‹ Œuvres inédites;Chapitre 21 sur 33 · DU RAISONNEMENT · texte numérisé non relu

DU RAISONNEMENT

Définition du raisonnement (1).

Suivant plusieurs philosophes, la faculté de conclure du général au particulier constitue le raisonnement. De là cet énoncé de la doctrine de Kant que raisonner c'est subsumer dans une conception générale, c'est-à-dire rapporter à une telle conception donnée comme forme de l'entendement (ou formée d'après les conventions et les classifications du langage) plusieurs idées particulières.

Cette définition, ou cette manière de considérer le raisonnement, suppose que le sujet d'où l'on part, est toujours un terme général ou une idée de classe, de genre ou d'espèce. Dans ce cas, le principe du syllogisme, savoir : que tout ce qui est vrai du genre, l'est de tous les individus qui y sont renfermés, serait unique, sans nulle exception, et pourrait être ramené à cette forme : X est A ou = A ; or Z est X ou==X, donc Z=A. Le rapport de Z à A qui pouvait

(1) Voir les appendices I et II à la fin de l'ouvrage.

ne pas être immédiatement aperçu le devient par le moyen ou l'intermédiaire de X, et de son rapport avec A, rapport donné comme principe évident en lui-même, ou posé par définition arbitraire, ou par suite d'un premier procédé de classification. Le raisonnement n'est qu'un jeu de notions ou de signes ; c'est un véritable mécanisme où les équations logiques s'enchaînent les unes aux autres ; où l'on est conduit et forcé, comme le dit Condillac, à faire l'équation-X = A — B quand on a fait celle de X -j- B = A. S'il se glisse quelques procédés intellectuels dans ce mécanisme, ils ne peuvent consister que dans une sorte de retour de l'esprit sur les bases mêmes des classifications du langage, ou sur les analogies vraies ou feintes qui ont déterminé la réunion d'un certain nombre d'individus dans une même classe.

Il est remarquable que, dans ce point de vue, les idées générales ne sont considérées que selon leur extension^ ou selon la quantité des êtres à qui leur terme peut s'étendre, d'après les conventions du langage, et point du tout selon leur compréhension ou les qualités des éléments que renferment les différentes idées comparées. D'où il suit bien clairement qu'on peut faire abstraction des idées pour s'en tenir aux signes ou aux mots, et que raisonner c'est calculer, ajouter ou soustraire. Et comme le calcul se réduit à une langue, il en est de même du raisonnement. Il suit de là aussi que le terme le plus général étant le plus étendu et sous ce rapport, le plus composé, il doit être considéré comme renfer-

mant tout, et que c'est de lui que tout doit être déduit par la suite des équations logiques de la forme énoncée ci-dessus.

Cette doctrine, si séduisante par sa clarté, se trouve appuyée par toutes les habitudes de notre langage où les termes généraux abondent, où presque tous les sujets de nos propositions ou de nos jugements, énoncés avec des mots, sont des signes d'idées généralisées, de genres, de classes ou d'espèces, idées où se trouve renfermé implicitement ce que nous pourrions affirmer des objets de nos représentations ou idées particulières. C'est ainsi que la logique n'étant plus que l'art de parler se trouve ramenée à un seul principe et paraît exempte de toutes difficultés dans son application pratique comme art. Mais en est-il de même quand on veut remonter à ses principes comme science, et distinguer avec exactitude la nature diverse des sujets de nos jugements ou de nos raisonnements développés à l'aide de signes?

En laissant pour un moment de côté les signes et les formes logiques de nos langues pour faire attention aux choses, nous trouvons d'abord que les jugements d'observation ou d'expérience extérieure ont pour sujets individuels des touts concrets, des objets composés de diverses qualités sensibles. Chaque jugement est un pas fait dans la décomposition de l'objet. Tous ces jugements se rattachent, il est vrai, à une même substance fixe qui en est le sujet permanent, indécomposable en lui-même. Mais quoiqu'ils se fondent sur cette attribution, comme ils n'en sont point une dépendance immédiate, ils n'en dérivent

SYSTÈME RÉFLEXIF. m* CH. IV. 259

point nécessairement, et quelque longue ou régulière que soit la série des jugements d'expérience, ils ne forment point un raisonnement, puisqu'ils ne dépendent pas nécessairement les uns des autres ou d'un premier sujet. Ainsi, après avoir constaté successivement les diverses qualités ou propriétés de l'or, sa couleur, sa pesanteur, etc., je porte une suite de jugements sur cette substance ; et l'habitude de passer de l'un à l'autre avec promptitude et assurance, fait que, de certaines apparences sensibles que m'offrira ce métal, je déduirai toutes les autres propriétés que l'expérience y a fait reconnaître. On pourrait dire que je conclus ces propriétés d'un raisonnement tacite ou exprimé tel que celui-ci :

Tout corps d'un jaune brillant qui offre certaines apparences, renferme toutes les propriétés de l'or.

Le corps que je vois présente ces apparences.

Donc il est or.

Mais qui ne voit que cet énoncé n'a que la forme du raisonnement et ne repose que sur une induction d'analogie, sujette à tromper à chaque instant? Quand même cette analogie résulterait d'un million d'expériences, la liaison affirmée ou conclue n'en serait pas plus nécessaire, et la majeure n'en serait pas moins fausse, puisqu'elle érige en principe absolu une vérité de fait particulière et contingente. Enfin, l'énoncé ci-dessus n'en serait pas moins tout à fait frivole, puisqu'il ne représente en aucune manière ce qui se passe dans notre esprit à la vue d'un objet qui offre telles apparences sensibles. Nous lui donnons tel signe, ou affirmons qu'il est le même

auquel nous sommes accoutumés à lier tel signe, sur le témoignage de l'imagination ou de la mémoire.

Ce que nous venons de dire s'applique à toutes les déductions de l'expérience, de quelque nature que soient les objets, les idées ou les notions dont nous pouvons chercher à constater les rapports par cette voie ou, comme on dit, a posteriori, car les rapports de certaines idées abstraites peuvent n'être fondés aussi que sur l'expérience, ou se réduire à de simples vérités de fait, ou à des liaisons contingentes. Il en serait ainsi, par exemple, si après avoir formé une infinité de triangles de toute espèce, de toute grandeur, et ayant mesuré chaque fois la somme des angles avec un rapporteur on voulait en conclure que cette somme équivaut toujours à deux angles droits, ou encore si un calculateur qui ne connaîtrait que par routine les règles de l'arithmétique, concluait que dans une proportion le produit des extrêmes est égal à celui des moyens, parce qu'il l'a toujours vu ou éprouvé.

Concluons avec Leibnitz (1) que la liaison simple des perceptions ou des jugements d'expérience d'après laquelle se dirigent les animaux, et l'homme même en tant qu'il n'est qu'animal, n'étant fondée

(1) Les hommes agissent comme les bêtes en tant que les consécutions de leurs perceptions ne se font que par le principe de la mémoire, ressemblant aux médecins empiriques qui ont une simple pratique sans théorie; et nous ne sommes qu'empiriques dans les trois quarts de nos actions. Par exemple, quand on s'attend qu'il y aura jour demain, on agit en empirique, parce que cela s'est toujours fait ainsi jusqu'ici. Il n'y a que l'astronome qui le juge par raison. {Monadologie, § 28.)

que sur la mémoire des faits ou sur l'imagination, et nullement sur la connaissance des causes, diffère essentiellement de la raison ou de la faculté de raisonner. Cette dernière faculté procède, sinon d'après la connaissance exacte, du moins d'après l'idée de l'existence de ces causes, d'où elle cherche à déduire certaines vérités nécessaires. Concluons encore que le raisonnement véritable dépend des vérités nécessaires ou éternelles, comme sont celles de la géométrie, des nombres, de la métaphysique, où se trouve la connexion indubitable des idées et les conséquences infaillibles.

Ce que nous venons de dire de la suite des jugements dont le sujet est une idée d'objet ou de fait individuel composé, s'applique à plus forte raison à la suite des jugements dont le sujet est une idée générale complexe. Car une telle idée ne se forme que de ce qu'il y a de commun entre les objets ou les faits particuliers de l'expérience. Elle ne peut donc jouir par elle-même d'aucune des propriétés qui n'appartiennent pas à ses éléments. Or, ces éléments sont des rapports de ressemblance qui , dépendant de la nature des qualités ou modifications comparées, sont variables et contingentes comme elles. Les jugements qui résolvent une idée générale, ou une notion, dans ses éléments particuliers, n'ont donc entre eux qu'une simple liaison expérimentale. Ils ne dépendent point nécessairement les uns des autres ni de leur sujet, et l'analogie qui les unit ne peut être ramenée à l'identité qu'au moyen de certaines formes logiques dont nous avons reconnu le vide.

Quand je dis : « Tout animal est vivant, sensible, doué de mouvements spontanés, se nourrit, croît, se se propage, vieillit, dépérit et meurt, » je résous la notion dans ses éléments, ou je définis l'idée générale et complexe d'un sujet artificiel. Pour que cette suite de jugements universels constituât un raisonnement véritable, il faudrait que j'aperçusse la dépendance nécessaire où chacune de ces qualités se trouve à l'égard de ce qui constitue l'essence réelle de l'animal, ou que je pusse voir comment de l'existence d'une propriété constitutive de l'essence de l'animal, telle que la vie ou l'organisation, par exemple, dérivent nécessairement tous les autres attributs ou qualités : l'animal est un corps organisé , donc il sent , donc il se meut, etc.,. Alors seulement il y aurait une suite de jugements synthétiques qui viendraient ajouter à l'idée, des éléments homogènes dérivés de son essence et de sa définition réelle, par des relations nouvelles aperçues, mais non pas renfermées, comme on le dit souvent, dans cette définition ou cette essence. De ce que l'homme est animal il s'ensuit bien qu'il a tous les attributs, toutes les qualités dont la collection est exprimée par le terme général complexe animal, et cela est également vrai de tous les individus que le même signe embrasse dans son extension. Tant que les termes conservent la même signification, qui leur a été donnée en formant le langage, il est vrai de dire que ce qui est affirmé d'un signe, terme général, doit l'être par cela même de tous les signes qui y sont compris. Mais il faut bien distinguer cette sorte de nécessité

! SYSTftME RÉFIjEXÏF, — CTÎ. TV.

logique, qui dépend de la valeur constante des signes que nous avons faits et que nous pouvons changer, des vérités dérivées de la nature même des choses, ou des idées que nous ne faisons pas nousmêmes, et qu'il ne dépend pas de nous de concevoir autrement.

Disons donc encore que la suite des jugements qui analysent, ou résolvent dans ses éléments, une notion générale complexe, considérée sous le douhle rapport de sa compréhension et de son extension, ou qui concluent du général au particulier, ne constitue pas le raisonnement proprement dit. Une suite de jugements, ou de rapports de ressemblance, forme une idée de classe, en s'élevant de l'individu à l'espèce et de l'espèce au genre, ou analyse cette idée en revenant du genre à l'individu ; mais classer n'est pas raisonner.

En quoi ferons-nous donc consister le raisonnement?

Je puis répondre maintenant, sans hésiter, que le raisonnement effectif consiste : dans une suite de jugements synthétiques, qui ont tous un sujet, commun, simple, un, universel, réel, et qui sont liés de telle manière que l'esprit aperçoive leur dépendance nécessairement réciproque, sans recourir à aucune idée ou notion étrangère à l'essence du sujet, ou aux attributs qui peuvent s'en dériver. En d'autres termes, c'est la faculté d'apercevoir des relations entre des êtres simples, ou entre les divers attributs d'un même être simple ; ce qui suppose la faculté de concevoir cet être tel, ou de juger qu'il existe, ou celle

de faire des actes réflexifs qui est la véritable faculté mère. Tout ce qui est affirmé d'un tel être n'est pas renfermé en lui, comme le particulier l'est dans le général (car il ne s'agirait plus du simple), mais lui est attribué comme une dépendance nécessaire de sa nature, ou de l'idée sous laquelle nous le concevons, et par une relation d'effet à la cause, d'attribut à l'essence.

Le jugement réfléchi, consistant dans la relation aperçue entre chacun des attributs d'un sujet et son essence tout entière, suppose que nous avons une idée, ou une notion simple de ce sujet, ou du moins que cette idée ne se forme que d'éléments homogènes parfaitement identiques entre eux, qu'elle est à portée de notre esprit et qu'elle lui est immédiate; car autrement, nous ne pourrions connaître l'essence du sujet de cette idée. Telles sont nos idées d'étendue, de nombre, et aussi celles de cause, de force. Les relations, dont il s'agit, des divers attributs à leur sujet diffèrent absolument des rapports de ressemblance dont se forment les classes, en ce que les objets de comparaison entre lesquels ces derniers rapports sont aperçus, sont les uns hors des autres, ou que tout vient du dehors de celui qui sert de principal terme de comparaison, tandis qu'au contraire dans les jugements réfléchis tout vient du dedans même du sujet auquel la pensée s'attache; tout sort de son propre fond, et lors même que les relations sont les plus composées, c'est l'essence ou une partie de l'essence de ce sujet identique qui se reproduit sous différentes formes, se répète, se multiplie ou

SYSTÈME RfiFLEXrF. — CH. IV. 265

s'ajoute à elle-même, comme l'unité pour produire les différents nombres (1).

Que par un acte, ou une suite d'actes d'abstractions réflexives, je sois parvenu à la conception nette des deux éléments du fait de la conscience : le moi et la résistance, la force qui meut mon corps et celle qui résiste, j'ai des idées abstraites parfaitement simples, ou exemptes de toute composition d'éléments. Or, il est impossible de faire subir à ces idées des réalités existantes, aucune résolution ultérieure. Elles ne peuvent ni se décomposer en parties comme celles des touts concrets, ou des images qui se représentent aux sens externes ou à l'imagination, puisqu'elles n'ont rien de sensible ou de composé ; ni se résoudre en éléments nouveaux, comme les notions générales, formées des rapports de ressemblance, qui ont toujours une certaine compréhension et une extension quelconque. Voilà donc des sujets individuels (les seuls qui ont en effet une individualité très-précise) sujets de jugements très-nombreux.

L'on dit très-bien que la métaphysique et les mathématiques sont des sciences de raisonnement, parce qu'elles se composent de vérités nécessaires ou de jugements se rattachant tous à un même sujet simple, dont l'essence une ne fait que se reproduire.

(1) Le point mathématique, la ligne droite, peuvent se répéter ou se multiplier à l'infini ; mais ce que je dis de la ligne droite que j'ai sous les yeux convient bien évidemment à toutes les lignes que je pourrai tracer, non point comme ce qui est dit du genre convientà l'espèce, mais comme ce qui est affirmé d'un être ou d'une pure idée est identiquement vrai autant de fois que je l'énonce : ce qui est, est. Nous voyons ici combien les principes généraux diffèrent des abstractions, ou l'analogie de la simple identité.

si,

Ce n'est pas comme dans les équations logiques, formées entre le signe du genre et celui de l'individu de qui l'on affirme dans la conclusion l'attribut ou la qualité qu'on a affirmée du genre dans la prémisse, parce qu'on l'y avait mise.

Le principe du syllogisme que tout ce qui est vrai d'un genre ou d'une classe est vrai de tous les individus qui y sont compris , n'a trait qu'à la vérité conditionnelle, car les classes sont des ouvrages de l'esprit. Et d'ailleurs, lorsqu'il s'agit de rapports perçus ou supposés entre des qualités ou des modes qui varient dans les individus comparés, ou dans le même individu comparé à lui-même, à des époques différentes, on forme le plus souvent des équations fausses entre le terme du genre, qui renferme toujours conditionnellement ce qu'on y a mis, et le signe de l'un quelconque des individus dont on affirme tel rapport de ressemblance avec les objets qui ont servi de modèle, ressemblance qu'il n'a plus, ou peut-être qu'il n'a jamais eue exactement. S'agit-il au contraire d'idées universelles, ou de ces attributs essentiels qui se trouvent également dans tous les objets auxquels la pensée peut s'attacher, qui n'y varient jamais en plus ou en moins, et sont enfin les conditions nécessaires de toute représentation possible, il ne s'agit pas d'un terme de genre ou de classe, mis en équation logique avec un signe d'individu, mais d'un terme proprement individuel, mis en équation réelle avec un autre signe qui exprime la même essence identique sous une autre forme,

STSTËME RÉFLEXIF. ~- CH. IV, 267

En ce cas, le principe du syllogisme doit être énoncé de cette manière : tout ce qui est vrai du sujet (Tune idée universelle, est nécessairement et identiquement vrai du même sujet, considéré dans d'autres relations ou combinaisons quelconques. Ainsi il est nécessairement et identiquement vrai que la ligne droite étant la plus courte entre ses extrémités , un côté du triangle est plus petit que la somme des deux autres. C'est la même propriété du sujet , énoncée sous deux expressions différentes. Les angles formés par la même sécante , et par des lignes parallèles étant égaux , les angles alternes-internes et externes sont aussi égaux, et par suite , les trois angles du triangle valent deux droits. C'est encore un sujet identiquement le même qui se reproduit sous des formes différentes.

On a appelé les sciences mathématiques, sciences de vérités conditionnelles : ce sont pourtant celles qui se rapprochent le plus de la vérité absolue, puisque c'est par elles seules que nous connaissons, sinon la nature réelle des choses en soi, des noumènes, du moins les véritables relations qui sont entre ces noumènes, et que nous pouvons affirmer avec assurance être fondées en eux, ou dans la nature. En effet, ces relations persistent toujours les mêmes, et sont indépendantes de toutes les variations de notre sensibilité; elles seraient encore les mêmes pour nous, quand nous serions différemment organisés, tandis que les rapports de ressemblance venant à changer, dans ce cas, nos classes et nos genres ne pourraient subsister,

Si, comme toutes les analogies nous portent à le croire, il y a des intelligences supérieures à l'homme, tout ce qu'il peut y avoir de commun entre elles et nous consiste dans la perception de ces relations éternelles, nécessaires, fondées sur la nature même des choses ou des êtres, et non sur les rapports incertains et variables de nos sens. Qu'est-ce qui prouve mieux la réalité des existences hors de nous, que cet accord admirable entre les résultats d'un calcul mathématique des distances, des temps, des mouvements, et les phénomènes qui se reproduisent d'après ces lois dans des intervalles déterminés et prévus d'avance? Si le soleil, la lune, la terre n'étaient que des phénomènes sans réalité, comment le calcul des éclipses serait-il si infaillible ? Si les comètes étaient de purs phénomènes passagers comme les météores, comment leur retour pourrait-il être prédit et calculé à l'avance? Nous ne savons bien avec certitude que ce que la raison nous apprend.

Les philosophes ont distingué ordinairement le raisonnement exprimé par des signes, de tous les procédés intellectuels qui servent à le préparer ou à l'exécuter. En faisant ainsi abstraction du fond même du raisonnement pour s'en tenir aux formes qu'il prend dans nos langues, on a réduit pendant longtemps toute la logique à une énumération plus ou moins détaillée des diverses formes ou figures du syllogisme, où des esprits du premier ordre ont cru voir une sorte d'algèbre universelle des idées (1).

(1) Voyez Leibnitz.

En effet, comme nous pouvons exprimer dans des formules algébriques les relations constantes et universelles de certaines grandeurs, abstraction faite de l'espèce de ces grandeurs ou de leur valeur numérique déterminée, il semble que nous puissions de même exprimer les rapports généraux des idées de tout genre, dans certaines formules générales qui, étant indépendantes de la nature ou de l'espèce des idées signifiées, contiendraient des raisonnements tout préparés à l'avance, et portant en eux-mêmes leurs moyens de vérification, ou le critérium de leur exactitude pour tous les cas de détail qu'embrasse la formule. Mais, s'il y a des rapports tels qu'ils dépendent absolument de la nature des idées, ou des modifications comparées, il est bien évident que les signes qui expriment ces rapports, et par suite, les formes logiques qui ne sont que des fonctions de ces signes, liés entre eux d'une manière quelconque, ne peuvent jamais être abstraits des idées elles-mêmes. Par suite, les procédés intellectuels qui consistent à déterminer ou à rappeler ces idées, dans chaque cas particulier, ne pourront jamais être séparés de l'application de la formule : celle-ci ne pourra point dispenser d'y avoir recours, comme dans les cas où, les relations étant indépendantes de la nature des idées, ou des modes qui en sont les objets, nous pouvons apercevoir et exprimer les unes sans les autres.

Il faut donc opter, ce me semble, entre ces deux partis : ou borner l'opération que nous appelons raisonner à apercevoir et déduire les relations qu'ont entre eux les êtres simples, qui sont les objets pro-

près de la raison, ou convenir qu'il y a autant d'opérations différentes auxquelles s'applique ce même mot raisonnement, qu'il y a d'espèces de jugements ou de rapports entre les idées, c'est-à-dire autant qu'il y a de systèmes d'idées ou de modifications diverses.

Le raisonnement, considéré sous le point de vue le plus général, a pour objet de déterminer entre deux idées quelque rapport nouveau qui n'est pas aperçu directement ou immédiatement par l'esprit. Ce rapport ne peut être que d'inhérence ou de causalité.

L'idée actuelle d'un être comprend actuellement pour nous celle de tous les attributs essentiels qui le constituent objet existant pour nous, jointe à celle de toutes les propriétés ou qualités variables que les sens y découvrent. La coexistence de ces attributs et l'attribution de ces qualités à l'objet, se fondent sur autant de jugements successifs d'expérience, qui ne peuvent établir entre eux aucune liaison permanente. Mais si nous voulions chercher comment ces propriétés découlent toutes d'une première, ou ne sont qu'autant d'expressions différentes d'une même essence, la faculté de raisonner entrerait alors en exercice, et devrait seule opérer la liaison des jugements qui seraient alors identiques. En partant d'un premier attribut, tel que la pensée par exemple , ou le sentiment d'individualité qui constitue le sujet moi, ou la résistance qui constitue pour nous ce que nous appelons corps, nous déduirions tous les autres attributs ou modes que nous connaissons, par le sen-

timent intime dans ce sujet, ou par représentation dans cet objet.

Je n'examine pas actuellement s'il y a quelque science complète du sujet ou de l'objet, ainsi créée tout entière par le raisonnement, ou la déduction d'un seul principe ou attribut constitutif. Il suffit que les mathématiques et la psychologie pure fournissent des exemples de la possibilité d'une telle science, et de la manière dont le raisonnement s'y prendrait pour la former.

En partant de l'idée première de force et de résistance, donnée par le fait primitif, nous pourrions voir comment cette résistance n'est connue que par la réaction opposée à notre effort, et qu'elle n'emporte point nécessairement l'idée d'étendue. Cette étendue n'est qu'une continuité de résistance, et, par conséquent, a une liaison nécessaire avec un premier terme qui n'est pas étendu. Ce premier terme est l'unité. L'idée d'étendue ajoute quelque chose à celle de force qui résiste ; c'est, une notion synthétique qui se lie au premier terme par l'identité ou la répétition du même élément. Il en est de même de l'impénétrabilité, de la mobilité, etc.

Dans la série de ces jugements, il y a deux choses à considérer, savoir : chaque jugement pris en luimême et la nature du lien qui l'unit à celui qui le précède, et à celui qui le suit, en remontant jusqu'au premier de tous. Je pourrais affirmer du même objet chaque attribut ou propriété d'expérience, en disant : le corps que je touche ou qui résiste à mon effort, est un solide impénétrable, mobile, etc., et je

porterais ainsi une suite de jugements qui se rattacheraient tous à un même sujet, sans avoir aucune liaison les uns avec les autres. Je pourrais, de même, affirmer une série d'effets de la même cause ou force, qui est moi ou qui n'est pas moi, sans voir comment ces effets dépendent les uns des autres. Dans le premier cas, c'est le rapport intuitif d'existence, dans le deuxième cas,, c'est celui de causalité qui se répètent identiques dans tous les jugements d'expérience, sans qu'il y ait aucune identité perçue, en passant de l'un de ces jugements à l'autre. Que faut-il pour établir cette identité, ou transformer la liaison contingente en une liaison nécessaire ? Il faut apercevoir que tous les attributs dépendent du premier, ou sont autant de fonctions particulières de la même essence; que tous les effets tiennent aussi au premier, à celui qui est immédiatement dérivé de la cause, et dépendent de ce premier ou en sont des fonctions, comme celui-ci dépend immédiatement de sa cause.

On peut voir ici combien est illusoire cette maxime qui fait consister tout le raisonnement dans une traduction ou une substitution de signes. Avant de substituer les signes ou d'en faire la traduction, il faut que l'esprit ait conçu que l'idée dont il veut employer l'expression, comme intermédiaire propre à le conduire entre l'idée d'où il part et celle où il veut arriver, est identique ou analogue à l'expression de l'énoncé. Le rapport des idées ou leur dépendance du premier fait est donc une condition première. Ramener tous les procédés du raisonnement à une simple traduction du langage, c'est faire jouer à la

mémoire un rôle purement mécanique dans le raisonnement, et faire abstraction des véritables procédés intellectuels qui servent à lier nos jugements les uns aux autres, à partir de l'intuition immédiate.

L'intuition est la vue immédiate de l'entendement. La déduction est une vue médiate. La première se fonde sur la réflexion, la seconde sur la mémoire. Tout ce qui importe, c'est de ne pas confondre la vue claire et distincte de l'entendement avec la vue claire de l'imagination et des sens, comme la reproduction des images et de purs signes avec le souvenir des actes intellectuels. D'où l'on voit que toute théorie logique se réduit à l'analyse exacte de nos facultés intellectuelles ou de nos véritables moyens de connaître. Tout l'art du raisonnement, ou la logique pratique, se réduit à appliquer ces facultés à leurs objets propres, savoir : l'intuition aux vrais principes ou aux faits primitifs qui sont la base de toute science ; la déduction et la mémoire intellectuelle aux conséquences, sans chercher à déduire de principes plus éloignés ce qui frappe immédiatement notre vue intellectuelle, comme sans croire voir immédiatement ce qui ne peut qu'être déduit.

De l'intuition intellectuelle.

L'objet d'une intuition est donné nécessairement comme simple a l'esprit qui l'embrasse par une

seule vue distincte et simultanée. Il n'y a pas de décomposition ultérieure qui puisse faire mieux connaître cet objet qu'il ne l'est par le seul fait de sa présence immédiate à l'esprit. Comme l'unité numérique n'est pas susceptible d'être résolue ni mieux connue par aucune décomposition, de même l'acte par lequel le moi s'aperçoit lui-même, comme sujet de l'effort inséparable d'une résistance , ou comme cause libre qui commence le mouvement, est simple et simultané, irrésoluble en quelque autre acte plus simple, d'où il dépende ou qui lui soit antérieur. L'acte par lequel le même moi sent immédiatement une résistance ou un terme qui s'oppose à son effort dans l'espace, est également simple et irrésoluble en lui-même.

La faculté d'abstraire, appliquée à la notion d'un objet intuitif, revêtu d'un signe, y découvre des parties, ou des relations élémentaires qui se distinguent à l'aide des signes, mais qui ne sont plus en ellesmêmes objets d'intuition. Ainsi, quoique nous distinguions dans les signes le moi ou l'effort, de la résistance, la figure de l'étendue, et la limite de la figure, il n'y a pas d'intuition réelle du moi, séparée du sentiment d'une résistance ou de la cause du mouvement, point d'intuition de l'étendue sans la figure (1). Mais en même temps que les signes décom-

(1) Lorsque les éléments distingués dans le groupe même par l'intuition de l'esprit en sont tout à fait séparés par l'abstraction, et au moyen des signes qui leur donnent une sorte d'existence à part, il n'y a plus d'intuition directe qui s'attache à ces éléments séparés ; et lorsque le langage les transforme en sujets logiques ou artificiels, les jugements consistent tous dans la forme et n'ont plus

posent l'objet d'intuition ou divisent le tout en parties, l'entendement voit ces parties dans le tout comme indivisiblement et nécessairement liées à son existence. De là la suite des jugements intuitifs, qui développent l'essence du sujet, ou rendent sa notion, non pas plus claire ni plus distincte en elle-même, mais plus adéquate.

On ne peut considérer les relations nouvelles aperçues entre ces éléments, comme préexistantes dans les composés, car que peuvent être des relations qui ne sont point encore aperçues par l'intuition de l'esprit? Il arrive souvent que l'on confond les éléments qui composent une idée ou une notion, avec les relations aperçues entre ces éléments et par suite, dans mon langage, Y intuition avec le jugement intuitif.

de fond. Quoique nous ayons les signes de la figure , par exemple, séparée de l'étendue, du mouvement séparé de l'espace et du temps, nous n'en avons pas pour cela l'intuition de ce simple abstrait, séparé du groupe; mais l'intuition consiste à voir ces éléments (ou, suivant le langage de Descartes, ces natures simples) distincts dans le groupe même, sans en être séparés ou abstraits ; et le jugement intuitif consiste à affirmer d'une notion composée, telle que le mouvement, la relation de l'espace parcouru dans un temps, etc. D'où il résulte que si nous voulons prendre pour sujet une nature simple, ou un pur abstrait séparé du groupe où il est coordonné, il n'y a plus rien à voir ni à juger , comme si nous voulions raisonner sur la figure séparée de l'étendue, ou sur le mouvement séparé de la chose mue dans un espace et un temps, ou sur l'âme séparée du moi ; en général, sur la substance séparée de tout attribut, ou sur un mode séparé de la substance.

L'erreur perpétuelle des métaphysiciens allemands est de confondre l'abstraction avec l'intuition, et parce qu'ils joignent des signes les uns aux autres, de croire former des séries de jugements intuitifs. Il faut bien s'assurer que partout où l'existence n'entre pas, il n'y a pas d'intuition, et que si nous parvenons à des notions abstraites îrrésolubles, il n'y a plus de jugements intuitifs à porter.

Tous les éléments d'une idée peuvent bien être dits renfermés dans cette idée, et c'est là que s'applique le principe de Descartes : Nous pouvons affirmer d'une chose tout ce qui est compris dans L'idée claire , distincte , ou intuitive, que nous en avons. Mais toutes les relations que nous pouvons découvrir, ou apercevoir entre ses éléments, ne peuvent être dites renfermées dans cette idée avant que l'esprit les aperçoive. Ici le principe de Descartes ne s'applique que d'une manière ambiguë, car les nouvelles relations que nous apercevons entre les éléments s'ajoutent bien à la notion distincte que nous avions d'abord de la chose, mais ils n'y sont point ou ne peuvent en être affirmés de la même manière que ses éléments constitutifs. Par l'intuition, nous voyons ce qui est dans nos idées; par le jugement intuitif, nous y mettons ce qui n'y était pas auparavant ; nous composons nous-mêmes ces séries de relations qui sont l'ouvrage de notre esprit.

Il faut donc dire que chaque jugement intuitif ajoute au groupe ou au composé premier, qui sert de point de départ, une relation nouvelle qui entre comme élément surajouté à ce composé, dont la notion devient ainsi de plus en plus distincte et adéquate. Chaque jugement intuitif est synthétique et leur suite forme une véritable synthèse, composition, ou mieux encore surcomposition de l'idée, ou du fait primitif donné par aperception interne.

Voici donc les progrès de l'esprit, à partir de l'intuition première, qui est pour l'entendement ce que l'impression est pour le sens et l'imagination.

1° Intuition de l'objet simple, en tant que l'entendement embrasse son essence tout entière, et par une seule vue immédiate, sans aucune opération qui précède. Telle est l'intuition de notre existence, du moi sujet métaphysique, et de l'étendue résistante, sujet mathématique.

2° Abstraction ou décomposition de ce sujet exprimé par un signe, en notions partielles, élémentaires, plus simples logiquement, mais non intuitives, ni plus simples sous le point de vue de l'intuition, puisqu'elles sont des résultats d'opérations antérieures que leurs signes servent à indiquer et rappeler.

3° Union de ces notions ou relations abstraites au premier objet d'intuition , d'où suit la composition logique de cet objet, dont la nature simple ne change point en réalité. D'où les jugements intuitifs, qui se fondent sur l'aperception d'une liaison nécessaire entre le sujet et les attributs, qui expriment son essence, la développent, s'en dérivent.

Avant que cette proposition^ pense, j'existe moi, puisse être exprimée par ces signes séparés :jà, pense, existe * l'existence du moi est donnée par aperception interne ou intuition immédiate. L'acte intellectuel, qui unit l'existence et la pensée comme attributs inséparables de l'essence du sujet moi, est un jugement intuitif : celui-ci s'appuie sur les signes, l'intuition en est indépendante.

Cette autre proposition, je suis cause du mouvement, est encore une intuition immédiate, indépendante des signes qui l'énoncent comme jugement

intuitif. Ces termes, cause, libre mouvement ne font que développer la notion première et simple du moi, ou du sujet moteur et pensant, sans la composer d'aucun élément nouveau étranger. Le jugement affirme une liaison nécessaire entre des termes qui étaient impliqués ensemble et comme fondus les uns dans les autres sous la même intuition préexistante.

Toute conception d'une liaison nécessaire se fonde sur un jugement intuitif, et réciproquement tout ce qui n'est pas conçu sous ce rapport de liaison nécessaire mais comme contingent, c'est-à-dire pouvant être ou ne pas être, n'est pas objet d'intuition ou ne peut donner lieu à un jugement intuitif. Tel est le caractère qui difFérentie les axiomes, ou les vérités de certitude absolue, des simples croyances, des jugements de probabilité ou vérités de fait. La ligne droite est le plus court chemin, est un jugement intuitif, qui joint au groupe de points coordonnés dans cette direction, exprimée par le mot droit, la relation d'être plus courte, qui est un résultat nécessaire de ce mode de coordination, etc. Le soleil se lèvera demain, est un jugement de probabilité où le fait affirmé du soleil n'a pas de relation essentielle avec l'idée qui le représente.

Les éléments constitutifs de l'idée d'un objet d'intuition sont déterminés en nombre, par la nature même de notre intuition, qui embrasse tout l'objet d'une simple vue, le triangle par exemple. Mais les relations entre ces éléments peuvent être infinies. Nous avons l'intuition de l'espace et de chacune de

ses dimensions, mais qui peut limiter le nombre des relations des figures, etc. ?

La même liaison nécessaire qui existe entre les éléments de l'idée d'un sujet d'intuition, tel que l'espace, le moi, etc., doit exister entre les jugements intuitifs qui affirment les relations entre ces éléments; mais ces relations, quoique nécessaires et intuitives, chacune à part, ne sont pas aperçues simultanément, comme les éléments mêmes du groupe. Une intelligence supérieure aurait l'intuition égale et simultanée des éléments de l'idée, et de toutes les relations actuelles ou possibles de ces éléments, cette intelligence serait surhumaine, ou comme dit Leibnitz, supra mundana.

De la déduction en général.

« Il y a des cas, dit Leibnitz (1), où la raison ne « peut être appliquée, mais où aussi on n'en a point « besoin, et où la vue vaut mieux que la raison. « C'est dans la connaissance intuitive, où la liaison « des idées et des vérités se voit immédiatement. »

Nous devons reconnaître, en effet, qu'il y a un certain nombre de vérités primitives, ou de relations entre des êtres simples, que nous apercevons immé-

(1) Nouveaux Essais sur l'Entendement humain, livre iv, chap. xviî.

diatement, ou qui sont l'objet de nos jugements que nous appelons intuitifs, et dont notre esprit fait un usage premier et nécessaire, alors même qu'il ne s'en rend pas compte. C'est là la base de la raison et de toute vérité démontrée. Mais ce qui sert de base à la raison, ou de principe à toute déduction raisonnée, ne peut devenir objet du raisonnement, ou dépendre de ses conclusions, de ses formes : là où tout aurait besoin d'être démontré par le raisonnement, rien ne le serait ; la chaîne la plus longue et la mieux tissue des déductions ne se rattacherait nulle part, et flotterait en l'air (1).

Il y a des vérités premières, évidentes par ellesmêmes : ce sont les faits primitifs du sens intime ou leurs déductions les plus immédiates, c'est-à-dire les relations que notre esprit aperçoit ou établit entre des êtres simples. S'il n'y avait pas de faits primitifs, ou de jugements intuitifs qui servissent de base assurée à la raison, il n'y aurait pas de raison.

Il y a des vérités secondaires qui sont certaines, évidentes, non par elles-mêmes, mais par leur dépendance, ou liaison nécessaire avec les premières vérités d'intuition. La raison a pour fonction essentielle de reconnaître cette dépendance nécessaire ou d'établir cette liaison. Elle y parvient en formant une chaîne continue de jugements, qui sont comme

(1) «Ces vérités ne peuvent se démontrer, et cependant ce sont les fondements et les principes de la géométrie. Mais comme la cause qui les rend incapables de démonstration n'est pas leur obscurité, mais au contraire leur extrême évidence , ce manque de preuves n'est pas un défaut, mais plutôt une perfection. » (Pensées de Pascal, Réflexions sur la Géométrie en général.)

une suite de chaînons intermédiaires entre la première vérité, ou le principe évident par lui-même, et la conséquence, ou le dernier jugement qui n'est pas certain par lui-même , mais le devient par des relations connues avec ceux qui précèdent, jusqu'au premier à qui convient exclusivement le caractère d'intuition immédiate.

Une suite de jugements intuitifs, de vérités premières, ou d'axiomes, ne saurait constituer un raisonnement, car, par cela seul que les vérités sont premières, elles ne peuvent se lier, se transformer ou se déduire les unes des autres. C'est, pour ainsi dire, comme les nombres premiers qui n'ont d'autre mesure commune que l'unité à laquelle tous se rapportent. Soit la suite de jugements représentée par cette série de rapports A. B. C. D. E. F. G. Que le premier de ces rapports À. B. soit représenté comme évident par lui-même : un axiome mathématique ou psychologique, un jugement intuitif comme : la ligne droite est la plus courte entre ses extrémités ; le moi est cause des actions libres; de la relation évidente de A. à B. je déduis, suivant la loi d'identité, ou de dépendance nécessaire, la seconde relation qui n'est plus évidente par elle-même, mais qui est certaine comme dérivant de la première; et de celle-ci la troisième C. D. qui est une suite de la deuxième, et par suite de la première, et ainsi de suite jusqu'à la dernière relation de F. à G. qui est très-compliquée, très-obscure , si l'esprit la considère isolément, mais qui est aperçue comme une dépendance nécessaire de celles qui la précèdent immédiatement,

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