FONDEMENTS DE LA MORALE ET DE LA RELIGION
le repos, la sécurité, le loisir, nécessaires à chaque individu pour développer librement les facultés de sa nature et consulter cette raison suprême qui lui trace sa véritable destination en apprenant à connaître Dieu et à aimer Dieu et les hommes?
Toutes les nations ont été et seront toujours dans le relatif, quels que soient les progrès des individus; mais les principes des gouvernements qui dirigent ces sociétés peuvent tendre plus ou moins vers le but d'un perfectionnement absolu. Je n'ai pas besoin d'examiner ici jusqu'à quel point la tendance actuelle de notre gouvernement et de la société s'approche ou s'éloigne de ce but. Je me bornerai à observer que la philosophie du xviif siècle lui a été et lui est encore plus contraire que l'ignorance toute barbare, les préjugés et les superstitions des premiers âges de la civilisation. L'auteur de V Esprit des lois a élevé un monument éternel à l'esprit de son siècle ; il a porté la science du gouvernement, la politique relative, au plus haut degré où puisse l'élever une théorie qui part du relatif et s'y termine. En effet, la conséquence rigoureuse qu'on peut tirer naturellement après avoir lu ce grand livre, c'est qu'il n'y a rien d'absolu ni dans la religion, ni dans la morale, ni, à plus forte raison, dans la politique; que les lois étant toutes des rapports, et cela sans aucune exception, il faut consulter le climat, le sol, le degré de latitude, puis les principes du gouvernement qui ne sont que des résultats de ces rapports, pour savoir si une institution ou une loi est bonne ou mauvaise, favorable ou nuisible à la société ou aux individus.