M. Cousin
La Fronde^ fut formée des débris du parti des Importants: elle se composa de tous les mécontents qui firent cause commune avec les membres du parlement, irrités par les fréquents édits bursaux, notamment celui qui, au mois de janvier 1648, créa douze charges nouvelles de maîtres des requêtes. L'agitation, habilement exploitée, grandit singulièrement vite, car le parlement ne demandait que le moyen d'établir son influence politique : au mois de mai il se déclara en état d'union avec les cours souveraines de Paris : cet arrêt n'avait rien moins pour but que d'attribuer à ces compagnies le droit de délibérer sur les affaires publiques. La cour protesta hautement, agit violemment et chaque jour les choses s'envenimaient. Je n'ai pas l'intention d'écrire ici une histoire de la Fronde, mais M. de Marcillac y joua un rôle trop décisif pour que je puisse ne pas m'y arrêter quelques instants: ce fut lui en effet qui, par son influence sur Mme de Longueville, parvint à détacher Condé du parti de la reine et à le mettre à la tête de l'insurrection.
La Fronde avait malheureusement sa raison d'être : habile au dehors, Mazarin était négligent au dedans et ne s'occupait ni des abus, ni des désordres, ni des insupportables charges qui sans cesse s'accumulaient sur le peuple: les finances étaient dans un état déplorable, le mécontentement général et la fatigue extrême*. Les circonstances
1. On assure que ce mot vient de ce qu'un jour le parlement venait de défendre le jeu de fronde, installé dans un des fossés de Paris. Le fils du président Barillon, conseiller lui-même, se prononçant contre son père, qui votait avec la majorité, s'écria : «Quand ce sera mon tour, je fronderai bien l'opinion de mon père. » (Mémoires de Montglat.)
2. Voir un mémoire autographe de Colbert, cité par M. Cousin, Jeunesse de Mme de Longueville, p. 315, d'après le manuscrit 3925 du supplément français à la Bibliothèque impériale.
étaient parfaites pour un parti hardi et remuant : la Fronde fut organisée et réussit: elle devait réussir. Mazarin crut cependant l'arrêter par une mesure énergique. Le 26 avril 1648, après le Te Deum chanté à Notre- Dame pour la victoire de Lens , il fit arrêter les deux magistrats les plus compromis par la résistance du parlement: le président de Blancmesnil et le conseiller Broussel. Le résultat est connu : Paris répondit à cet acte énergique par une émeute terrible : les barricades remplirent les rues, la bourgeoisie prit les armes, la cour fut comme bloquée au Palais-Royal, et la reine fut obligée de faire relâcher les deux prisonniers. On sait le reste. La reine se retira à Saint-Germain-en-Laye , et ce départ fit reprendre les armes aux Parisiens , qui se confièrent désormais h la conduite du Parlement mené par l'audacieux coadjuteur de Retz, par le duc de Vendôme et le duc de Beaufort, qui, échappé de sa prison, était devenu l'idole du peuple, par Mme de Chevreuse, accourue de Bruxelles avec sa belle-fille, par le duc de Bouillon, qui voulait regagner sa principauté de Sedan, par le duc de Luynes, enfin par Mme de Longueville et le prince de Conti. Condé restait heureusement à la reine, et il vint prendre le commandement des troupes chargées d'assiéger Paris. M. de Marcillac cependant avait regagné, avant tout cet éclat, son gouvernement de Poitiers, par ordre de la reine ; il était parti assez satisfait. La reine lui faisait beaucoup meilleur accueil, etMazarin était parvenu à lui faire concevoir quelques sérieuses espérances. Il tenait fort alors à obtenir pour sa maison les avantages dont jouissaient les familles de la Trémouille, de Rohan et quelques autres, comme issues de races souveraines, c'est-à-dire le rang de prince, le tabouret pour les femmes de la maison et le droit d'entrer en carrosse dans la cour du Louvre : il en parla au cardinal après avoir obtenu l'assentiment d'Anne d'Autriche. Le cardinal, voyant quelques difficultés
à concéder immédiatement ce privilège excessif, demanda à M. de Marcillac un peu de temps, mais s'engagea à lui donner les premières lettres de duc, afin que sa femme eût en attendant le tabouret. M. de Marcillac chercha à mériter les faveurs de la cour pendant son séjour à Poitiers, et il s'y employa, après le commencement de l'émotion provoquée par la résistance du parlement , en réprimant quelques tentatives insurrectionnelles ^ On peut du reste juger de la nature de ses relations avec la reine et Mazarin, par cette lettre que lui écrivit, le 9 septembre, le cardinal, et qui est conservée à la bibliothèque Mazarine : « Monsieur, aussitost que j'ay reçu la lettre que vous aviez pris la peine de m'écrire,je l'aylue moi-mesme d'un bout à l'autre à la reyne, afin de lui faire mieux connoître avec quel zèle et quel utilité vous servez le roy. Sa Majesté en a témoigné très-grand sentiment, et m'a dit qu'elle n'attendoit pas moins de l'affection que vous aviez pour elle en particulier, qu'elle sait bien estre seule capable de vous donner un bon mouvement, et de vous faire contribuer de tout votre pouvoir à la gloire de sa régence et de son administration. J'ay esté ravy de pouvoir, ensuite de ce que vous me mandez , assurer Sa Majesté de l'entière obéissance où est la province du Poitou, par les bons ordres que vous avez donnés pourestonffer dans leur naissance les petits désordres qui y estoient arrivés. Il est superflu de vous exciter par aucune persuasion à con-
1. «La désolation du pays sur ma charge ne laisoit que trop voir jusqu'où avoit pu aller la fidélité de leur zèle... Le peuple se rebutoit d'une patience qui ne faisoit qu'attirer la persécution, et, sur l'avis que le parlement avoit repoussé quantité d'excès, ils pensèrent eux-mêmes à se faire juges en leur propre cause et d'estendre la suppression... Ils se vengèrent sur quelques bureaux et sur quelques commis des injures qu'ils prétendirent en avoir reçues... Je ne désavoue pas que leur misère me fit regarder en pitié leur rébellion...; mais le devoir l'emporta sur la compassion..., et avec plus de réputation que de violence, je rétablis en moins de huit jours l'authorité du prince, sûr qu'il ne coûtoit la vie à aucun de ses sujets. » {Apologie , loc. cit . )
tinuer d'avoir toujours l'œil que toutes choses se passent comme elles doivent , et Sa Majesté n'attendra que de bonnes nouvelles d'un endroit où vous avez l'authorité en main. Ses intentions sont les meilleures du monde pour l'avantage et le soulagement du peuple , autant que le soutien de la guerre qu'elle a sur les bras et qu'elle n'a encore pu finir par l'opiniâtreté de nos ennemis, le pourra permettre. Mais certes , si après tant de grâces considérables que vous savez qu'elle a fait, on prétendoit en achepter d'autres par des voyes illégitimes , la province, pensant de rendre sa condition meilleure, neferoit que l'empirer, et il vous sera facile de lui faire connoître que ce ne seroit que s'attirer sur les bras , au grand regret de Sa Majesté et de ceux qui ont l'honneur de le conseiller, la plus grande partie des troupes dont les armées sont à présent composées, et que l'hiver qui approche donnera lieu de pouvoir retirer des endroits où elles agissent présentement. Je veux espérer que chacun demeurera dans son devoir, néantmoins , si vous voyez que quelque chose branle, donnez-en promptement avis, s'il vous plaît, par deçà, afin qu'on vous envoyé des forces convenables pour maintenir l'authorité et de faire obéir le roy. Vous demandez de si bonne grâce la grâce et l'élargissement de ceux que vous avez fait arrêter, que, par les tesmoignages que vous rendez que la faute n'est pas si grande qu'on le croit, et qu'ils sont à bonne volonté de la réparer par leur conduite à l'avenir, Sa Majesté remet à votre dispo-» sition d'en user comme vous en adviserez , et enfin vous donne leur grâce si vous les en jugez dignes et assez repentans de leur faute , ainsi que vous apprendrez plus particulièrement par la dépêche de M. le Tellier. C'est tout ce que je vous diray pour cette fois, et que je suis avec beaucoup d'estime et une passion très-forte, etc. «
M. de Marcillac resta dans son gouvernement presque jusqu'à la fin de l'année , et était encore à Poitiers dans
la première quinzaine de décembre, mais alors il était profondément blessé de s'être vu refuser coup sur coup le gouvernement de Niort et les capitaineries de Civray et de Lusignan;il avait pris son parti de chercher dans la Fronde les moyens de rétablir sa fortune, absolument comme il avait déjà fait précédemment, quand on lui refusa le gouvernement du Havre. Il avait appris coup sur coup que le tabouret venait d'être accordé à la marquise de Liancourt , sa tante , aux maréchales d'Estrées , de la Meilleraye , de Gramont et de Châtillon ; des duchés donnés au comte de Tresmes, doyen des capitaines des gardes, aux maréchaux de Gramont et d'Estrées , au marquis du Plessis-Liancourt , au comîe de Levis-Ventadour-Brion et au comte de Chabot, époux de Marguerite de Rohan. De lui ni de sa femme il ne fut question, et il fut cruellement mortifié en se voyant obhgé de renoncer à une distinction à laquelle il tenait prodigieusement. « J'étois dans le premier mouvement qu'un traitement si extraordinaire me devoit causer, dit-il, lorsque j'appris par Mme de Longueville que tout le plan de la guerre civile s'étoit fait et résolu à Noisy, entre le prince de Gonty et le duc de Longueville , le coadjuteur de Paris et les plus considérables du parlement. Elle me mandoit encore qu'on espéroit d'y engager le prince de Condé ; qu'elle ne savoit quelle conduite tenir en cette rencontre, ne sachant pas mon sentiment; et qu'elle me prioit de venir en diligence à Paris pour résoudre ensemble si elle devoit avancer ou retarder ce projet. » Le prince ranimé par la pensée de pouvoir se venger, mais ne voulant cependant pas rompre avec la cour, demanda son congé et fut quelque temps à l'obtenir: encore ne l'eut-il qu'en s'engageant « à ne pas se plaindre des traitements qu'il avoit reçus et à ne pas renouveler ses prétentions ^ » Il partit dans les derniers jours de dé-
1. Il écrivit encore de Poitiers, le 7 décembie, une lettre à M. de Clia-
cembre et vint à Paris, où il se mêla aussitôt au plus épais de la Fronde, ayant d'abord à décider le prince de Conti et le duc de Longueville, qui hésitaient encore à prendre la direction du mouvement; il y parvint cependant : « Le prince de Condé avoit changé de sentiment et avoit pris des mesures avec la cour. La liaison que j'avois avec M. le prince de Conti et avec Mme de Longueville ne lui étoit pas agréable. »
Le 5 janvier 1649 au soir, la reine prit la résolution de se retirer à Saint-Germain -en-Laye avec le roi et la cour^ Toujours temporisateur, M. de Marcillac l'y suivit le même jour, mais il aliait presque quotidiennement à Paris pour rassurer les uns, stimuler les autres, et veiller avec Mme de Longueville à l'organisation de l'insurrection. Il fallut cependant, au point où en étaient les choses, prendre définitivement un parti, et M. de Marcillac ne revint à Saint-Germain , le 9 , que pour en ramener le prince de Conti, déclaré généralissime de la Fronde, et le duc de Longueville qui, à mesure que la situation se dessinait, devenait plus hésitant. Il dut employer presque la violence pour le décider, mais enfin il y réussit, et fit préparer par le fidèle Gourville des chevaux qui devaient attendre les fugitifs près de l'abreuvoir, dans la cour des cuisines. M. de Marcillac ne se faisait alors aucune illusion sur les dangers auxquels il s'exposait. Dans la soirée, il s'entretint longuement avec Gourville : « Il m'instruisit, ajoute ce dernier, de ce qu'il vouloit que je dise à Paris, en cas qu'il fût fait prisonnier, ne doutant pas qu'on ne
vigny, pour lui dire ses regrets de quitter la province sans l'avoir pu voir et s'en excuser sur la promptitude avec laquelle il voulait courir à Paris pour se plaindre de «la distribution des tabourets et voir si on en refusera aussi librement dans cette conjoncture qu'on a fait après tant de promesses. » {Jeunesse de Mme de Longueville, p, 471.)
1. Mme de Longueville, prête d'accoucher , feignit d'être plus malade et resta à Paris.
lui coupât le cou ^ » Un malentendu faillit tout compromettre et causa au prince de Marcillac les plus pénibles inquiétudes. 11 se cacha vers minuit dans une cour où devaient passer le prince de Gonti qui, blessé à une jambe, marchait difficilement, et le duc de Longueville :1a venue d'un domestique avec un flambeau le força à s'éloigner pendant quelques instants, et ce fut précisément à cette heure que les princes montèrent à cheval. M. de Marcillac reprit son poste et passa la nuit, malgré le froid, à attendre. A la pointe du jour, il revint près de Gourville, lui disant que le prince de Gonti était sûrement arrêté , mais ayant pu se rendre à l'abreuvoir, il y trouva l'écuyer du marquis de Noirmoutier qui accompagnait le prince, et il apprit comment tout s'était passé. Il sauta aussitôt à cheval et se rendit à Paris , en passant par un chemin détourné derrière Meudon, pour arriver au faubourg Saint- Germain ; il trouva la porte fermée, et la garde ne voulut pas le reconnaître : il dépêcha Gourville vers le président Bocquemont, qui vint lui-même le faire entrer.
M. de Marcillac était décidément dans la Fronde, et par son influence sur Mme de Longueville, il y exerçait un rôle important. On le savait, et, à cause de cela, on le considérait fort et on comptait sur lui. Mme de Longueville avait aussi pris franchement, vaillamment son parti: son hôtel regorgeait d'officiers; elle assistait aux revues, aux parades ; elle ne se refusait à aucune fatigue , et ne négligeait rien pour stimuler le peuple de Paris. Le 11 janvier, le duc d'Elbeuf s'empara delà Bastille sans coup férir, et Noirmoutier alla aux alentours de Paris escarmoucher avec les troupes royales : ce dernier, en re-
1. Gourville s'était fait nommer lieutenant de la compagnie bourgeoise du laubourg Saint-Honoré, où demeurait M. de Marcillac.
LA ROCHEF. — I 4
vanche, entra avec ses principaux officiers, MM. deMatha, de Laigues et de la Boullaye, dans la chambre de Mme de Longueville, qui était fort entourée alors de dames. « Ce meslange d'escharpes bleues, de dames, de cuirasses, de violons qui estoient dans- la salle , de trompettes qui estoient dans la place, donnoit un spectacle qui se voyoit plus souvent dans le roman qu'ailleurs. Noirmoutier, qui estoit grand amateur de l'Astrée^medit: — Je m'imagine que nous sommes assiégés dans Marcilly. — Vous avez raison, lui répondis-je: Mme de Longueville est aussi belle que Galathée, mais Marcillac n'est pas aussy honneste homme que Lindamor^ »
Une grande agitation régnait dans Paris : les ambitions y fermentaient et y suscitaient sans cesse de nouvelles difficultés. Le peuple croyait peu au dévouement des princes qui s'imposaient à lui comme chefs et pour lesquels tout se résumait en des questions d'intérêt personnel et d'orgueil blessé : le Parlement était débordé par eux et tendait à se rapprocher uniquement du coadjuteur^ La bourgeoisie demandait des gages de nature à la
1. Mémoires du cardinal de Richelieu. — C'est à cette plaisanterie qu'il attribue l'origine de la haine de M. de la Rochefoucauld contre lui : a du moins je n'ai jamais pu y deviner d'autres causes. »
2. Nous croyons curieux de publier la circulaire envoyée par le gouvernement à l'occasion de ces événements et pour la convocation des Ëtats : ce document inédit fait voir à quel point de vue se plaçait Mazarin et a, je crois, une incontestable valeur historique :
De par ?c2îoy, Notre amé et féal, comme dans une guerre qu'il a convenu au feu Roy nostre très honoré seigneur et père de glorieuse mémoire, que Dieu absolve, et nous, de soustenir depuis quatorze ans avec toutes les forces de cet estât, contre celles de l'Empire et de la couronne d'Espagne, pour s'opposer aux desseins que l'on avoit formez de l'attaquer et de l'opprimer, il a esté impossible d'esviter qu'il ne soit arrivé beaucoup de desordres, d'abus et de corruption, et dès nostre advénement à la Couronne, la longueur et les efforts de cette guerre, faisant desja ressentir beaucoup d'altération à l'ordre ancien du royaume, et une fouUe presqu'insupportable à noz subjectz quelque soin que nous ayons pris pour le soulagement, le mal et les peines sont
mettre à l'abri d'un brusque abandon, le jour où la cour offrirait un accommodement avantageux : on voulut feindre de ne pas écouter ces réclamations, mais elles devinrent assez fortes poar qu'il fallût céder, et les
allées en augmentant de jour en jour, et nous n'avons pu y apporter le remède que nous espérions et que nous voyons bien par les sages conseils de la royne régente nostre très honorée dame et mère, estre seul capable de faire le bon effect que nous désirions pour l'advantage, le repos, et le soulagement de noz peuples, qui estoit de leur procurer une paix asseuree, les ennemis déclarez de cette couronne sur lesquels Dieu nous a donné des advantages assez considérables, et cognus de tout le monde, ayant tousjours essayé de gaingner temps, croyants qu'il arriveroit quelque révolution en cet estât qui feroit changer la face des affaires avec un entier advantage pour eux, et lorsque nous pensions estre aux termes de conclure la paix avec la couronne d'Espagne en suitte de celle que nous avons heureusement faicte avec l'Empereur à la satisfaction et avec l'aplaudissement général de tous les princes et estatz de l'Empire, et que chacun voyoit que les Espagnolz estoyent contrainctz d'y consentir par le mauvais estât, et la nécessité de leurs affaires, il est arrivé par un malheur insigne, que les pratiques de noz mesmes ennemys ont enfin prevalleu sur leurs esprits inconsidérés et factieux de quelqu'uns de noz officiers de la cour de parlement qui est à Paris, lesquels ont premièrement donné diverses atteintes assez publiques et notables à nostre authorité souveraine , lesquelles nous avons bien voullu dissimuler jusques à avoir faict expédier la déclaration du mois d'octobre dernier qu'ils ont eux mesmes dressée, et puis sont venuz à cet excès de témérité que d'avoir conspiré de se saisir de nostre personne, et d'uzurper entièrement l'administration de ce royaume et de nos affaires, et enfin ont ordonné des levées de trouppes et de deniers contre nostre service, se sont emparés de ceuz qui estoyent dans noz receptes, ont pris par force nostre chasteau de la Bastille à Paris, et uzé d'hostilité contre nous, prétendant s'advantager du temps de nostre minorité pour satisfaire a leur ambition et à leurs intérests particuUiers, et pour renverser toute la forme et l'ordre de l'Estat; en quoy nous avons veu avec, beaucoup d'estonnement qu'ilz ont esté secondez par un prince de nostre sang et quelques autres princes et officiers de nostre couronne, qui oublians leur naissance et les obligations de leurs charges, de leur serment et de plusieurs grâces qu'ilz ont receus de nous, au lieu de s'attacher à nous et à la monarchie pour servir et réprimer une rébellion, se sont joinctz à des gens sans aucthorité, sinon sur la justice, et qui ont perdu celle qu'ilz y avoient, à l'instant raesme que nous la leur avons ostée pour s'en estre rendus indignes par leurs crimes : le dessein de ces Princes n'estant que d'advancer leurs affaires particulières par des establissements pour eux et les leurs, dans des places très considérables et importantes, dont il arriveroit des préjudices irréparables à nous et à
princes et les généraux signèrent un traité par lequel ils s'engageaient à faire exécuter l'arrêt rendu contre Mazarin, à défendre le Parlement et la ville de Paris ; enfin à ne pas traiter séparément, ni sans l'approbation
la seureté de nostre estât; si bien que noz ennemys cognoissant assez où tend cette division qui se forme dans nostre royaume, s'esloingnant de plus en plus de la paix, espérant que ce trouble intestin sera capable de porter les choses au point qu'ils souhaitent, et par ce que nous voyons bien que les choses demeurans en cet estât, il est nécessaire sans perdre aucun moment de temps de penser sérieusement aux moyens de faire cesser les désordres, et les maux dont nostre royaume est travaillé, et dont l'accroissement pourroit enfin accabler noz sujectz, nous avons estimé, après avoir pris les advis de nostre très cher et très amé oncle le duc d'Orléans, de notretrès cher et très amé cousin le prince de Condé, des autres princes, ducs, pairs et officiers de nostre couronne et autres principaux et plus notables personnages de nostre conseil estantz en grand nombre près de nous, que nous ne pouvions mieux y parvenir, qu'en faisant convocquer et assembler, le plustot qu'il seroit possible, les estats généraux des trois ordres de nostre royaume, et ayant résolu de tenir lesdicls estats le quinziesme jour du moys de mars prochain en nostre ville d'Orléans, et de faire pour cette fin que quelqu'une des plus considérables personnages de chacune province , bailiage et seneschaussée s'y trouvent ainsy qu'il est accoustumé pour nous faire librement et en plaine assemblée les plaintes et remonstrances qu'ils adviserontafindepourveoir sur icelles ainsy que le besoin le pourra requérir, nous avons bien voullu vous faire cette lettre par l'advis de la royne régente nostre dame et mère, par laquelle nous vous mandons et très expressément enjoingnons que incontinent que vous l'aurez receu vous ayez à convocquer et faire ass8ml)ler à son de trompe et cry public ou autrement ainsy que vous adviserez dans le plus bref temps que faire ce pourra, tous ceux des trois estats de vostre ressort, qui ont accoustumé d'estre appelles en pareil cas pour conférer ensemlile sur toutes les choses, qu'ilz verront estre à refformer et corriger, afin de remettre, la justice, la police et discipline de nostre royaume en leur première et ancienne splendeur pour maintenir et faire subsister Testât et la maison royalle, restablir le repos public et conserver un chacun dans son debvoir soubs notre oljeissance, et en ce faisant qu'ils ayent à choisir un d'entre eux de chaque ordre pour se rendre audit jour xv"* dudit moys de mars en la ville d'Orléans, avec d'amples pouvoirs, instructions et mémoires pour nous faire entendre delà part desdits estats ce qui leur semblera bon à propos pour les fins susdictes, et pour tout ce qu'ils verront estre du bien général de nostre royaume et du consentement d'un chacun , protestant devant Dieu , avec la royne-régente nostre Dame et mère, que le seul but de noz armes, au dehors et au dedans de nostre royaume est dacquérir une juste et longue paix, dans laquelle Dieu soit
du Parlementa Mme de Longueville inspirait notamment quelques inquiétudes, comme sœur de celui qui assiégeait Paris : elle y répondit en venant, quoique dans un état de grossesse très-avancée, avec ses enfants, à l'hôtel de ville, quartier général de l'insurrection, se rendre otage entre les mains du peuple. C'est là que, quelques jours après, dans la nuit du 28 au 29 janvier, elle accoucha d'un fils qui eut pour parrain le prévôt des marchands et pour marraine la duchesse de Bouillon, et que le coadjuteur baptisa en l'église Saint-Jean en Grève sous le nom de Charles de Paris. Nul n'ignorait quel était le père de cet enfant S et M. de Marcillac ne dissimula jamais le lien qui l'attachait à lui, pas plus qu'il ne cacha la profonde douleur qu'il en ressentit quand il fut tué au passage du Rhin.
Cependant le Parlement essayait d'entrer en relation
aussy religieusement honoré et servy, qu'il est peu respecté dans ces troubles, et où un chascun jouisse de ses biens et de tout ce qui luy appartient avec une entière douceur et équité et avec toutes les grâces que Ton peut attendre d'un prince bien né , eslevé dans la piété et justice ; déclarant aussy avec la reyne régente notre dame et mère, que nous voulions pourvoir si favorablement , sur les remonslrances qui nous serons faictes auxdits estats, que le général et les particuliers en ressentiront les fruicts que l'on peut attendre d'une sy célèbre assemblée, espérant que Dieu bénira nostre dessein, et qu'il n'y a point d'éclesiastique, de gentilhomme, d'officier et d'homme de bien dans nostre royaume qui n'essaye de nous seconder et de contribuer avec vous a l'effect de si bonnes intentions, vous recoramandans de la faire congnoistre a tous nos subjects de vostredit ressort et de nous rendre compte du soin que vous aurez pris de l'exécution de ce qui en cela est de nostre vollonté : ny faictes donc faulte , car tel est nostre plaisir , donné à St Germain en Laye le XXII janvier 1649.
Louis. — Et plus bas Le Tellier.
A nostre amé et féal le Séneschal de Forestz et en son absence à son lieutenant. (De notre collection particulière.)
1. Le parlement et la fronde, parle baron de Barante, p. 172.
2. «En eflet, elle était devenue grosse une dernière fois, en 1648, et, il faut bien le dire, quand déjà sa liaison avec la Rochefoucauld avait éclaté.» {Jeunesse de Mme de Longueville, par M. Cousin, p. 324-325.)
avec les autres Parlements : on écrivit dans les provinces ; en même temps on cherchait à installer à Paris une puissante organisation. Le prince de Conti était, avons- nous dit, généralissime; MM. de Beaufort, de Bouillon, d'Elbeuf et de la Molhe-Houdancourt furent nommés généraux d'armées; MM. de Luynes, de Marcillac et de Noirmoutier, lieutenants généraux. Le duc de Longueville était parti pour la Normandie, mécontent, dit-on, de ne pas être admis au rang auquel il prétendait, et peutêtre aussi à cause du bruit désagréable pour lui qui se fît à l'occasion des couches de sa femmes ^
Le siège cependant commençait à être vigoureusement poussé par le prince de Condé : la place fut bientôt assez étroitement bloquée pour que le ravitaillement y devint au moins très-difficile ; la prise de Gharenton, où fut tué Châtillon, aggrava encore cette situation et effraya vivement les Parisiens qui se consolaient cependant en voyant entrer assez souvent des convois, ce qui ne faisait pas baisser les prix élevés des denrées les plus nécessaires. M. de Marcillac prit souvent le commandement des troupes chargées de faciliter l'entrée de ces puissants secours; il soutint ainsi un vif engagement à Vitry-sur- Seine, bien que tout l'honneur en revint au duc de Beaufort qui fut porté en triomphe à l'hôtel de ville. On fut moins heureux une autre fois. Le marquis de Noirmoutier était allé, avec un millier de chevaux, chercher un convoi très-considérable jusqu'à Brie-Gomte-Robert pour l'introduire pendant la nuit, et le soir, M. de Marcillac