Lettre du 4 mai
4. En face du couvent du Calvaire, enclavé alors dans le jardin du petit Luxembourg.
indispensable à M. de la Rochefoucauld, et quand elle s'éloignait, son absence était pour lui une véritable maladie. Elle exerça sur lui une immense influence et contribua puissamment à réformer son cœur : elle s'occupa aussi avec succès de ses affaires et l'empêcha de perdre un procès qui l'aurait dépossédé du plus beau de ses domaines, en lui faisant prouver qu'il l'avait à titre de substitution. Mais il est permis de croire aussi que la société de Mme de Sévigné était très-nécessaire au noble auteur des Maximes : ils se voyaient chaque jour, de longues heures et dans la plus tendre intimité : pendant la guerre a ils se consoloient ets'afOigeoient ensemble » en pensant aux dangers que couraient leurs fils : il adorait Mme de Grignan, lisait et relisait les lettres que lui apportait la marquise, parlait sans cesse d'elle : « C'est l'homme le plus aimable que j'aie jamais vu, » s'écrie-telle enfin*.
La nouvelle du passage du Rhin devait malheureusement attrister cruellement ce charmant jardin de la rue de Vaugirard, tout fleuri, tout parfumé, où les trois amis « faisoient des conversations d'une tristesse qu'il semble qu'il n'y ait plus qu'à nous enterrer. » Le 6 juin, Mme de Sévigné apprenait par M. de Pomponne la perte d'une personne « de connoissance qui afflige. M. de la Rochefoucauld ne sait rien encore; il sera terriblement touché, car il est patriarche et connoît quasi aussi bien que moi la tendresse maternelle : Dieu nous fasse la grâce de ne point voir d'autres noms! » Il devait en être malheureusement bien autrement. On apprit bientôt les pertes que la noblesse subit au fameux passage de ce fleuve : le chevalier de Marcillac fut tué : le prince son frère reçut une balle à l'épaule et une aussi dans la mâchoire, et le duc de Longueville périt également en passant le pre-