PREMIÈRE PARTIE
OBJET PROPRE DE LA PHYSIOLOGIE. — RAPPORTS DES FONCTIONS ORGANIQUES AVEC LA SENSATION ANI- MALE.
La physiologie est la science qui a pour objet les propriétés des corps organisés vivants, ou les fonctions qu'ils exercent, en vertu d'un principe de vie, ou d'une force vivante, ayant ses lois particulières distinctes ou séparées de celles qui régissent la matière brute ou inorganique.
Cette science embrasse donc toute cette immense chaîne d'êtres vivants, dont le plus haut terme est l'homme considéré sous ce rapport très-partiel de son existence, et dont le plus bas va se perdre dans les derniers atomes de la matière organisée, sans qu'on puisse dire oii la chaîne commence, pas plus qu'il n'est possible d'assigner humainement l'origine de quelque chose que ce soit. Partant du dci>ré le plus bas 011 la vie commence sinon à être, du moins
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à paraître ou à se manifester , et suivant les termes indéfinis de la progression ascendante, depuis le premier atome organique jusqu'à la combinaison vivante la plus élevée, le physiologiste ne change pas de sujet ou de point de vue. Les phénomènes de cette nature organisée qui s'offre à son observation, ou à ses expériences, sont tous du même ordre : partout ce sont des machines dont les éléments sont plus ou moins simples et uniformes, ou variés et nombreux, dont les fonctions, par suite, sont plus ou moins compliquées, les rapports avec les autres êtres du monde physique plus ou moins étendus, mais dont les principes d'action, la force motrice interne ou spontanée se inanifeste partout de la même manière, ou par les mêmes signes. Uniforme ou identique peut-être quant à son essence, elle ne varie que dans son intensité, ses modes ou ses caractères, qui sont proportionnés au nombre et à la qualité des ressorts qu'elle met en jeu. Les fonctions et les mouvements des êtres organiques, en qui peut se manifester de quelque manière cette force intérieure, ce principe de vie, en vertu duquel ils naissent, se nourrissent, croissent, se propagent, en exerçant une action pi*opre sur les corps qui les entourent et qu'ils transforment en se les assimilant; de plus, les résultats immédiats ou les produits homogènes de cette sorte d'action vitale, en tant qu'ils se manifestent simultanément ou à la suite de fonctions ou de mouvements organiques, termes directs de l'observation ou de l'expérience extérieure : tel est le véritable domaine de la physiologie. Il s'étend jusque-là. je le répète;
jusqu'aux résultats immédiats des fonctions vitales susceptibles de se représenter avec ou par les mouvements organiques qui les constituent. Mais cette science, en tant que fondée sur l'observation et l'expérience extérieure, s'arrête à ces limites et ne va pas plus loin.
S'il y a, bors de la portée de tout sens externe et de tous nos moyens de représentation, des ftiits de conscience exclusivement accessibles au sens intime et à la réflexion propie du sujet, qui en esta la fois l'auteur et le témoin ; s'il y a des actes intellectuels, moraux ou libres, qui non-seulement diffèrent par leurs instruments, moyens ou signes extérieurs, de tous les résultats des fonctions organiques, mais encore leur sont tout à fait opposés et en eux-mêmes, et dans le point de vue sous lequel il est permis de les concevoir, et dans la cause ou force consciente de ses actes qui les fait commencer, à part et contre toutes les lois de la vie organique; si ces faits sont réels, comme on ne peut en douter, la physiologie ne pourra évidemment s'étendre jusqu'à cette sphère supérieure ; et, si elle prétend y pénétrer ou l'attirer à elle, ce ne sera qu'en la falsifiant jus(|ue dans ses éléments primitifs.
Cette ligne de démarcation, qui s'éclaircira mieux, j'espère, par la suite, étant ainsi établie d'une manière générale et provisoire?, je dis que si les fonctions vitales, pbysiologiquement considérées dans le corps organisé d'un animal d'espèce quelconque, ont pour résultat immédiat, ou pour produit indivisible de ces {'onctions mêmes, des effets iiilfM'ues appelés