‹ Œuvres inédites; (volume 3)Chapitre 28 sur 32 · ORIGINE DE LA CONNAISSANCE QUE NOUS AVONS ^ DE NOTRE PROPRE CORPS · texte numérisé non relu

ORIGINE DE LA CONNAISSANCE QUE NOUS AVONS ^ DE NOTRE PROPRE CORPS

Le sens interne que nous appelons sens de l'effort, s'étend à toutes les parties du système musculaire ou locomobile, soumises à l'action de la volonté. Tout ce qui est compris dans la sphère d'activité de ce sens, ou qui se rattache soit directement, soit par association à son exercice, rentre dans le fait de conscience et devient objet propre, médiat ou immédiat de l'aperception interne. Tous les modes qui sont absolument hors des limites de la même puissance, demeurent simples dans la vitalité et ne s'élèvent jamais à la hauteur de l'aperception ou de l'idée.

Tel est le principe général. Il ne s'agit plus que de le développer et de le confirmer par l'analyse des différentes espèces de perceptions ou de sensations composées.

Ce principe posé, on voit d'abord qu'il n'est pas impossible de tracer, pour ainsi dire, dans l'organisation humaine, le cercle terminateur de la lumière de conscience, ou la ligne de démarcation qui sépare le sens propre et individuel de l'effort ou du vouloir, et cet autre sens, organe général et commun qu'on

peut appeler sens vital. Par ce dernier, l'homme vit d'une sorte de vie végétative ou purement affective, comme les animaux les plus bas de l'échelle. Par la combinaison intime des deux sens, et dans la subordination nécessaire du mouvement aux affections et à la sensibilité animale, l'homme sent assurément, sans être encore une personne constituée, ou sans avoir un mo^ distinct, sans atteindre enfin jusqu'au fait de conscience ou de sens intime. Par le sens de l'effort, distinct de toutes les affections ou impressions passives, n'obéissant qu'à la volonté qu'il renferme en lui-même, l'homme parvient enfin à la dignité de personne morale, de moi. Ces trois ordres de facultés ou ces trois degrés d'élévation dans l'échelle des êtres animés, ressortent d'une analyse exacte, non pas seulement de certaines facultés abstraites, mais des conditions ou moyens naturels sur lesquels se fonde l'exercice primordial de ces facultés, quand elles viennent à passer du virtuel à l'effectif.

Le moi est un et simple, mais il n'est ou ne s'aperçoit tel qu'en qualité de sujet de l'effort, et relativement au terme composé et multiple sur lequel sa force se déploie. Cette multiplicité, ou composition du terme de l'effort, ne peut être actuellement conçue par nous, en vertu de nos habitudes premières, que sous l'image de parties contiguës ou juxta-posées, selon ce mode de coordination que nous appelons espace, étendue matérielle, et qui est, comme on dit, la forme de toutes nos représentations externes. Mais je dis que celte forme d'espace extérieur

OU d'étendue, qui est l'objet de la vue ou du toucher, diffère essentiellement de celle qui constitue le terme propre de l'effort, l'objet de l'aperception immédiate dont le moi est inséparable.

Leibnitz définit supérieurement l'étendue, la continuité de ce qui résiste : continuatio resistentis. Cette définition qui, dans l'esprit de l'auteur, s'appliquait au phénomène de l'étendue extérieure , telle qu'elle se manifeste au sens du toucher et de la vue réunis, embrasse de plus l'objet de l'aperception interne et immédiate. Elle exprime même parfaitement le point de vue tout à fait nouveau, sous lequel je considère la connaissance du corps propre.

Si l'on consulte en effet uniquement le sens musculaire de l'effort et de la résistance, et qu'on abstraie autant que possible de son exercice actuel, tout ce qui peut se rapporter à la vue et au toucher, en un mot, à la représentation objective, on trouvera dans cette continuité de résistance, non plus étrangère et absolue, mais propre et immédiatement relative à l'effort voulu, le fondement ou le type simple et originel d'une sorte d'étendue qui, pour ne

pouvoir se représenter sous aucune image, n'en a

que mieux toute la réalité d'un fait primitif, réalité

aussi certaine que celle de notre existence dont elle est inséparable. Comme l'espace dans lequel s'exerce notre locomotion extérieure est le lieu des intuitions objectives, ou la forme, la condition nécessaire sous laquelle il y a quelque chose de représenté hors de nous; ainsi cette étendue intérieure du corps, objet de l'aperception immédiate dont le moi se distingue,

sans pouvoir jamais s'en séparer (1), est le lieu de toutes les impressions internes, qui ne peuvent être perçues ou senties par le moi que sous cette forme locale, sans laquelle elles demeureraient toujours confondues dans la combinaison vivante, comme affections simples ou perceptions obscures.

En considérant toutes les parties locomobiles du corps comme réunies en une seule masse, soumises à l'impulsion d'une même force vivante ou d'une seule et même volonté, le sujet de l'effort actuel, qui se distingue de ce composé qui résiste par son inertie et obéit à la puissance motrice, aura Taperception de ce continu résistant, c'est-à-dire d'une étendue intérieure, mais encore sans limites ni distinction de parties. Or, comme les sensations du dehors ne se localisent ou ne se mettent à leurs justes distances respectives dans l'espace extérieur, qu'autant que cet espace a été limité et mesuré par le sens du toucher, ou par nos mouvements successifs et répétés (2) , de même, pour que les impressions puissent être localisées dans les différentes parties de

(1) c'est ainsi, et en ayant égard à la séparation impossible, sans observer la distinction toujours possible des deux éléments du même fait de conscience, que Spinoza dit que « la conscience de l'âme n'est autre que l'idée immédiate du corps, et que la volonté n'est qu'une détermination et un effort corporels. » S'il eût dit que la conscience du moi est inséparable (au moins dans le mode actuel de notre existence) de l'idée immédiate du corps, et que la volonté est la détermination d'une force hyperorganique, qui ne peut s'exercer que sur le corps ni se manifester qu'avec lui et par lui ou par sa résistance, Spinoza aurait rectifié le principe de Descartes, en le ramenant à l'expression du fait primitif : J'agis, je suis effort, f existe ; donc Le terme immédiat de C effort existe, etc., etc.

(2) Voyez les Éléments d'idéologie par M. de Tracy.

Tespace intérieur du corps propre, il faut que les parties aient été distinguées, ou mises pour ainsi dire les unes hors des autres par rexercice répété de leur sens propre et immédiat. Mais le système général musculaire se trouve naturellement divisé en plusieurs systèmes partiels, qui offrent autant de termes distincts à la volonté motrice. Plus ces points de division se multiplient, plus l'aperception immédiate interne s'éclaire et se distingue, plus l'individualité, ou l'unité du sujet permanent de l'effort se manifeste par son opposition même avec la pluralité et la variété des termes mobiles. En se mettant hors de chacun, le moi apprend à les mettre les uns hors des autres, à connaître leurs limites communes et à y rapporter les impressions. C'est ainsi que ce prepremier rapport des sensations aux différentes parties du corps, réputé inné dans l'école de Descartes, et confondu avec le rapport d'extériorité dans celle de Condillac, peut n'être qu'un résultat direct et immédiat de l'exercice du sens de l'effort, et avoir tout son mobile ou son point d'appui dans l'expérience intérieure.

Avant d'aller plus loin, confirmons notre point de vue par quelques exemples tirés de faits d'expérience, ou d'observations physiologiques.

Il se présente assez souvent des cas de paralysie partielle, où la sensibilité subsiste dans les organes lésés, pendant que toute faculté contractile ou locomotive se trouve éteinte et vice versa. On a pu remarquer dans quelques-uns de ces cas que le sens de l'effort étant oblitéré dans les muscles paralysés.

l'individu n'avait plus le sentiment de l'existence de ces parties, ou qu elles étaient comme mortes pour le moi, quoiqu'elles participassent encore à la vie et à la sensibilité générale. En vertu de cette participation seule, les organes peuvent donc recevoir et transmettre des impressions, affectives à un assez haut degré, mais qui, ne se localisant point dans des sièges déterminés, ne sont pas vraiment perçues par le moi, qui ne saurait les distinguer les unes des autres tafit qu'il s'identifie avec chacune d'elles.

Je rapporterai ici l'observation curieuse que fit un médecin (1) sur un malade paralysé delà moitié du corps, après une attaque récente d'apoplexie. Ce médecin, curieux de savoir si le malade conservait encore quelque sentiment dans les parties paralysées, prit sa main, sous la couverture du lit, et pressa fortement un de ses doigts; ce qui lui fit jeter un cri, et, en ayant fait autant à chaque doigt successivement, il obtint toujours les signes d'une douleur générale que le malade ne rapportait à aucun siège déterminé. Cet homme malade fut plusieurs jours à se remettre, et à apprendre à se servir de sa main, à remuer les doigts à volonté les uns après les autres, et ce ne fut qu'après cet exercice, et à mesure que le mouvement revint, qu'il apprit à localiser les impressions dans le siège qu'elles affectaient.

On trouve dans cet exemple la nature prise, pour ainsi dire, sur le fait : on y reconnaît parfaitement

(1) Feu M. Rey-Piégis, de la Faculté de Montpellier. Le fait que je rapporte est extrait d'un livre peu connu, intitulé Histoire na^ turelle de Came,

la manière dont le sens de l'effort doit concourir d'abord à circonscrire les différentes parties de notre corps, et ensuite à y localiser les impressions. Supposez que nous ignorassions l'existence de ces parties, les impressions générales affectives de plaisir ou de douleur ne nous en informeraient pas par ellesmêmes. Quel rapport nécessaire peut-il y avoir en effet entre de simples modifications de notre sensibilité et une idée de lieu? Il faut donc que le siège de l'impression soit connu d'avance, mais il ne l'est pas comme lieu extérieur ou comme une portion d'étendue étrangère ; il doit donc avoir été d'abord circonscrit et connu comme terme de l'effort, indépendamment de toutes les impressions accidentelles avec lesquelles il peut tour à tour s'associer.

On peut induire avec beaucoup de probabilité, de l'expérience rapportée ci-devant, qu'un enfant qui naîtrait paralysé de tout son corps pour le mouve^ ment, comme l'était dans une partie le paralytique de M. Régis , fût-il doué de la faculté de sentir au plus haut degré, n'aurait qu'une sorte d'existence absolue purement affective; que, n'ayant point l'idée ou la connaissance de son corps, il n'aurait pas non plus l'aperception interne du moi , et ne pourrait s'élever comme être purement sentant au rang de personne individuelle. Toutes les facultés de cet être incomplet se trouveraient ainsi enveloppées dans la sensation, et ne s'en dégageraient jamais pour se transformer en idées. Tel est l'homme qui sommeille pour toutes les impressions reçues dans cet état où la sensibilité vit pendant que le mc^e est suspendu. Tels

nous sommes quoique éveillés, pour une foule d'impressions tout intérieures qui ayant leur siège dans des organes absolument étrangers au sens de l'effort, ne se circonscrivent dans aucun lieu déterminé du corps, et demeurent ainsi toujours vagues, générales et inaperçues.

De ces analyses et observations, il résulte : 1 Qu'une sensation quelconque ne se localise dans un siège déterminé, qu'autant qu'elle peut s'associer à l'effort, ou qu'elle est reçue dans une partie qui est sous la dépendance immédiate ou médiate de la volonté motrice ;

2" Que l'idée de sensation, telle que Locke la considère, n'est point un élément, mais un premier composé dont la formation ne dépend pas uniquement de l'expérience extérieure;

S"" Que cette forme d'espace intérieur, encore vague et illimité, est bien réellement la forme nécessaire de toute sensation ou impression perçue et localisée, mais qu'elle a une origine dans l'exercice du sens spécial de l'effort, et qu'elle n'est point essentiellement inhérente à toute modification de la sensibilité, résultat directement contraire à un principe fondamental de la doctrine deKant;

4° Enfin, que le rapport d'une impression reçue à la partie déterminée du corps qui la reçoit, ou, avant tout, la connaissance et la circonscription des parties de ce corps propre ne sont ni des idées innées à l'âme, ni des produits de l'exercice d'un sens tout extérieur, tel que celui de l'attouchement des surfaces solides. Cette dernière conséquence nous

ramène aux deux points de vue dont nous parlions tout à l'heure, et qui sont propres, l'un à l'école de Descartes, l'autre à celle de Condillac.

Arrêtons-nous un instant à les comparer avec les résultats de l'analyse qui précède.

1° « Ce raisonnement confus ou ce jugement na- « turel (inné) , » dit Malebranclie , « qui applique « au corps ce que l'âme sent, n'est qu'une sensation « qu'on peut dire composée ». C'est bien ici le cas d'employer le principe de Leibnitz : là où il y a un composé, il y a aussi des éléments simples. Mais si nous n'avons aucun moyen de reconnaître ces éléments séparés, ou du moins distincts l'un de l'autre, comment savons-nous qu'il y a un composé? Malebranche indique donc d'un côté le fondement ou la matière d'une analyse, mais d'un autre côté, il s'ôte tous les moyens de l'effectuer, en ce qu'il établit, comme Descartes, que l'âme a une idée innée de son union avec le corps; puisqu'il suit de là immédiatement que la première sensation est nécessairement et absolument composée, et que le jugement qui l'a composée ne peut avoir d'origine ni de fondement dans aucune sorte d'expérience. Malebranche croit prouver cependant que le jugement naturel dont il s'agit, n'est qu'une illusion. Mais comment le savonsnous? Si cette manière de percevoir en localisant les impressions sensibles, est unique, nécessaire, absolue, si elle ne dépend d'aucune condition, autre que la nature même de l'âme, sur quoi peut donc se fonder la réalité contraire à cette prétendue illusion? Enfin, si le sens intime nous trompe, où sera la vérité?

2Zi2 FOND. DE LA PSYCHOLOGIE. — PART. L SECT. IL

2^ Dans son Essai sur l'Entendement, Locke n'eut point égard à l'analyse indiquée par les Cartésiens, relativement aux premières idées de sensation, et, quoiqu'elles eussent été regardées avant lui comme des composés, il les prit pour de véritables éléments. Il suppose que la sensation se rapporte d'elle-même, soit à la partie du corps qu'elle affecte, soit à l'objet qui la cause. Ainsi, la première connaissance est pour lui une donnée simple, un point de départ, et non une question ni un fait composé à expliquer. Mais, lorsque Condillac forma le projet de remonter jusqu'à l'origine de toute connaissance ou idée, et d'anatomiser, pour ainsi dire, les différentes espèces des sensations, afin de reconnaître la part contributive que peut prendre chacune d'elles au développement de notre intelligence, il vit très-bien que dans les premiers progrès de ce développement, la sensation ne devenait idée qu'autant qu'elle se combinait ou s'associait avec un jugement ou un premier rapport d'extériorité. Il vit, avec plus de profondeur encore, que les impressions d'un sens tout passif, tel que l'odorat, par exemple, se bornant à modifier l'âme ou l'être sensitif, n'ont en elles-mêmes ou dans leur caractère simplement affectif, rien qui porte, pour ainsi dire, le cachet de l'objet qui les occasionne, ni de l'organe qui les transmet. Ce double cachet imprimé à toutes les sensations composées, dans notre expérience ou nos habitudes actuelles, n'a donc son type original dans aucune impression purement affective. Il faut donc que ce type, ou soit renfermé d'avance dans la nature même de l'âme, et qu'il soit

inné, comme l'ont cru les Cartésiens, ou qu'il ait une origine assignable dans notre expérience. Or, cette origine, si elle existe, ne pourra se trouver que dans l'exercice primordial d'un sens naturellement constitué en relation nécessaire avec le monde extérieur. Ce sens étant trouvé, et le caractère essentiellement relatif ou représentatif de ces modifications propres étant une fois mis dans tout son jour, on verra clairement comment ce mode spécial qui renferme en lui-même le premier jugement d'extériorité, s'associe successivement avec toutes les impressions sensibles, les compose et les transforme en idées de sensation (1), en leur communiquant son caractère relatif. C'est ainsi que l'analyse, indiquée seulement par les Cartésiens et méconnue par Locke, peut recevoir pour la première fois son complément nécessaire, en se rattachant à l'expérience. Mais cette expérience est tout extérieure ou prise en dehors de l'être sensible et moteur ; elle suppose cet en dehors déjà donné par le sens du toucher sous la forme d'étendue solide ; elle s'attache exclusivement à la connaissance secondaire du corps propre, comme objet d'intuition ou de représentation externe, et laisse tout à fait à l'écart ce sens tout intime sur lequel se fonde la connaissance du corps, comme terme de Taperception immédiate interne du mot,

(1) Voyez dans YExtraît raisonné du traité des sensations la définition que Gondillac donne du mot idée, en l'identifiant à la vérité avec image; il remarque très-précisément en cet endroit que dans les idées les plus simples en apparence, il entre toujours un jugement : vérité ou fait d'analyse, que Locke n'avait fait qu'entre- Yoir vaguement et encore dans le seul cas particulier de l'association des idées originaires du toucher avec les images de la vue, etc.

nu FOND. DE LA PSYCHOLOGIE. — PART. T. SECT. IL

Je ne m'arrêterai point à suivre en détail les pas que fait la statue de Condillac dans ce monde de représentations, qui semble se développer successivement sous ses mains mobiles. Nous aurons peut-être occasion de revenir ailleurs sur ce sujet. Je ferai seulement quant à mon objet actuel les observations suivantes :

V Si Condillac fût remonté par l'analyse jusqu'au sens de l'effort, constitutif de la personnalité individuelle, au lieu de supposer cette personnalité comme préétablie par le fait même de la sensation, il n'aurait pu s'empêcher de reconnaître qu'il y a une connaissance immédiate du corps propre, fondée runiquement sur la réplique d'un effort voulu et d'une ésistance organique qui cède ou obéit à la volonté. La réplique de deux sensations passives ne suffît pas pour fonder cette connaissance première, car il faut savoir avant tout comment ces deux sensations peuvent se distinguer, se localiser, se mettre Tune hors de T autre.

En supposant toute la surface du corps, calleuse ou paralysée pour le sentiment, sans l'être pour le mouvement, l'application passive de la main calleuse sur les parties insensibles ne produirait aucune connaissance; mais dans cet état même, les deux mains, étant mues l'une contre l'autre par la même volonté, devraient se donner la double réplique de l'effort et de la résistance. En faisant la supposition inverse, d'une paralysie de mouvement, pendant que la sensation resterait entière, si l'on mettait les deux mains l'une sur l'autre, les deux impressions résultant de ce contact se confondraient en une seule affection générale qui ne se localiserait point, comme

Ï^AITS BU SENS INTIME, CH, Uï,

nous l'avons vu dans l'exemple du paralytique de M. Régis. Ainsi, indépendamment de la eonnaissance extérieure de la forme ou de la figure des parties de notre corps, comme objet relatif aux sens du toucher et de la vue, il y a une aperception interne de la présence ou de la coexistence de ce corps propre, toute relative à un sens musculaire spécial qui ne peut agir et se connaître quen dedans sans pouvoir se représenter au dehors.

3° Une évidence irrésistible s'attache dans le fond du sens intime aux deux éléments du même fait, aux deux termes du même rappport, la force et la résistance, et le doute de Descartes, qui suppose le corps anéanti pendant que la pensée subsiste, est absolument contraire au fait primitif, tel que nous le considérons, pendant qu'il trouve encore un motif dans le point de vue de Condillac.

4° Enfin, hors de l'exercice initial du sens de l'effort, toutes les impressions sensibles, y compris celles du tact, étant passives et matériellement simples, sont dénuées de toute relation à quelque existence, soit propre, soit étrangère; tandis que par ce sens unique, s'il était possible d'en isoler tous ceux qui rentrent essentiellement dans l'exercice des fonctions de la vie organique et animale, le moi se trouverait pleinement constitué, comme sujet d'un effort qui emporte nécessairement avec lui le sentiment d'une résistance.

C'est jusque-là qu'il faut creuser pour trouver l'origine du rapport d'extériorité et embrasser le grand problème des existences dans toute sa profondeur.

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