‹ Œuvres inédites; (volume 3)Chapitre 19 sur 32 · SECTION PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SECTION PREMIÈRE

CONSIDÉRATIONS SUR LES DIVERS SYSTÈMES DE PHI- LOSOPHIE ENVISAGÉS RELATIVEMENT A l'ANALYSE DES FAITS PRIMITIFS.

Il est, je crois, assez généralement reconnu (et personne ne peut le nier) que toute perception complète ou actuelle, comprend, avec le sentiment du moi, simple, un, et constamment identique à luimême , la représentation ou l'intuition de quelque chose, soit objet, soit impression sensible, variable et multiple, difFérente de ce moi.

De quelque manière qu'on puisse expliquer l'union intime ou l'association des éléments de perception, toujours faut-il reconnaître que ces éléments sont deux. C'est là un fait, une donnée actuelle, un point de départ d'où l'analyse pourra partir pour décomposer encore, ou pour s'assurer qu'il n'y a plus lieu à aucune décomposition ultérieure. Mais la dualité constatée, reconnue d'une manière aussi générale, est-elle bien le fait primitif? et ce fait est-il vraiment indécomposable? C'est ce que nous affirment des philosophes dont l'autorité est du plus grand poids, et qui ont même attribué toutes les illusions et les écarts des systèmes abstraits aux vaines tentatives faites pour expliquer et analyser la dualité qu'ils admettent comme primitive et par là même inexplicable. Néan-

moins, ce point de vue qui s'applique à noire expérience réfléchie actuelle, peut-il s'appliquer également à l'origine de nos facultés et de notre existence aperçue? Le sentiment du a-t-il été uni d'une manière aussi intime, aussi indivisible aux impressions affectives? L'est-il même toujours également à toutes les affections que nous pouvons éprouver dans notre manière actuelle de sentir et de percevoir? N'y a-t-il pas des degrés de variation en plus ou en moins, et, de cette expérience même, ne pouvons-nous pas induire avec fondement que le sentiment du moi ou d'individualité personnelle n'a pas nécessairement commencé avec les impressions de la sensibilité, ou ne leur est pas essentiellement inhérent? Ne pouvonsnous pas conclure par suite que l'espèce de dualité, qui constitue notre perception complète actuelle, n'est pas réellement primitive, mais que ses éléments ont pu être réellement séparés dans l'origine et peuvent être conçus ainsi l'un hors de l'autre, non pas seulement dans un point de vue purement abstrait^ mais dans certains modes réels et positifs de notre existence?

En attendant que nous puissions fournir des exemples propres à confirmer la séparation, admettons dès à présent comme hypothèse, l'un des éléments do la perception complète sous un titre quelconque, qui exprime sa simplicité, tel que l'effet d'une impression sensible séparée de tout sentiment du moi ou d'individualité personnelle. On pourra demander si le second élément, proprement nommé peut exi^ster h part, ou plutôt si le rnoh df^s r|u'i|

commence à exister pour lui-même, n'est pas essentiellement et indivisiblement uni à quelque mode particulier qui lui serve pour ainsi dire de support; enfm, s'il peut y avoir de moi i^nr, sans affection, intuition ou impression sensitive, comme il peut y avoir impression sensible sans moi. Dans le cas de l'affirmation, il y a lieu de demander encore quelle peut être la nature ou le caractère de ce sentiment du 7noi, indépendamment de toute modification accidentelle? Est-il simple et absolu, ou bien est-il composé et relatif? se fonde-t-il sur quelque condition qu'il soit possible d'assigner dans l'expérience, ou est-il vraiment inconditionnel? S'il est relatif, quel est le véritable conséquent de ce rapport fondamental qui détermine l'individualité personnelle? S'il a quelque condition expérimentale, quelle est précisément cette condition? Comment pourrons-nous la reconnaître sans sortir de l'expérience intérieure? Telles sont les questions premières qu'il s'agit de discuter, et dont la solution ne peut ressortir que d'une analyse plus exacte et plus approfondie des phénomènes du sens intime. C'est pour n'avoir pas fait cette analyse exacte et complète, ou pour n'avoir pas su s'arrêter à certaines limites , déterminées par la nature des choses ou par la nature même de notre esprit, que les divers auteurs de métaphysique me paraissent avoir laissé encore tant de doutes et d'inexactitude sur l'origine et la réalité de nos connaissances, ainsi que nous allons chercher à le faire voir dans les exemples suivants.

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