‹ Œuvres inéditesChapitre 32 sur 81 · Mme de Sablé, par M. Cousin · texte numérisé non relu

Mme de Sablé, par M. Cousin

2. Au mois de mars 1666, Mme de Maintenon écrivait à Mlle de Lenclos : a Faites, je vous pris, mes compliments à M. de la Rochefoucauld, et dites-lui que le livre de Joh et le livre des Maximes sont mes seules lectures. »

3. Depuis cette première édition de 1665, M. de la Rochefoucauld ne négligea rien pour assurer et grandir le succès de son œuvre : il la retravailla pendant toute sa vie et y fit d'excellents et très-considérables changements : il a donné une seconde édition dès 1666, une troisième en 1671, une quatrième en 1675 et, en 1678, une cinquième, la plus parfaite. Six ans plus tard, M. Boucher s'amusait à les mettre en vers français, assez mauvais, dois-je ajouter.

désormais s'être médiocrement occupé de la politique, quoique cependant il ait encore demandé, en 1666, la place de gouverneur du Dauphin, à ce que nous assure Bussy-Rabutin et comme lui-même le constate dans une lettre à Mme du Sablé, où il dit : « C'est ce que vous m'avez envoyé (probablement son Traité de Véducation des enfants) qui me rend capable d'être gouverneur de Monsieur le Dauphin, depuis l'avoir lu et non pas les sentences que j'ai faites. » Cette place fut donnée au marquis de Montausier. Son fils était là heureusement pour le consoler de cet échec; le prince de Marcillac, en effet, prenait chaque jour à la cour une situation de plus en plus considérable. M. de la Rochefoucauld trouvait aussi un plus doux dédommagement dans l'afTection sans cesse croissante de Mme de la Fayette, dont il appréciait l'esprit délicat et les qualités supérieures ^ Il ne put bientôt se séparer de son amie, et ils passèrent leur existence ensemble, la comtesse cherchant à réformer les côtés trop amers de l'esprit de M. de la Rochefoucauld, et celui-ci montrant une touchante constance à soigner Mme de la Fayette, gravement malade de 1666 à 1670 ^ Il y rencontrait presque quotidien-

1. Depuis cinq ou six ans M. de la Rochefoucauld avait cessé ses relations suivies avec Mme de Sablé : la liaison si intime de la marquise avec la duchesse de Longueville, qu'elle eut le mérite de ramener dans la bonne voie , dut nécessairement ralentir les visites que M. de la Rochefoucauld pouvait faire à la spirituelle marquise. Les lettres à Mme de Sablé que l'on a conservée sde lui ne semblent pas dépasser l'année 1664. L'une des dernières fait probablement allusion à son voyage à Baréges : a Je ferai tout ce que je pourrai pour aller prendre congé de vous à Auleuil avant que de commencer mon grand voyage.» Une autrefois, en priant la marquise de lui prêter les lettres de Mme de Schoraberg, il écrit : a Je ne sais plus d'inventions pour entrer chez vous ; on m'y refuse la porte tous les jours. »

2. Le 20 d'août 1G67, le duc écrit à M. de Guitaud une lettre datée a du camp devant Lille »; il lui raconte que depuis six semaines il est a comme volontaire et je fais tout comme ceux qui se portent bien. » Il lui apprend que le roi venait de lui accorder l'abbaye de Fontfroide pour un de ses fils : « il ne se peut rien ajouter à la manière, et tout s'est

nement Mme de Sévigné, qui devint alors de ses amies et qui nous fournît les plus précieux renseignements dans son incomparable correspondance. La maladie de Mme de la Fayette retint à Paris le duc qui, du reste, semble, depuis la publicatien de son livre, avoir peu quitté la capitale. Chaque fois que Mme de Sévigné nous parle de la comtesse, elle nous parle de M. de la Rochefoucauld, et c'est par elle que nous pouvons connaître la vie et les relations de ce dernier, qui avait alors encore, malgré de rudes et fréquentes souffrances, l'esprit assez plaisant. « L'autre jour, à dîner chez M. du Mans\ Courcelles a dit qu'il avoit deux bosses à la tête qui l'empêchoient de mettre une perruque : cette sottise nous fit tous sortir de table avant qu'on état commencé de manger du fruit, de peur d'éclater à son nez ; un peu après d'Olonne arriva^; M. de

passé là-dessus comme je pouvois le souhaiter. Je suis bienvenu ici et on me traite assez bien. Je crois que je demeurerai cet hiver à Paris et qu'au printemps j'irai jouir des douceurs de la campagne. » Six jours plus tard il datait une autre lettre delà Terne, en Poitou, et annonçait son prochain départ pour Barèges , mais la goutte se chargea de le retenir : a J'ai eu mille maux depuis que je suis en ce pays ci, écrit-il le 24 septembre, j'en suis quitte présentement, mais j'attends ma goutte à son ordinaire. » Il se consolait, ce semble, en écrivant beaucoup, a Adieu, dit-il en terminant brusquement ce billet, j'ai tant de gens à entretenir ce soir que je ne vous en dirai pas davantage. » En 1669 M. de la Rochefoucauld perdit un des siens, sans que j'aye pu déterminer à quelle personne fait allusion le billet adressé le 26 octobre 1669, de Verteuil à Madame *'^* qui, d'après: la forme de la lettre, n'est évidemment pas Mme de Sablé : a J'ai bien cru. Madame, que vous auriez la bonté de me plaindre dans la perte que j'ai faite et que vous auriez quelque compassion de la destinée d'une personne qui m'a toujours tant honorée, et à qui vous avez témoigné tant d'amitié. J'ai dit à ma mère et à ma femme l'honneur que vous leurs faites, elles vous en rendent mille grâces très-humbles. Pour moi, madame, je crois que vous me faites la justice de croire que je reçois comme je dois toutes vos bontés et que je suis plus que personne du monde, votre, etc. » L'année suivante il perdit sa femme dont il parle bien rarement dans ses lettres et pas du tout dans ses Mémoires.

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