I.K NATUREL DES AACIENS
tout Anglais, se tourmentent toujours et en toute occasion ; leur douleur est un désespoir frénétique ; leurs plaintes, des hurlements ; leurs images n'ont point de modèle dans la nature ; leur expression est démesurée; ou si quelquefois ils veulent envisager d'un œil insouciant et philosophique les objets de la terreur du vulgaire, alors autre excès : ils en parlent avec un rire grimaçant et triste ; ils revêtent ces idées de mort d'une gaîté bizarre et farouche, plus effrayante que l'objet même; tandis que ces bons Grecs et ceux qui ont écrit comme eux, parce qu'ils avaient une ame tendre et flexible et vive comme eux, savent plaire et intéresser, et égayer doucement, dans leurs ingénieuses folies. Ils attendent la mort couronnés de roses, sans se travailler pour lui rire au nez. Leurs amis sont morts ; la vie est courte : eh bien! il faut qu'elle s'écoule mollement, sans y penser, parmi lesjeux, les danses, les festins; cueillons les fleurs quand elles sont fraîches... et tous les autres conseils d'un épicuréisme aimable exprimés envers délicieux que vous connaissez tous mieux que moi.
f" 173. (Un morceau est beau dans un auteur, on ne cite que ce morceau tout seul... Vol[taire], d'autres, apprennent cette manière commode déjuger... qui plaît beaucoup aux gens qui veulent juger de tout sans rien lire... On dit : « Lp quatrième livre de
V Enéide est admirable... » mais on devrait remarquer que les anciens écrivent tout comme il convient, changent de ton, etc..) (Détailler tout cela.)
(En parlant du naturel des anciens, qui n'inspi- f- n: raient point d'intérêt pour des sentiments factices et hors de la nature.)
Ce n'est pas eux qui ont imaginé les combinaisons absurdes dont tant de ridicules auteurs ont rempli de ridicules romans qui ont fait longtemps les délices de la France... ces..., ces..., ces princes déguisés sous les apparences dune naissance obscure, mais reconnus bientôt à leurs vertus, à leurs belles actions, à la noblesse de leur âme et de leur figure, car c'est toujours à cela qu'on reconnaît les rois, et les grandes vertus ne naissent jamais que chez eux : pensée inhumaine et lâche, bien digne d'être née chez des esclaves, contraire au bon sens et à la nature, outrageante pour tous les hommes, inventée au milieu des cours par quelques lettrés parasites, démentie par l'amas de bassesses, de crimes, d'infamies, de vices dégoûtants et ignobles, dont se sont noircis une foule de membres des familles royales depuis qu'il en existe sur la terre, démentie même par le soin petit et puéril que les rois chez qui elle s'est produite onUpris sans doute de la payer.
Des ouvrages pleins de ces inepties naissaient de tous les côtés. Ils devaient leur naissance aux
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mœurs insensées de leur temps* et contribuaient à les maintenir. Plus on en avait fait, plus on en avait à faire encore, et alors des hommes d'un vrai génie, de grands hommes, se laissant aller à l'usage, séduits peut-être eux-mêmes par des traits de grandeur factice et exagérée, dont les auteurs ingénieux savaient parsemer ces sortes d'écrits, jaloux d'ailleurs de plaire à la plus belle part de leurs lecteurs qui faisaient leurs délices de ces gothiques lectures, employaient un temps qu'ils auraient pu illustrer de chefs-d'œuvre à rhabiller ces pensées empruntées et méprisables, et que leur belle âme ne leur eût jamais suggérées.
ibidem. Il y a uu loud de sensibilité dans le cœur des hommes : l'égarer vers des intérêts factices et vains, c'est l'épuiser ; il n'en reste plus pour goûter les vrais sentiments de la nature. De là sur la scène cet amas d'intrigues, de galanterie, tandis que la liberté, le patriotisme, l'amitié, passions grandes, fortes, sublimes, osaient à peine s'y présenter. S^ils y paraissaient, le mauvais goût des poètes, d'accord avec le mauvais goût des spectateurs, avilissait la majesté de ces sujets saints et terribles par des fadeurs amoureuses, qui rendaient ces ouvrages encore plus ridicules que les autres.
I. Dans le manuscrit, de leur temps a remplacé de ces siècles.
PERFECTION ET DECADENCE DES LETTRES 5l
Les premiers anciens inventaient, nos grands ibidem. hommes étaient obligés de réparer. Les uns n'avaient qu'à copier la nature encore toute nue, les autres étaient contraints de la déterrer avec effort sous le poids de vêtements bizarres et faux; les uns n'avaient qu'à élever, les autres devaient commencer par détruire; les uns, pour être vrais, n'avaient qu'à dire ce que chacun pensait et sentait, les autres avaient toujours à contredire, toujours à se retirer, eux et leurs lecteurs, de la plus épaisse et de la plus ignorante barbarie.
Faire entièrement, avec soin, toute l'histoire de f° ^^s. la littérature grecque, surtout poétique... Faire observer par quelles nuances elle passa, tous les tons qu'elle prit, depuis la noble, majestueuse, attachante, naïve simplicité d'Homère, d'Hésiode, d'Orphée, Mimnerme... puis le ton des poètes lyriques les plus vieux. . . Alcmane. . . , Stésichore. . . , Alcée..., Sapho..., Anacréon..., puis les poètes attiques..., puis le ton laborieux et savant et pénible des poètes d'Alexandrie..., jusqu'à l'emphase, au mauvais style, aux sentences de Nonnus... Parler des poésies chrétiennes... un mot de Musée..., un mot de Denys... et d'Oppien qui, sous les Antonins, a écrit sur la pêche et sur la chasse des tableaux pleins d'images et de verve, et excellents pour le style dans un temps où on n'en faisait plus même de médiocre... Ne pas oublier l'histoire des quatre anthologies, d'après la préface de Brunck.
DES CARACTERES PE LA SCULP- TURE GRECQUE, fo ,39.
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Ce ne sont point des conventions arbitraires et servilement adoptées, des habitudes aveugles et moutonnières, de froides etininteUigentes routines d'école qui ont guidé le ciseau de ces anciens artistes. A ces exercices de la main, à ces essais longs et assidus qui leur donnaient la facilité de saisir avec une promptitude infaillible toutes les formes de la nature, ils joignaient les études de l'esprit, plus profondes et plus importantes, la réflexion taciturne, la sublime méditation, la connaissance des mœurs de l'homme, — - qui ont un rapport si intime avec la forme et l'expression de ses membres et de son visage, — la vue et l'expérience des nations naïves et libres. L'imagination des poètes enflammait et éclairait leur génie. En suivant la route de la nature même, ils arrivaient, ils s'élançaient jusqu'à la beauté parfaite que la nature indique mais n'exécute que rarement. Au travers de nos corps dégradés, fatigués souvent par les travaux, par l'âge, par les infirmités, par l'empreinte des vices, des chagrins, ils savaient retrouver et rendre cette forme céleste et primitive ; ils faisaient l'homme à l'image de Dieu. De là cette foule de chefs-d'œuvte dont rien depuis n'a approché, même de loin, si beaux qu'ils n'inspirent point d'admiration au plus grand nombre des artistes, incapables même de les regarder et trop au-dessous de l'idée qui les a fait produire pour pouvoir les admirer ; ces chefs-d'œuvre qu'on sent, qu'on admire plus à mesure qu'on s'en éloigne moins, etquisem-
blent n'être venus jusqu'à nous que pour nous montrer ce que c'est que l'art et jusqu'où il peut atteindre. Certes, il ne faut point s'étonner que, par des routes si différentes, les sculpteurs anciens et les sculpteurs modernes soient parvenus à produire des ouvrages si différents... A voirie feu, l'enthousiasme avec lequel les anciens s'expriment, et la froideur géométrique de ceux-ci, on ne croirait pasqu^ils parlent du même art...
Artiste ignorant et timide, les routes de ces anciens modèles sont-elles fermées? Que ne les cherches-tu? Que ne t'y enfonces-tu avec eux? Pense, médite comme eux. Elance-toi comme eux pour atteindre où ils ont atteint; marche sur le même sol pour l'élever à leur hauteur. Bon Dieu ! que m'as-tu fait là? Ces pieds, ces mains sont fidèlement rendus, ces cheveux sont mollement tournés : c'est bien. Il faut cela aussi. Mais crois-tu que cela suffise? Quelle est celte expression? Quelle est cette attitude? Je vois là une pierre taillée en figure humaine, mais est-ce que cela vit, est-ce que cela parle, est-ce que cela pense? Je veux voir la beauté, et tu crois me satisfaire en me montrant, au hasard, des yeux, un nez, une bouche. Je te demande Achille ou Apollon, et, en copiant servilement le premier beau portefaix qui s'est montré devant toi, tu crois me montrer des héros et des dieux. Ce n'est poiat là qu'ils sont; c'est dans l'imagination brûlante, c'est dans la sublime pensée. Phidias n'a point ôlé d'Homère, avec mille autres, le Jupiter olympien. Cherche :
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il y est encore. Il y fait encore un signe de ses noirs sourcils, ses cheveux d'ambroisie s^agitent sur sa f" i/io. tête immortelle, et il ébranle le vaste Olympe. Quoi! tu ne sais rien y voir.^^ Tu ne lis point les poètes. Tu n'as pas tant de temps à perdre. Il faut que tu travailles. Repasser dans ta tête les sublimes peintures d'Homère, de Virgile, de Racine, du Tasse, ce n'est point travailler selon toi. Tu ne sais travailler qu'avec la main. Va, crois-moi : laisse là ton ciseau, prends un autre métier, fais-toi tailleur de pierres ou maçon. Mais toi, jeune élève, si les chefs-d'œuvre antiques, chaque jour contemplés, baignent ton front de sueur, enflamment ton courage et laissent dans ton cœur un long aiguillon d'émulation et de gloire; si l'idée ou la vue de la beauté allume tes sens et te met hors de toi; si tu aimes à t 'enfoncer dans les bois, seul, errant comme un insensé, et ruminant dans ton cerveau les brûlants tableaux des poètes et répétant les vers où respirent, oii se meuvent les héros, les géants, les dieux; si tu frappes du pied, de dépit, en trouvant toujours ton exécution au-dessous de ta pensée ; si, toujours mécontent de ce que tu viens de faire, une ardente inquiétude te fait toujours chercher quelque chose au delà, viens, viens, travaille ; c'est toi qui feras des chefs-d'œuvre ; c'est toi qui ressusciteras ce bel art, cet art divin, si mal connu parmi nous.
Eh bien donc, prends-moi ce ciseau, amollis-moi ce bloc de marbre, fais-moi des héros, fais-moi un dieu, étends-moi les voûtes de ce front où le monde
a été conçu ; creuse-moi la vaste place de ces yeux qui lancent l'éclair; ouvre-moi cette bouche éloquente où résident la justice et la vérité. Elancemoi ce corps divin, incorruptible, nourri d'ambroisie, ce corps tout d'esprit et de flamme. Laisse là ces rides, ces sillons, ces plis de la peau, vestiges profonds des maladies et de la décrépitude, avantcoureuses de la mort. Fais-moi un corps qui n'ait éprouvé, qui ne craigne nul changement, nul outrage des années. A travers cette chair transparente, montre-moi des nerfs, des muscles harmonieusement unis, que nul effort n'ait fatigués, pleins de cette vigueur tranquille, de ce calme inséparable de celui qui peut tout ce qu'il veut. Quej'y voie couler, non du sang, mais cette liqueur divine, cet ichôr, dont parle Homère, qui coule dans les veines des dieux immortels.
(Parler au long du défaut de donner la même f' '^«o figure à une déesse ou à une belle paysanne, à l'Hercule ou à Paris, à une Lacédémonienne ou à une courtisane...) (Détailler les fautes de l'Hercule du Puget.)
(D'où naît le goût.»^ Quels en sont les principes .►^ L'envisager soit dans le rapport qu'il a avec l'artiste qui travaille ou avec le connaisseur qui juge.)
oi Beau idéal.
Parrhasius d'Ephèse ayant peint un Hercule à Lindos disait l'avoir peint comme il l'avait vu sou-
vent en songe. . . soit qu'il le crût. . . soit que. . . C'est l'emblème du beau idéal. Pline, 1. 35. Athénée,
f° 3/i3. Le conte absurde qui a été fait sur Michel-Ange avait été fait sur Parrhasius. On voit dans une des déclamations de Sénèque le père, 1. 5, que ce peintre était accusé d'avoir acheté et mis à des tortures un esclave olinthien, qui dans cet horrible état lui servit de modèle pour représenter Prométhée attaché sur le Caucase. Je ne saurais croire à cette atrocité.