‹ Œuvres inéditesChapitre 12 sur 63 · SA VIE ET SES ŒUVRES XI · texte numérisé non relu

SA VIE ET SES ŒUVRES XI

cosmétiques, implore-t-il le secours et les consolations de ses amis d'enfance, adjure-t-il l'ingrate de ne pas le délaisser : il doit renoncer pour toujours à l'espoir de se faire aimer d'elle.

Une telle déception, qui fut la première grande douleur de sa vie, imprima à la muse de Motin cette teinte mélancolique qui reparaît dans toutes ses œuvres, lors même que l'auteur se laisse aller aux caprices les plus échevelés de son humeur satirique.

Du reste, Phorizon politique s'assombrissait tous les jours davantage. Motin, qui avait espéré, comme tant d'autres avant et après lui, trouver sa fortune dans la couronne de laurier des poètes, constatait avec douleur que « depuis six années » consacrées au culte des Muses il n'avait amassé que des rhumes et des rhumatismes. Aussi déclare-t-il formellement qu'il renonce à la poésie, la pire des professions, surtout pendant la guerre civile. N'eutil pas aussi d'autres déboires à la même époque? Dans un cantique, qui cependant pourrait bien n'être qu'une paraphrase d'un psaume connu, il parle en termes assez vagues de persécutions subies par sa famille, par ses frères, etc. Dans une autre pièce, il déclare qu'il va se faire capucin. A cette époque les amoureux dépités semblent avoir choisi les couvents de cet ordre ' comme le

i. Les capucins ouvrirent un couvent à Bourges en 1588.

Xll MOTIN

refuge des passions malheureuses; mais autre chose est de l'écrire, autre chose est d'y entrer '. En tout état de cause, le recueil de poésies inédites de Motin, tel que nous le publions, est évidemment une oeuvre de sa jeunesse. Il a été écrit entièrement à Bourges, et l'auteur a dû le composer vers sa dix-huitième année, c'est-à-dire à partir de 1584; il le termina en 1 590, quelques mois après la mort de Cujas, au plus fort de la guerre civile. Nous devons ajouter que, certaines de ses pièces rappelant des faits et des dates de l'histoire locale de Bourges, nous les avons contrôlés et vérifiés d'après les documents authentiques laissés par Catherinot, La Thaumassière, etc., etc.

La tourmente s'était apaisée. Le roi Henri avait acheté Paris au prix d'une messe, et la France commençait à respirer.

Les poètes , qui se taisent , comme les oiseaux, pendant l'orage, reprenaient leur lyre, pour parler le langage du temps; et, comme pour mieux caractériser ce réveil de l'esprit humain, Despinelle

Page 1