‹ Œuvres inéditesChapitre 6 sur 81 · Cousin. — Mme de Chevreuse · texte numérisé non relu

Cousin. — Mme de Chevreuse

2. La Rochefoucauld nie vainement la vérité de cette tentative : Campion, je le répète, ne peut laisser aucun <loute, puisqu'il rnconte lui-même ce qu'il devait faire dans celle conspiration, et il est nanirel que le duc de la Rochefoucauld ail cheiché à cacher la complicité de ses amis.

remit bientôt à conspirer; Ghateauneuf fut renvoyé à Tours avec Madame de Ghevreuse; La Ghâtre fut destitué de sa charge de colonel général des Suisses; Mercœur et Potier furent exilés; Barillon enfermé à Pignerol. Toute la coterie fut dispersée en un moment, et Mazarin put se rendre compte de sa force et de sa complète puissance sur le cœur de la reine.

Il ne paraît point que le prince de Marcillac ait été sérieusement mêlé dans cette fâcheuse affaire, et j'avoue que je suis heureux de pouvoir constater qu'il était parfaitement véridique en disant qu'il « étoit pour son malheur « ami des imj9ortoi/5, mais sans approuver leur conduite. » La reine saisit ce moment pour faire une dernière démarche près du prince et l'attacher définitivement à son parti. Elle le pria instamment d'abandonner Mme de Ghevreuse et de reporter sur Mazarin le dévouement qu'il lui avait voué. M. de Marcillac la remercia de sa contiance et de son insistance, l'assura qu'il n'hésiterait jamais entre elle et la duchesse ; qu'il lui promettait de ne plus avoir aucun commerce avec elle, et même de devenir son plus grand ennemi quand il serait convaincu qu'elle aurait commis un autre crime que celui de déplaire au cardinal. « La reine ne me parut pas blessée sur l'heure de cette a réponse ; mais comme le cardinal la trouva trop mecc surée, il Fa lui fit désapprouver , et je connus par une a longue suite de mauvais traitements, que ce que je lui « avois dit m'avoit entièrement ruiné auprès d'elle. J'ob- «< serval toutefois la conduite qu'elle m'avoit prescrite vers « Mme de Ghevreuse, après lui en avoir rendu compte « exactement. Je ne trouvai dans la suite, ajoute-t-il métt lancoliquement, guère plus de reconnoissance de son «< côté pour m'êlre perdu cette seconde fois, afin de de- « meurer son ami, que je venois d'en trouver dans la

LA ROCHEF. — I 3

â4 NOTICE HISTORIQUE

« reine, et Mme deOhevreuse oublia, dans son exil, aussi « facilement tout ce que j'avois fait pour elle, que la reine « avoit oublié mes services, quand elle fut en état de les a récompenser. »

M. de Marcillac patienta encore de'ux ans et demeura à la cour, quoique dans a un état bien ennuyeux*. » Son père, qui y était assez en crédit, le voyait avec regret persister parmi les mécontents et lu: créer de la sorte certains embarras qu'il lui importait d'éviter pour conserver sa tranquillité. M. de Marcillac était très-lié, comme nous avons vu , avec le comte de Montrésor, et il se brouilla alors avec lui d'une singulière façon. Montrésor avait pris en grande antipathie l'abbé de la Rivière, l'un des principaux agents de Monsieur, et non-seulement il lui prodiguait mille impertinences, mais encore il exigeait qu'aucun de ses amis ne le saluât : Marcillac s'y engagea, et cela froissa assez le duc d'Orléans pour qu'il chargeât le duc de la Rochefoucauld d'obliger son fils, non pas à devenir l'ami de l'abbé, mais à se comporter poliment avec lui. « J'avois peu de bonnes raisons à y opposer, » dit M. de Marcillac, mais il ne voulut cependant céder qu'après avoir prévenu Montrésor, qui, malgré cette déférence, se montra très-blessé et devint bientôt aussi peu reconnaissant que la reine et Mme de Ghevreuse (1645). L'année suivante, M. de Marcillac demanda vainement à être employé à l'armée. C'est à ce moment qu'il prit son parti d'obtenir à tout prix une situation en rapport avec ses goûts et son ambition, et qu'il se résolut à se ranger ouvertement parmi les ennemis de la reine et du cardinal. Il pensa à s'at-

1. Marcillac éprouva encore à ce moment un nouveau déboire : le comte deTournon, son parent, puisqu'il était petit-fils d'un La Rochefoucauld, ayant été tué en 1644, au siège de Philipsbourg sans laisser ni frère ni enfants, M. de Marcillac demanda sa charge de maréchal de camp, que le cardinal donna à M. de Roquelaure, qui lui déclara cependant a qu'il me cédoit comme à l'homme du monde qui avoit le plus mérité de la reyne. » (Apologie.)

tacher au duc d'Enghien, dont le nom brillait déjà d'une grande illustration militaire, et de suivre dès lors sa fortune. « Il prit le parti de conquérir, en se faisant craindre davantage, ce que sa fidélité et ses services n'avoient pu lui faire obtenir ^ » Mais il est permis de croire que la politique et l'ambition ne furent pas les seuls mobiles qui décidèrent si brusquement M. de Marcillac : la beauté, l'intelligence de Mme la duchesse de Longueville furent certainement, au commencement, pour une grande part dans la détermination du prince à rechercher l'amitié de la sœur du ducd'Enghien. La foule était grande autour d'elle, et cette conquête enflamna d'abord M. de Marcillac: la réflexion dut doubler ensuite son ardeur (1646). Le comte de Miossens, depuis maréchal d'Albret, faisait alors la cour la plus assidue à T\Ime de Longueville. Il était très-intimement lié avec le prince de Marcillac , dont il était même assez proche parent^, et le tenait au courant de ses amours, ifeignant bien quelquefois des espérances qu'il n'avait pas au fond du cœur^ mais racontant assez franchement les choses. Au bout de quelque temps, M. de Marcillac fît observera son cousin que beau et bien fait comme il était, il lui semblait assez humiliant de perdre ainsi son temps, et que d'ailleurs, même en supposant qu'il en pût arriver à ses fins, cela lui servirait assez peu, tandis qu'une belle conquête le poserait lui, Marcillac, au premier rang. Miossens fut de bonne composition, et il consentit à ce que voulait son cousin, bien que plus tard, à ce qu'il pa-

1. La jeunesse de Mme de Longueville ^ par M. Cousin, troisième édition, page 285.

2. Ils étaient cousins issus de germain : les deux filles du sire de Pons, comte de Marennes épousèrent l'une Henry d'Albret, baron de Miossens, aïeul du maréchal d'Albret, et l'autre M. du Plessis- Liancourt, dont la fille devint duchesse de La Rochefoucauld et mère de l'auteur des Maximes.

3. La Rochefoucauld ajoute : « que je savois bien qu'il ne devoit pas avoir. »

raît, il Tait amèrement regretté et ait fait tout son possible pour traverser des amours qui excitaient sa jalousie. Le duc de Longueville, qui négociait alors le traité de Westphalie à Munster, appela sa femme près de lui au moment où le bruit de la passion du prince de Marcillac se répandait à Paris avec une assez sérieuse consistance. On assure que ce fut le duc d'Enghien lui-même qui en prévint son beau-frère \ voulant se venger ainsi de ce que sa sœur l'avait précédemment trahi en découvrant à leur père l'amour que le duc d'Enghien, marié fort jeune et contre son gré à une nièce du cardinal de Richelieu, avait conçu pour Mlle du Vigean. Le duc de Longueville reçut magnifiquement sa femme, lui prodigua les fêtes, mais tout cela « ne l'épanouissoit pas. Elle s'ennuyoit aisément et ne se « désennuyoit pas de même. » M. de Longueville l'engagea alors à faire avec sa belle-fille un voyage en Hollande, puis, au printemps de 1647, étant grosse, elle eût la permission de revenir à Paris , ne voulant pas faire ses couches à Munster.

Le duc de la Rochefoucauld obtint vers le même temps pour son fils la permission d'acheter le gouvernement du Poitou' et de rejoindre l'armée sous les ordres du duc d'Enghien. Il emmena avec lui, en qualité de maître d'hôtel, un homme, Gourville, qui devait faire une bien grande

Page 1