‹ Œuvres inéditesChapitre 16 sur 63 · XVI MOT IN · texte numérisé non relu

XVI MOT IN

que nous ne puissions affirmer qu'il ait eu affaire à une ingrate. Et encore cette ingrate devait être une très grande dame. Nous hésitons entre la reine Marguerite, qui, malgré son âge respectable, avait des égards tout particuliers pour la pléiade poétique du temps, et la marquise de Verneuil, dont le frère, le comte d'Auvergne, était un ami de Motin. Toujours est-il que cette passion eut pour le pauvre poète des suites funestes, des coups de bâton, assure un contemporain, qui a consigné ce piquant détail dans une note manuscrite accompagnant le sonnet oià Motin rappelle un peu trop crûment sa bonne fortune, hélas ! de si courte durée.

Le ressouvenir et le ressentiment de telles catastrophes ont laissé leur empreinte sur l'œuvre du poète; mais cette fois l'empreinte sera ineffaçable; la grâce et l'exubérance enthousiaste de la jeunesse ne sont plus là pour corriger l'âpreté d'un courroux légitime; l'homme fait n'a plus d'illusion, et ses regrets vivent toujours. La mignardise, l'afféterie, les concetti oij se plaît la muse adolescente de Motin ont disparu à peu près de ses dernières œuvres, les seules qui soient imprimées et que l'on retrouve éparscs dans les recueils du temps. Le style, moins incorrect, est plus noble et la pensée plus élevée : la phrase ne flotte plus au gré des caprices de l'inspiration, et l'idée s'y condense, tellement serrée parfois qu'elle en devient

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