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ŒUVRES DE M. DE BIRAN
« l'humanité. C'est leur séparation réelle ou pos- « sible qui est le mystère. Quant à la liaison, elle « est donnée immédiatement parle fait deconscience, « puisqu'elle constitue le sujet même qui s'aperce çoit. »
Tels sont les quatre systèmes qu'on peut reconnaître dans la vie totale de l'homme. Ce ne sont point là les produits d'une analyse abstraite et arbitraire, mais des états réels, observables dans les phases diverses de l'existence. La vie réelle est le résultat de la lutte et de l'équilibre instable de deux forces opposées. La valeur d'une existence humaine dépend de la prépondérance acquise par l'un ou l'autre des éléments qui constituent cette existence double. Résister à l'action des éléments passifs d'une nature inférieure, resserrer toujours plus le cercle de leur influence, s'élever par des actes libres^ par la possession de soi-même, par la domination sur la vie animale vers les régions sereines de la raison, de la paix, d'un bonheur que les passions ne
troublent ni n'obscurcissent telle est la
fm légitime de l'homme. Ce but lui est clairement assigné par le fait qui constitue l'essence même de son existence personnelle, par l'éveil du pouvoir conscient et libre au sein d'une vie aveugle et fatale qu'il doit dominer toujours plus. Si nous faillissons à notre destinée, si la force consciente, infidèle à sa mission, sommeille dans notre sein, nous redescendons l'échelle de la vie proportionnellement aux de-grés de son abdication; nous redevenons de plus eu plus les esclaves des sensations, des impressions
INTRODUCTION DE ^ÉDITEUR
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du dehors, jusqu'à ce que le moi^ disparaissant tout à fait, l'homme proprement dit ait cessé d'être, pour ne laisser subsister que l'existence obscure de l'être simplement organisé et vivant. Aux deux extrémités du développement humain, se trouve donc, d'une part, la force personnelle et libre dominant la nature, de l'autre, la nature reprenant tout son empire, faisant rentrer l'esprit sous ses lois, et ramenant l'homme à l'animal.
Le lecteur a maintenant sous les yeux, dans ses bases essentielles, la doctrine formulée par M. de Biran, au milieu de sa carrière philosophique. Cette doctrine, sans doute, même réduite aux éléments principaux qui en forment comme le squelette, se recommande à l'attention par sa valeur propre, et sa formation spontanée dans l'esprit d'un penseur solitaire qui procède de l'école de Condillac en augmente l'intérêt. Toutefois , on n'en reconnaît véritablement tout le mérite , que lorsqu'on l'étudié dans les analyses ingénieuses et multipliées qui lui servent de fondement, et qu'on la suit avec une attention soutenue dans la richesse de ses conséquences.
Les écrits de M. de Biran sont dépourvus de tout éclat; ils n'ont rien qui frappe, rien qui attire au premier abord ; il serait facile de les parcourir d'un bout à l'autre, sans en discerner la valeur. Mais leurs mérites voilés apparaissent en proportion de l'effort que fait le lecteur. Ils donnent beaucoup, à qui leur accorde la peine qu'ils réclament; ils excitent la pensée et sont féconds par les idées qu'ils éveillent
OEUVRES DE M. DE BIRAN
autant que riches de celles qu'ils énoncent explicitement. Les amis de la philosophie en feront l'expérience, s'ils veulent entrer dans une voie qu'on leur indique en toute sécurité. Ces pages ne sauraient remplacer l'étude des textes qu'elles précèdent et n'en ont point la prétention ; je puis donc me borner ici à quelques indications rapides, relatives aux principales conséquences tirées par l'auteur des principes généraux qui viennent d'être exposés.
M. de Biran, dès ses débuts, avait été scandalisé de l'assertion de Cabanis que : « le cerveau digère « les impressions et fait organiquement la sécrétion « de la pensée. » Une fois en possession de sa théorie, il put apprécier complètement la valeur de la doctrine qui affirmait que : « le moral n'est que le « physique considéré sous certains points de vue « particuliers, » et élever une science nouvelle des rapports des deux éléments de la vie humaine, en opposition à celle de l'illustre médecin qui avait été l'un de ses maîtres.
Il n'oublie jamais la part faite à l'élément physique de notre nature, mais il trace ses limites d'une main ferme, et ne permet pas plus à la science de l'esprit d'oublier le corps, qu'à la science du corps de méconnaître l'esprit. Solidement fondé sur le terrain de la conscience et de l'observation intérieure, il juge et écarte facilement : le mécanisme de Hobbes qui supprime l'objet même de la psychologie; V animisme de Stahl qui, attribuant à l'action de l'âme, les fonctions organiques inconscientes, de même que