DES MŒURS ET USAGES
224r». Les hommes ont toujours les mêmes passions'; mais chaque siècle a ses mœurs, et dans chaque siècle les mêmes passions ont une nouvelle manière de se montrer. Jadis, quand la société avait moins appris à avoir de l'empire sur soi, les rivalités étaient sanglantes, et rarement une fête finissait sans voir briller le fer, et les coupes servaient d'armes. C'est ainsi que ^01ympe^ etc.
... Depuis les Egyptiens qui faisaient périr tous
1 . Publié dans les Œuvres en prose, p. SSg. Becq de Fouquières compare ce fragment avec un fragment de VHermès, Poésies, p. 36^, 3* édition.^ — Il observequc Montesquieu, Grandeur etDécadence des Romains, chap. I, a dit : o L'histoire moderne nous fournit un e:xemple de ce qui arriva pour lors à Rome ; et ceci est bien remarquable : car, comme les hommes ont eu dans tous les temps les mêmes passions, les occasions qui produisent les grands changements sont dilï'érentes, mais les causes sont toujours les mêmes. »
2. B, de Fouquières compare ce fragment avec le magnifique passage de V Aveugle où Chénier décrit le combat des Lapithes et des Centaures, aux noces de Pirilhoûs.
les enfants qui naissaient roux, etc.. (autres exemples de pratiques et de mœurs contraires au bon sens) jusqu'à ces peuples barbares et presque sauvages encore oii, suivant quelques voyageurs, (mais ils en imposent sans doute,) il n'y a d'autres procès que des combats meurtriers, d'autre justice que de tuer un homme, d'autre crime que de ne savoir pas le tuer, d'autres lois civiles que les formalités à observer pour le tuer comme il faut, d'autre jurispinidence que l'étude decet art, d'autres tribunaux que les salles d'armes, d'autres magistrats etjurisconsultes que les gladiateurs.
Les différents usages des nations jettent de grandes différences dans leurs langages, les différences les plus frappantes, celles qui les distinguent le plus et les empêchent le plus de se joindre dans un grand nombre de détails. Un peuple fait plusieurs applications éloignées d'un usage qu'il a tous les jours sous les yeux : les rapports qu'il aperçoit entre ces usages et des choses qui semblent n'y tenir en aucune manière lui font trouver des expressions métaphoriques et proverbiales, source de l'éloquence forte ou de la piquante raillerie, et qu'il est absolument impossible de traduire avec précision dans la langue d'un peuple étranger, qui n'ayant point les mêmes usages n'a pu inventer les mêmes expressions.
Chacun peut se rappeler mille exemples de celte
2^ ANDRÉ CHÉMER
nature dans les langues grecque et latine et dans nos langues modernes. En voici un remarquable chez les Japonais, rapporté par Kempfer : ils donnent aux impôts dont le Prince les accable, qui d'abord sont douloureux et qu'on supporte avec le temps, le nom de kaAvakiri, qui est le nom d'une préparation brûlante qu'ils appliquent dans de certaines maladies pour cautériser la peau.
f» 176. Que le mensonge prend le ton du siècle où il paraît... que dans les siècles de barbarie il est grossier, bête, absurde... que dans un siècle éclairé e1 philosophique, il est subtil et fin, qu'il prend le ton du raisonnement..., ce qui le rend plus dangereux, car il finit par séduire même d'excellents esprits et de belles imaginations.