‹ Œuvres inédites; (volume 2)Chapitre 12 sur 41 · En lui était la vie, et la vie était la lumière des · texte numérisé non relu

En lui était la vie, et la vie était la lumière des

hommes. Point de vie réelle de i'àme sans l'esprit divin, car la vie de Fàme ne peut être que cette lumière réfléchie qui Féclaire d'abord sur elle-même et sur la source d'où elle émane et où elle se reporte par l'amour.

5. La lumière lait dans les ténèbres et les ténèbres ne l ont point comprise. L'àme, tout obscurcie qu'elle est par les ténèbres du corps, par les besoins et les passions spontanés de l'organisme à qui Dieu a voulu l'attacher, n'en a pas moins, en vertu de son existence, une image de l'esprit divin, défigurée, altérée par les passions, mais qui peut retrouver sa pureté et sa ressemblance en s' unissant de nouveau à son principe, en s'absorbant dans son sein. Jusque-là, tant que l'oî'ganisme domine, en même temps que l'mtelligence de l'homme demeure fixée à son pôle inférieur, diW moi qui est ou qui se fait le centre unique du monde sensible, jusque-là, dis-je, la lumière ne luit que dans d'épaisses ténèbres qui ne sauraient la comprendre.

6 et 8. i/ J eut un homme envoyé de Dieu, appelé Jean, Il n'était pas la lumière, mais il vint pour rendre témoignage à celai qui était la lumière. L'homme, ce composé fait de F union d'une âme à un corps organisé vivant, n'est point la lumière; l'esprit n'est point en lui, comme propre à lui, à titre d'iuteiligence bornée, d'être actif et libre, mais subordonné. Mais l'homme est ainsi créé pour rendre témoignage à la lumière ou pour témoigner l'esprit qui vient en lui, qui y fait sa demeure, quand il a préparé en lui cette demeure digne de l'esprit.

DE SAlîNT JEAN.

9. Ccliil-là était la vraie lumière qui éclaire tout /tomme venant au monde ; au monde des phénomènes où reluit déjà Fesprit de vérité, mais offusqué par les ténèbres sensibles.

1 0. // était dans le inonde et le monde a été fait par lui, mais le monde ne l'a point reconnu. Le monde, ou l'ensemble des êtres sentants et pensants, renferme l'esprit vivant qui l'a créé, qui le maintient, et il ne connaît point cet esprit. Il est tout à fait incapable de le connaître tant qu'il s'égare lui-même, c'est-àdire qu'il méconnaît sa nature mixte, sa faiblesse, sa dégradation animale et la source plus haute d'où il est descendu, où il faut qu'il remonte, sous peine de rester toujours dans son aveuglement et son ignorance.

11. Il est venu chez soi et 1rs siens ne font jwint reçu. L'esprit incarné (uni à la cliair) a voulu élever l'homme à lui; mais l'homnie charnel attaché aux sens ne l'a pas reçu ni conçu.

\%. Il a donné à tous ceux (jui l'ont reçu le pouvoir d'être faits enfants de Dieu (enfijnts de la lumière, comme dit saint Paul). Ce pouvoir ne peut venir en effet que de l'esprit.

13. En vertu de l'esprit qui l'éclairc et l'unit à Dieu, l'homme spirituel nest point né du sang ni de la volonté de la cliair ni de la volonté de l'homme, mais de Dieu même. Cela est évident, puisqu'il y a opposition entre l'homme spirituel et l'homme né du sang et qui tient encore au sang, qui est conduit par la volonté de la chair ou l'appétit animal, et mèuK; j)ar une volonté constitutive delà personne humaine ou

du moi, qui se fait centre de tout et rapporte tout à lui au lieu de se rapporter lui-même à Dieu; car, en tant que né de Dieu, l'esprit se rapporte à lui, il tend vers la source d'où il est émané.

14. Le Verbe a été fait chair et il a habité parmi nous plein de grâce et de vérité. « C'est en vous seul « que Dieu est ; il n'est dans aucun homme comme « en vous. Dieu n'est point sans vous. » Ces paroles du prophète ïsaïe ne peuvent s'appliquer à l'homme le plus spirituel mais à Jésus-Christ seul. Le Verbe, l'esprit ou (e moi spirituel, a revêtu une forme de chair, sans néanmoins s'identifier avec la chair, et il habite ainsi parmi les hommes, considéré lui-même comme homme, quoiqu'il s'en distingue par la grâce et la vérité dont il est plein. Parlant humainement et dans un sens philosophique, Jésus-Christ serait un type de perfection spirituelle supérieur à la chair, à ses faiblesses et à ses misères qu'il partage comme homme, en planant sur elle par Tesprit dont la lumière a brillé en lui d'un éclat pur, de beaucoup supérieur à tout ce que la sagesse humaine a pu produire de plus admirable. Jésus-Christ a été ainsi la manifestation la plus vraie dû Père des lumières, mais il n'aurait offert qu'un degré plus élevé de ce qui se trouve dans tout homme spirituel qui le prend pour modèle. Médiateur sublime entre Dieu et l'homme, Jésus-Christ a mérité d'être appelé le (ils unique de Dieu, puisqu'il n'a point de frère égal en vertus, mais il a pour parent de la même famille, sorti de la même souche, tout homme qui vit de la vie spirituelle et qui a méi ité d'être en possession de

la grâce et de la vérité, sans pouvoir en être plein comme le médiateur.

15. Jean rend témoignage de lui et crie en disant : Celui qui doit venir après moi m'a été préféré parce qu'il était avant moi. L'esprit ne vient qu'après la manifestation du moi, de l'homme, et le plein développement de cette libre activité qui lui a été donnée dans l'ordre de la nature pour pouvoir être élevé jusqu'à l'esprit dans Tordre de la grâce. Mais si la vie de l'esprit ne vient qu'à la suite de la vie active de l'homme, dans l'ordre naturel du développement humain, l'esprit est avant le moi, quant à la prééminence de nature et de plus quant à la priorité absolue de l'être, car l'esprit était en Dieu ou chez Dieu [apud Deum) de toute éternité.

\Q.Et nous avons tout reçu de sa plénitude et grâce pour grâce. C'est par la plénitude de l'esprit divin qui était en Jésus-Christ, notre modèle, que nous pouvons tout recevoir par une communication de la grâce qui nous vient du médiateur, en telle sorte que, à part la divinité et les mystères qu'elle renferme, il n'y a pas une seule grâce en Jésus-Christ comme homme, fils de Dieu, que l'homme spirituel ne puisse obtenir par la conformité à son divin modèle. De là la justesse de l'expression de l'apôtre : grâce pour grâce.

\ 7. La loi a été donnée par Moïse, mais la grâce et la vérité ont été apportées par Jésus-Christ, L'homme qui se conforme le plus exactement à la loi morale (au décalogue) n'est pas encore enftint de la lumière ou fils de Dieu; ia vie spirituelle est plus haut; (;lle

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