière, le montrer fidèle jusqu'à l'héroïsme au prince de Gondé, malgré l'ineffaçable injure que lui avait infligée sa sœur ; puis , ruiné par la guerre civile , rentrant dans la vie privée sans solliciter d'indemnité , car on ne saurait donner ce nom à une misérable pension de huit mille livres pour un homme qui avait eu ses châteaux dévastés. Il m'a semblé que je devais surtout le suivre dans ce monde lettré et poli au seuil duquel on l'abandonne je ne sais trop pourquoi, si ce n'est parce que Mme de Sévigné ne trouve pas assez d'expressions pour louer la bonté de son cœur, sa bienveillance , son dévouement à ses amis, et que Mlle d'Aumale s'écrie : •< Je ne connois rien de meilleur que lui ! et, selon moi, c'est tout dire. »

J'eusse ardemment souhaité qu'une plume plus autorisée que la mienne entreprît cette tâche; mais, cependant, je l'ai fait avec bonheur, parce que je l'ai fait avec conviction, en ayant l'espoir d'apprendre à mes lecteurs quelques détails nouveaux el de rendre justice à un homme dont le nom demeurera toujours aux premières places dans nos fastes littéraires, comme celui de sa maison aux premiers rangs dans les annales de notre noblesse.

24 mars 1863.

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