‹ Œuvres inédites; (volume 2)Chapitre 13 sur 41 · DE LA SCIENCE DE L'HOMME INTÉRIEUR · texte numérisé non relu

DE LA SCIENCE DE L'HOMME INTÉRIEUR

AVANT-PROPOS DE L'ÉDITEUR

Après avoir retouché, à diverses reprises, pendant un espace de dix années, VEssai sur les fondements de la Psijchologie, M. de Biran reconnut la nécessité de renouveler assez complètement le cadre dans lequel il voulait exposer ses idées. Il fallait donner une place convenable à l'idée religieuse, aux rapports de l'âme avec Dieu, à la vie supérieure, et, pour cela, tout en profitant des matériaux de l'ouvrage ancien, il fallait faire un ouvrage nouveau. De Ici, les Nouveo.ux essais d'Anthropologie (1).

Le plan de cet écrit fut déposé sur le papier le 23 octobre 1823. Au milieu de mai 182/i, M. de Biran ressentait déjà les atteintes de sa dernière maladie, et poursuivait, sans être arrêté par la soufï'rance, son œuvre loin encore d'être terminée. Peu de jours après, il dut renoncer à tout travail.

Au moment de la mort de l'écrivain, la dernière partie des Nouveaux Essais, la partie consacrée à la Vie de l'Esprit, n'existait probablement que sous la forme d'un petit nombre de notes qui subsistent. Il est vraisemblable que les deux premières parties étaient fort avancées, et qu'une partie considérable de la rédaction a été perdue par suite des vicissitudes étranges auxquelles ont été soumis (es manuscrits de M. de Biran.

(1) Voir rrntroduction gonôrale aux œuvres de M. de Firnn, et Tavant-propos de Tédileur à V l'essai sur les fondements de ta Psychologie.

Cet ouvrage n'est pas entièrement inédit; on peut avancer, comme un fait certain, que M. Cousin en a publié un certain nombre de pages, dont, en l'absence des secours nécessaires, il ne pouvait reconnaître la nature et auxquelles il a donné par suite des titres inexacts (i).

Le manuscrit des Nouveaux Essais est parvenu à Genève, à l'état de feuilles dispersées et dans le désordre le plus complet. Ces feuilles ont été rapprochées peu à peu, souvent sans aucun secours autre que le sens de leur contenu. Il en est résulté un certain nombre de fragments. Quelques-uns portaient des titres, d'autres ont dû en recevoir de la main de l'éditeur. Il était naturel de chercher à classer ces fragments, selon l'ordre général des trois vies, indiqué par le plan de l'ouvrage. Quant à l'ordre relatif des fragments, dans chacune de ces trois parties, il a fallu se contenter d'une disposition très-défectueuse, mais qui paraissait la moins mauvaise possible. La difficulté était d'autant plus grande qu'il n'est pas impossible que les parties àes Nouveaux Essais qui subsistent appartiennent à deux rédactions différentes successivement entreprises par l'auteur. Il n'est point résulté de ce travail, un corps d'ouvrage régulier. Le lecteur ne doit pas perdre de vue que ce sont des débris qu'il a sous les yeux, il ne s'étonnera ni des répétitions, ni des lacunes, ni de quelque désordre dans la série des idées. Pour parvenir à un autre résultat, il aurait fallu ou posséder plus d'habileté, ou, ce qu'on n'a voulu se permettre à aucun degré, prendre la liberté de refondre et de compléter le texte de l'auteur. L'œuvre de M. de Biran, telle que nous la possédons, interrompue par la mort et mutilée par le résultat de circonstances extraordinaires, aura toujours plus de valeur qu'une

(1) Voir les numéros xxxvi et xxxvii du catalogue raisonné, à la fin de ce volume.

AVANT-PROPOS DE L'ÉDITEUR

œuvre plus régulière, mais plus ou moins apocryphe, dès que l'éditeur se serait permis d'y mettre la main.

Dans la pensée de M. de Biran, le nouveau travail qu'il avait entrepris devait annuler VEssai su?' les fondements de la Psychologie, aussi existe-t-il un parallélisme marqué entre le texte de VEssai et une partie des fragments ici publiés.

Quelques-unes des pages qui figurent sous le titre de Vie de l'Esprit, ont paru déjà dans le Yolume des Pensées de M. de Biran. Ce n'est point là le résultat d'une volonté arbitraire. Il est établi par les preuves les plus décisives, que les cahiers du /oi^ma/ intime renfermaient une partie du texte destiné aux Nouveaux Essais. Entre ces preuves, il suffira d'en indiquer deux : le plan de l'ouvrage est déposé dans ces cahiers; et M. de Biran relie son manuscrit à ces mêmes cahiers, par un signe de renvoi positif. En éditant les Pensées, il était naturel d'y insérer quelques-uns des fragments, destinés à l'ouvrage scientifique, qui étaient particulièrement propres à jeter du jour sur le développement individuel de l'écrivain; mais il était indispensable de reproduire ces fragments à la place même qui leur était assignée par l'auteur. Du reste, comme aucun signe matériel ne distingue, dans le Journal intime, les pages destinées à l'écrit scientifique de celles qui ont un autre caractère, on comprend qu'il y avait à faire ici un choix qui n'était pas exempt d'incertitudes. Les Pensées de M. de Biran forment d'ailleurs le complément indispensable des Nouveaux essais d'Anthropologie.

Les morceaux trop rares et trop courts qui remplacent malheureusement une exposition proprement dite de la vie de l'esprit, ne sont donc que des notes ou des ébauches qui n'étaient pas susceptibles de recevoir un ordre rigoureux. On les a groupés en chcrchuntà placer d'abnnl ceux

qui concernent les caractères généraux de la vie supérieure, puis ceux qui indiquent la préparation elles conditions de cette vie, puis enfin ceux qui exposent l'état de l'âme, dans son union avec Dieu, et les conséquences de cette union.

Les différences les plus essentielles qui existent entre les Nouveaux Essais d'Anthropologie et VEssai sur les fondements de la Psychologie, sont le résultat des dernières modifications survenues dans la pensée de M. de Biran. Ces différences, sans parler de l'élément religieux qui est ici le fait capital, peuvent se ramener aux chefs suivants :

Importance accordée à la question des réalités absolues ;

Vues plus larges et plus fécondes sur l'histoire des systèmes métaphysiques ;

Tendance à envisager le fait primitif de l'effort sous un point de vue plus spirituel et plus dégagé de la considération exclusive du mouvement musculaire ;

Identification de la vie animale avec la vie organique;

Attention accordée aux phénomènes du magnétisme animal.

Les points les plus essentiels de cette énumération ont été abordés dans l'introduction générale qui ouvre ces volumes; il suffit d'appeler sur les autres l'attention du lecteur.

Disons en terminant que quelques parties du manuscrit qui ont été laissées de côté, pourraient être utilisées plus tard, lorsqu'on coordonnerait les débris des Nouveaux Essais, qui suivent ces lignes, avec les autres débris du même ouvrage qu'a publiés M. Cousin.

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