SA VI E ET SES ŒUVRES III
dédié au Roy, sorte d'imitation indigeste de Claudien, qui contient, à de rares intervalles, des vers bien frappés, mais qui est généralement fort ennuyeuse, d'autant qu'elle est très-longue , ce qui n'est pas un péché d'habitude chez Motin.
Certes, si Boileau a commencé l'étude de Motin par la lecture du Phœnix, il a dû envoyer le livre et l'auteur à tous les diables; peut-être même n'at-il pas voulu en voir davantage.
Mais j'admets qu'il ait poursuivi son examen. La série des pièces qui accompagnent l'assommant poème du Phœnix se compose , à l'exception de quelques morceaux officiels, d'élégies ou de satires fort courtes , vivement troussées et qui ne manquent ni d'esprit ni de grâce. C'est là une partie importante de l'œuvre de Motin; et s'il lui faut attribuer la réputation de fameux poète que se fit notre auteur parmi ses contemporains, nous devons reconnaître que ceux-ci n'avaient pas précisément tort.
La note dominante du talent de Motin, c'est une sorte de mélancolie pleine d'amertume et féconde en sarcasmes, tristesse âpre, poignante et railleuse dont nous retrouvons dans notre Alfred de Musset, ce génie toujours souffrant, l'expression la plus noble et la plus puissante.
Je ne m'étonne pas, si Boileau a lu complètement les poésies de Motin, qu'il l'ait trouvé sans