‹ Œuvres inéditesChapitre 58 sur 63 · ANAGRAMME · texte numérisé non relu

ANAGRAMME

JEHAN BERTAULT

Quelqu'un d'avarice saisy Sera serf d'un profit inique ; Mais Bertault, qui suit la musique, Ha un état libre choisy.

QUATRAIN

Je ne sçay si je faulx en rien, Ou bien si j'ay trop de couraige, Mais, ô Du Pont, je voudrais bien Aprivoiser ceste sauvage !

Page 2, vers 5. Cette demoiselle La Croix, qui fut la muse inspiratrice des œuvres de jeunesse de Motin, devait être la fille, ou tout au moins la parente d'un Vincent de La Croix, échevin de la ville de Bourges en 1562 et anobli comme tel en vertu de lettres patentes octroyées par le roi Louis XI aux maires et échevins de cette bonne et fidèle cité. Ce même Vincent de La Croix fut un des signataires , avec le père de Motin, de cette convention de 1 568 , par laquelle deux cent trente-six habitants de Bourges promirent et jurèrent de s'unir pour la défense de l'Église catholique et pour le maintien de ses droits.

2, 6. Quelquefois... n'est-ce pas plutôt autrefois?

3, Ce sonnet semble un écho affaibli de la muse de Ronsard : évidemment l'image du grand poète était encore présente à tous les yeux. La cadence de ses vers sonnait toujours aux oreilles : les grâces un peu mièvres de ses odelettes s'imposaient à ses contemporains : qui sait même si le sonnet de Motin oîi nous relevons cette curieuse ressemblance avec le faire de Ronsard n'a pas été écrit du vivant même du chef d'école? — A vrai dire, son influence s'éteignit avec le siècle ; et nos lecteurs constateront sans peine que si Motin a pu s'inspirer dans certaines de ses œuvres de jeunesse de l'exemple de Ronsard, il l'oublie complètement quelques années plus tard, comme le prouvent les pièces qui nous restent de lui et qui sont imprimées dans les recueils du commencement du XVII'' siècle.

4, I. Serainc... sirène.

— II. Ores guay, ores triste... tantôt gai, tantôt triste. 5,14. Motin, comme bien d'autres poètes du même temps

et... des siècle.'; futurs, maudit l'heure malencontreuse où il crut que la profession d'amant des neuf Sœurs lui rapporterait honneur et fortune. Plus tard, quoique poète de cour, il ne trouvera pas d'expressions assez amères pour déplorer la condition des ambitieux qui recherchent la faveur des princes.

P. 6, V. 5. Apollon, chassé de l'Olympe, fut réduit à garder les troupeaux du roi Admète en Thessalie.

— 4. Ce vers termine singulièrement le premier quatrain. Il semblerait plutôt se rattacher au deuxième, sans le mol puis qui déroute toute espèce de commentaire. Il y a eu évidemment transposition ou erreur de la part du copiste.

— 5. Fuitive... fugitive.

— 9. Le copiste avait écrit troupeau : erreur grossière ; un troupeau donne-t-il à boire? Coupeau (coteau) me paraît la version véritable.

— 14. Préjugé des temps anciens qui était encore un article de foi au XVIo siècle.

8, I. Qu'est-ce que ce Jean Louvert dont les c^rmM l'carm/na, vers), non les charmes et les écrits, engendrent mille cris ? — Est-il de la famille des Louvert qui donne, dans les premières années du XVlie siècle, un avocat au piésidial de Bourges, allié de Catherinot?

— 2. Reqiioy, du latin requies, repos.

— 3. Coy, du latin quietus, paisible.

9, 1. 2. Les De Cambray étaient de la famille de Jacques Cœur. L'un d'eux, François, fut premier conseiller au siège présidial ; et J. de Cambray, dont Motin a écrit le Tumbcau, fut élu en 1574 et mourut en i586.

10, 1 et s. Cette pièce semble une traduction fruste et naïve d'une épigramme de l'Anthologie ; elle est à l'adresse d'un nouveau-né dont la famille est absolument inconnue.

11, 9. Dans cette touchante épitaphe, Motin emploie, pour dire que son frère est mort à sept ans, une périphrase que les poètes de la fin du XVIlie siècle reproduiront à satiété. — Cette épitaphe démontre très nettement que le Motin dont Chenu annonce la mort dans ses Antiquités de Bourges n'est autre que notre auteur : il est certain que l'avocat berrichon, confondant les deux frères ensemble, a donné le titre de fa-

meux poète à l'enfant de sept ans en attribuant à l'aîné le prénom du cadet.

P. 12, V. 5. Sagette, du latin sagitta, flèche.

— 10. Reboucha... repoussa, u Reboucher, émousser un tranchant ou pointe. » (Nicot, Thrésor de la langue française, 1606.)

— ij. Le texte primitif porte : N'y a-il... beaucoup plus correct, quoique moins euphonique, que le n'y a-t-il moderne.

13, 6. Au dire de La Thaumassière, la peste sévit avec une telle intensité à Bourges en 1581, qu'il y mourut, cette année-là, plus de sept mille personnes : depuis elle y resta longtemps encore à l'état endémique : il est probable que la pièce de Motin ne fut pas composée en 1581 ; il eîit été trop jeune à cette époque pour signaler cette effroyable mortalité.

14, 2. Veaulx, injure la plus sanglante qu'on pût infliger à un homme au XYI^ et au XVII» siècle.

iç, 13. Quel est ce père Bernard dont le souvenir sert de trait final à ce joli sonnet ? — Des biographes parlent d'un moine célèbre du même nom, dont les prédications faisaient courir tout Paris ; mais il ne peut être contemporain de notre poète, puisqu'il naquit en 1588, à l'époque où nous supposons que Motin composa ses premières pièces. — D'ailleurs, le P. Bernard dont parle le pauvre amoureux prêchait à Saint-Étienne. église cathédrale , métropolitaine, primatiale et patriarcale de Bourges, soumise à la seule autorité du Saint- Père. Ce prédicateur est absolument inconnu.

16. Cath. Genton était fille de Claude Genton , maire ce Bourges en 1580, le même sans doute que le signataire de la déclaration d'union de 1568.

— 7. Levers n'a que onze syllabes. Négligence du copiste.

17. Marguerite... Motin nomme ainsi sa cousine : est-elle de la famille de ce Bonnet qui signa le traité d'union de 1568 et dont le poète Bonnet, qui se dit « neveu d'alliance » de notre auteur, est probablement un descendant?

— 1 . Gentille ne pouvant rimer avec indiscrette , il est à supposer que Motin avait, à la place d' indiscrette, écrit inciville, et que le copiste n'en a pris nul souci.

104 NOTKS

P. i8, V. 2. Cautele... ruse : nous avons conservé l'adjectif cauteleux.

19, I. On remarquera que Jehanne, qui ne compte ici que pour deux syllabes, compte pour trois dans le dernier vers du sonnet.

— 7. La Tour, nommée encore la Grosse-Tour , était fort élevée : ses murailles, d'une épaisseur prodigieuse , étaient flanquées de petites tours. Des auteurs prétendent qu'elle fut construite par César. D'autres, plus dignes de foi , assurent qu'elle fut commencée par Louis le Jeune et terminée par Philippe-Auguste. Pendant les guerres de religion, elle fut l'objet des convoitises et des attaques des divers partis, prétention qui explique le vers de Motin. En eiîet, en 1588, elle fut assiégée parce qu'elle « tenait contre le service du roi ». Louis XIV en ordonna la démolition en 165 1 , et l'explosion qui la détruisit fut suivie d'une terrible catastrophe. On releva dix-sept tués et trente blessés, entre autres des écoliers, un chanoine de Saint-Étienne et un vicaire de la même église, le sieur de La Croix, peut-être un paient de l'inexorable maîtresse de Motin. — Dans cette tour furent emprisonnés le cardinal La Balue, Louis d'Orléans et Ludovic Sforce.

— 14. Faute de quantité due à la négligence du copiste.

20, I. Les Fradet appartenaient à la noblesse berrichonne bien avant que les lettres patentes de Louis XI en eussent accordé les privilèges aux maires et échevins de la ville de Bourges. Cette famille fournit au corps municipal nombre de maires, d'échevins, et des conseillers au bailliage et présidial de Bourges. Un de ces membres signa le pacte d'union des catholiques, très-probablement Antome, qui fut élu cette même année échevin. — Quant à celui dont parle Motin, il devait être le fils d'Antoine : il s'appelait Claude Fradet, écuyer, sieur de Chappes. En ijSy, il fut pourvu de la charge de lieutenant criminel en survivance de son père ; et tous deux l'exercèrent conjointement jusqu'en 1589. Plus tard, Claude Fradet fut nomme lieutenant général, et nous le retrouvons en i6o5 présidant le conseil des maires et des échevins.

— 5. Remirer... autrement énergique qn'admirer.

21,1. Détail de toilette féminine confirmé par les portraits du temps.

P. 21, V. 2. Cythère , c'est-à-dire Catherine Canton qu'il a précédemment anagrammatisée.

. — 7. Ton propre affaire... Ce masculin se trouve fréquemment dans les auteurs.

24, 9. Je faux (latin /<2 //or), je me trompe.

— :o. Piteux, miséncordïeux; pitoyable, comme on disait encore au XVïl^ siècle.

25, ç. Motin eut à se plaindre sans doute de quelque entreprise d'un beau capitaine contre son amie. Les militaires sont coutumiers du fait, paraît-il; et les poètes le leur reprochent assez amèrement. Ronsard, dans une de ses plus jolies gaillardises, voue aux dieux infernaux des soldats qui lui avaient joué le même tour. (Voir les Folastreries de Janot.)

— 10. Ne faut-il pas lire secret, terme plus correct au point de vue de la rime ?

28, 4. Imployable... dans le sens du latin inflexibilis.

— 13. Regarde... je sous-entendu.

29. Nous n'avons aucun renseignement sur un épisode complètement étranger à la vie et à l'œuvre de Motin ; nous ignorons pourquoi cet échantillon de la poétique de Bridard s'est glissé dans le manuscrit : il nous faut toutefois l'accueillir avec empressement. Le nom de Motin, deux fois répété dans les quatre sonnets qui suivent, nous garantit, sans conteste, l'authenticité des poésies qui lui sont attribuées. Bridard et de La Roche étaient sans doute, comme Motin, comme la plupart des tlls des bourgeois de Bourges , dont nous retrouvons souvent ici les noms, de joyeux étudiants suivant les cours de la célèbre université. Le sieur de La Roche et la demoiselle de La Goutte Bernard nous sont absolument inconnus : quant à Bridard, ne serait-il pas le même que le Claude Bridard, fils d'un Bridard, échevin en 1546, qui présida, comme lieutenant particulier, en 1601, le conseil des maires et des échevins ? Il fut peutêtre le modèle des officiers de justice ; mais, comme poète, quel feu roulant de calembours !

34, 14. Quelle explosion de joie ! Au moins avons-nous la consolation de constater que ce pauvre Motin ne rencontra pas toujours des cruelles.

Page 1