‹ Œuvres inéditesChapitre 17 sur 63 · SA VIE ET SES ŒUVRES XVII · texte numérisé non relu

SA VIE ET SES ŒUVRES XVII

obscure. Mais l'expression est toujours poétique et vigoureuse : c'est surtout dans le domaine de la satire qu'elle trouve toute sa force d'expansion; il faut dire que ce genre de composition était fort apprécié des beaux esprits du temps; les obscénités révoltantes, qui en rendent aujourd'hui l'impression impossible, dans notre pays du moins, ne choquaient alors le goût de personne : le naturalisme était même fort bien porté, du moment que l'irréligion, qu'on appelait libertinage, ne s'y faisait pas jour.

Les contemporains de Motin (et c'est probablement à cette appréciation que Boileau a demandé son fameux vers) disaient du poète de Bourges, qu'il avait « trop de flegme et pas assez de feu ». Mutin, que les biographes appelleraient volontiers le chaste', lorsque sa plume l'est si peu, mena peutêtre une vie aussi dissipée que celle de ses confrères : seulement, au heu de s'afficher, comme Régnier et Berthelot qui couraient les mauvais lieux, et surtout comme l'infâme Sigognes qui devait sa fortune au plus honteux des métiers, Motin abritait dans le mystère ses amours plus ou moins délicates ; des notes manuscrites, insérées à côté de

I. Il jouissait également d'une grande réputation de sobriété' car le poète Isaac Du Ryer dans l'épitaphe qu'il lui consacre' lui dit plaisamment que ce n'était pas la peine de boire tant d'eau, etc., etc.

Motin. r

XVIIl MOTIN

telle ou telle pièce que lui attribuent les recueils satiriques, nous édifient sur la nature de sa liaison avec les plus fameuses courtisanes du temps. Mais comme il n'avait pas toujours lieu d'être satisfait de leurs procédés, sa verve railleuse les flagelle souvent d'importance. Il semble même, à lire la plupart de ces pièces où le persiflage est la note caractéristique , que cette vie irrégulière lui ait inspiré plus de dégoût que de plaisir.

Chose bizarre ! Aucun de ces poètes satiriques, qui s'injurient si volontiers entre eux, ne l'a pris pour cible de ses quolibets. Pas un n'en parle. Régnier Taimait beaucoup et lui dédia une de ses satires; et j'ai retrouvé dans le Parnasse de Théophile, qui, chacun le sait, n'a pas été seul à composer ce recueil ordurier, une autre satire qui est adressée à Motin et dont je n'ai pu découvrir l'auteur '.

Cependant, bien que notre poète fréquentât peu les gens de lettres de son temps, il ne dédaignait pas de travailler avec eux à l'occasion. Du reste, ses devoirs de courtisan l'y obligeaient. L'Italie avait apporté en France la mode des ballets ; et cette sorte de divertissements avait pris un déveoppement extraordinaire sous le règne d'Henri IV.

I. Le Parnasse satyrique a été publié en i622, et Motin est mort en 1612 au plus tard : est-il possible que Théophile lui eût adressé si longtemps à l'avance cette épître? A vrai dire, Théophile arriva à Paris en 1610.

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