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SUR

Il n'est pas nécessaire de parler longuement de l'antiquité de la race d'où est sorti l'auteur des Maximes. La maison de la Rochefoucauld remonte à Foucauld, cadel des sires de Lusignanet apanage de la seigneurie de la Roche en Angoumois, à laquelle il donna son nom pour la distinguer des nombreux domaines connus en France sous la même appellation ^ François V, vingtième descendant de Foucaud, était né le 5 septembre 1598 : il conquit à la cour une grande position, sans avoir été très-activement mêlé cependant aux événements de son temps. Il fut honoré du collier des ordres du roi dans la promotion du mois de décembre 1619, pourvu du gouvernement de Poitou, de Châtelleraudin et du Loudunois^ sans doute en récompense de sa conversion au catholicisme, et à ce sujet on rapporte une assez piquante réponse qu'il fit à un ministre qui le persécutait pour le faire rentrer dans la religion prétendue réformée : « Je souffrirois plutôt la perte de tous

1 . Il est mentionné dans une charte de l'abbaye d'Angoulême , sous le règne du roi Robert, avec la qualification : vir nobilissimus , et se montra très-aumônier envers les établissements religieux.

2. Il fut forcé de s'en démettre^ en 1632, au profit de M. de Parabère. Nous verrons plus tard comment ce gouvernement fut rendu à son fils .

« les amis qui s'offrent de me suivre que celle de mon « salut et de ma fidélité envers le roi, auquel, outre le de- « voir naturel, je me sens particulièrement obligé pour « les soins que Sa Majesté a pris de ma nourriture. » Il engagea ensuite ce ministre à venir avec lui à la messe dans sa chapelle « pour voir si elle avoit été bâtie par les huguenots^ » Le roi le traitait de compère et érigea la baronnie de la Rochefoucauld en duché-pairie , par lettres patentes données à Niort, en 1622, mais qui ne furent enregistrées au Parlement que le 24 juillet 1637, à cause de l'opposition du cardinal de Richelieu. Sérieusement compromis dans la folle équipée de Gaston d'Orléans, il fut exilé à Blois, et se retira ensuite à la Rochefoucauld, où il mourut le 8 février 1650, ayant épousé Gabrielle 'du Plessis-Liancourt, lille de Charles du Plessis, seigneur de Liancourt, chevalier des ordres du roi , gouverneur de Paris, et d'Antoinette de Pons, marquise de Guercheville, dame d'honneur de la reine, et sœur de la maréchale d'Albret^

Les enfants furent au nombre de douze : je vais brièvement les mentionner :

François, qui succéda à son père et est l'objet de cette notice.

Louis de la Rochefoucault, baron de Verteuil, dit l'abbé de Marsillac : né le 21 décembre 1615, il fut tenu sur les fonts de baptême, à Poitiers, par le roi et par la reine : il devint évêque de Lectoure et abbé de Saint-Jean-d'Angély; mort le 5 décembre 1654.

1. Dictionnaire généalogique des grands officiers de la couronne, parle P.Anselme, art. la Rochefoucauld.

2. C'est cette belle marquise de Guercheville qui inspira une vive, mais vaine passion à Henri IV. Elle habita souvent le château de la Roche-Guyon, et le Béarnais alla une fois l'y visiter. Madame de Guercheville le reçut à merveille; puis, le soir venu, elle traversa la Seine en bateau et vint passer la nuit dans une petite maison qui sert de ferme aujourd'hui et qui est précisément en face du. château : il n'existait pas de pont alors.

Hilaire-Charles de la Rochefoucault, chevalier de Malte, né le 1 4 juin 1621, mort à Saint-Amand en 1 65 1 .

Aymery delà Rochefoucauld, mort jeune.

Henry de la Rochefoucauld, né le 27 juillet 1634, abbé de Sainte-Colombe, de Notre-Dame de Celles, de la Chaise- Dieu et de Fontfroide, mort en 1701.

Marie-Elisabeth de la Rochefoucauld , abbesse de Saint- Sauveur d'Évreux, née en 1617, morte en 1698.

Catherine de la Rochefoucauld, née en 1619, abbesse de Charenton, puis du Paraclet.

Marie-Catherine de la Rochefoucauld, née en 1629, mariée le 27 mai 1638 à Louis-Roger Brulart, marquis de Sillery et de Puisieulx \ morte en 1698 au château de Liancourt.

Antoinette- Jeanne de la Rochefoucauld, 1623-1647.

Gabrielle-Marie de la Rochefoucauld, née en 1621, abbesse de Notre-Dame de Soissons, puis du Paraclet, morte en 1693.

Anne-Françoise de la Rochefoucauld, coadjutrice de Saint-Sauveur d'Évreux, morte en 1685.

1. Il était fils de Pierre Brulart, marquis de Sillery, secrétaire d'État et ambassadeur, et de Charlotte d'Étampes-Valençay, Lui-même était mestre de camp d'un régiment d'infanterie.

Sa femme lui apporta en dot les terres de laMothe Saint-Claude, et de Château-Regnault enAngoumois. Ils eurent onze enfants, entre autres : Ciiarles Henry, tué à la bataille de Saint-Gothard, à l'âge de treize ans; Achille, chevalier de Malte, aide-de-camp de Turenne, blessé mortellement à celle de Sentzeim, âgé de dix-neuf ans; Fabio, abbé de Sainte- Barbe, évêque de Soissons, membre de lAcadémie française; Roger, marquis de Puisieulx et de Sillery, chevalier des ordres, lieutenantgénéral, conseiller d'État, ambassadeur, marié à Claude de Godet, d'une des premières familles de Champagne, fille de Joachim de Godet, seigneur de Renneville, lieutenant général des armées du roi, tué au combat de Vitry, après la bataille du faubourg Saint -Antoine, et de Claude de Ghastillon; il mourut en 1719, n'ayant eu qu'un fils, tué trèsjeune à la bataille d'Almanza, et trois filles mariées au comte Allemand de Montmartin, au baron de Blanchefort d'Asnois et au marquis Brulart de Genlis; et enfin Carloman, qui continua la lignée après soa. frère Roger, et fut colonel du régiment de Conti.

Lucie de la Rochefoucauld religieuse à la même abbaye, 1630-1651.

François VI de la Rochefoucauld est né le 15 décembre 1613. Les premières années de sa vie sont peu connues : lui-même ne nous donne à ce sujet aucun détail ; nous savons seulement qu'il fit très-imparfaitement ses études, son père ayant voulu le faire entrer de très-bonne heure au service. A ce moment M. de la Rochefoucauld jouissait, nous en avons vu d'abondantes preuves, de la plus grande faveur. Le jeune prince de Marsillac* s'en ressentit naturellement : en 1626, il commandait en qualité de mestre-de-camp le régiment d'infanterie d'Auvergne au siège de Casai ; il prit une part active à la journée des Dupes, époque à laquelle commencent ses Mémoires. Depuis deux ans, le 20 janvier 1628, il avait épousé à Mirebeau, en Bourgogne, une belle et riche héritière, Andrée de Vivonne, fille unique d'André de Vivonne, seigneur de la Béraudière et de la Ghasleigneraye, grand fauconnier de France, capitaine des gardes de la reine mère, conseiller d'État, et l'un des serviteurs les plus aimés d'Henry IV, et de Marie Antoinette de Loménie, fille de M. de la Villeaux -Clercs, secrétaire d'État. Il sut d'abord demeurer en grande faveur à la cour, malgré la conduite de son père; mais il compromit tout à coup très-imprudemment sa situation. Lié avec Mlle de Hautefort, celle-là même que le roi avait passionnément aimée, et avec mademoiselle de Chémerault aussi belle que spirituelle, il fut entraîné par elles à se dévouer étroitement à la reine, « le seul

l.Marsillac étaitune seigneurie que l'on voit possédée pour la première fois dans la famiUe parFoucauld III de la Rochefoucauld, chambellan du roi Charles VII : elle commence à figurer avec le titre de principauté sous François II de la Rochefoucauld (mort en 1533) , et depuis ce temps, ce litre fut affecté à l'aîné des fils du vivant du père.

parti, dit-il, que je crois honnête de suivre: » et bientôt il fut avec cette malheureuse princesse dans une grande intimité qui excita nécessairement les soupçons de Richelieu , d'autant qu'il se laissa aller à parler de l'administration du Cardinal dans les termes les plus hardis. On lui conseilla de se retirer de la cour, au moins pendant quelque temps, mais il voulut le faire utilement et il se joignit comme volontaire à l'armée du maréchal de Ghastillon, qui, avec le maréchal de la Meilleraye, battit le prince Thomas de Savoie à Avein : il s'y conduisit avec éclat (20 mai 1635)^; il revint à la fin de la campagne à la cour, et, à ce qu'il paraît, avec des allures encore plus indépendantes, et qui lui valurent l'obligation de rejoindre son père à Blois.

L'année suivante, nous voyons de nouveau M. de Marcillac à l'armée et se distinguer également à la reprise de Corbie, mais il ne put encore revenir à Paris: il lui fallut rejoindre son père retiré alors « dans une de ses maisons, » à Yerteuil-, située à Angoumois, et c'est par sa proximité avec Poitiers, où était exilée la duchesse de Chevreuse, que M. de Marcillac se lia avec cette illustre aventurière. Je ne crois pas avoir besoin de parler longuement ici de cette imprudente amie de la Reine : quelques mots cependant sont nécessaires pour fai'^e comprendre sa situation au moment où elle entraîna M. de Marcillac dans son parti.

Marie de Rohan, veuve du connétable deLuynes et remariée à Claude de Lorraine, duc de Chevreuse , venait d'être gravement compromise dans la conspiration de Châlais: lâchement dénoncée par le duc d'Orléans et par Châlais lui-même, qui, au dernier moment, démentit vai-

1. Molé, dans ses Mémoires, le cite comme s'étant le plus distingué avec MM. de Mercœur , de Beaufort et de Charnacé.

2. Bourg à 8 kilomètres de Ruffec (Charente) : seigneurie, puis baronnie dans la famille depuis Aymar de la Rochefoucauld, mort en 1140.

LA ROCHEF. — I 2

nemerit ses premiers aveux, elle fût condamnée à l'exil et se retira en Lorraine près de son mari qui eût grande peine à la sauver de la prison. Née pour le mouvement et l'intrigue, la duchesse ne devait pas demeurer longtemps inactive. Elle continua à Nancy ce qu'elle faisait à la cour de France et entraîna le présomptueux duc Charles IV à se lier avec l'Angleterre, dont Buckingham alors disposait. L'échec du duc à l'île de Rhé, la chute de la Rochelle, décidèrent le gouvernement anglais à demander la paix et l'une des conditions fut le retour de Mme de Ghevreuse. « G'étoit une personne aimée en Angleterre, écrit Richelieu dans ses Mémoires, à laquelle le roi portoit une affection particulière, et il la voudroit certainement comprendre dans la paix, s'il n'avoit honte d'y faire mention d'une femme; mais il se sentiroit très-obligé, si sa majesté ne lui faisoit point de déplaisir. Elle avoit l'esprit fort, une beauté puissante dont elle savoit user, ne s'amoUissant par aucunes disgrâces, et demeurant toujours en une même assiette d'esprit. » Richelieu céda et autorisa Mme de Chevreuse à revenir à Dampierre, espérant de la sorte se débarrassera la fois de Rohan, des Protestants et des Anglais.

Quelques années se passèrent : Mme de Chevreuse resta assez longtemps tranquille et entretenait même avec Richelieu de bonnes relations qui lui valurent l'autorisation de revenir à la cour. Mme de Motteville nous assure même que le cardinal n'avait pas été insensible aux charmes de son excessive beauté. Mais une trop longue inertie ne pouvait convenir à l'impétueuse duchesse : elle se mit en effet à conspirer contre Richelieu, et entraîna l'une des créatures les plus dévouées de ce dernier, le vieux garde des sceaux Chateauneuf, auquel elle inspira une passion insensée qui lui fit en un moment oubliertous ses engagements et les exemples d'une vie honorable. Richelieu ne se doutait nullement de ce qui se tramait

contre lui, quand, subitement averti, il fît arrêter Chateauneuf (février 1633) et découvrit parmi les papiers saisis de nombreuses lettres de Mme de Chevreuse,de la reine d'Angleterre, de MM. de Vendôme, de Holland , de Puylaurens, de Jars, de Montaigu qui le mirent en un moment au courant de la conspiration, en même temps qu'elles l'irritèrent au plus haut degré en blessant son amour propre le plus intime, car il y vit que la duchesse racontait combien il était empressé auprès d'elle et jaloux du garde des sceaux. Richelieu ne retarda pas le châtiment: M. de Jars fut pris, comdamné à mort, et gracié seulement au moment où il s'agenouillait pour livrer sa tête au bourreau ; Châteauneuf fut enfermé au château d'Angoulême, et Mme de Chevreuse « ménagée par le cardinal dans un reste d'espérance ^ » fut reléguée de nouveau au château de Dampierre. Mais elle n'y resta pas plus tranquille : la reine l'aimait et avait besoin d'elle, aussi bien souvent elle arrivait déguisée à Paris et passait de longues heures au Louvre et au Val de-Grâce avec Anne d'Autriche, retournant à Dampierre seulement à la fin de la nuit- Cette dernière ruse fut bientôt découverte et c'est alors que Mme de Chevreuse fut définitivement exilée à Tours. « Qu'on juge du mortel ennui qui dut accabler la belle duchesse, ensevelie à trente-trois ans dans le fond d'une province, loin du bruit et de l'éclat de Paris, loin de toutes les émotions qui lui étaient si chères, loin de toutes intrigues de politique et d'amour ^ »

C'est vers ce moment que le prince de Marcillac vint rejoindre son père à Verteuil, et il paraît que presque aussitôt il entra en relations fréquentes avec Mme de Chevreuse. ce La reine lui avoit donné bonne opinion de moi, nous dit-il; elle souhaita beaucoup de me voir, et nous

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