‹ Œuvres inédites. Publiées d'après les manuscrits originauxChapitre 4 sur 84 · PREFACE XIX · texte numérisé non relu

PREFACE XIX

Paris et dans le Mercure français, puis quelques morceaux poétiques de sa jeunesse insérés dans l'introduction de l'édition de 1874; enfin, divers fragments littéraires ou politiques, publiés en 18^0 par Paul Lacroix. La cinquième liasse, moins importante, ét^it réservée exclusivement aux papiers de Marie- Joseph Chénier.lNous n'avons pas k nous en occuper ici.

Le département des manuscrits a, comme il convenait, respecté Tordre établi, et les quatre liasses ont été reliées aussitôt avec le plus grand soin. Elles forment aujourd'hui quatre volumes du Fonds français y — Nouvelles acquisitions, n"*" 6848 à 685 1. — Toutes les œuvres et pages inédites furent réunies dans le quatrième (n"685i), comme l'avait souhaité Gabriel de Ghénier. C'est ce voluipe que j'entrepris d'étudier plus spécialement. Après ejx avoir pris une copie complet!?, en 1899, je me suis efiforcé de claçsçr ces morceaux et de déterminer les divers groupes entre lesquels il convenait de les répartir ; ce travail m'a permis peu à peu de dégager, à travers ces feuillets dont le nombre s'élevait à plus de quatre cents, et en ra'aidant des signes conventionnels adoptés par l'écrivain, les ouvrages les plus importants dont Ghénier poursuivait la préparation G'est ainsi que la Perfection des Arts, qui a tant retenu, depuis, l'attention des critiques et des historiens*, et V Apologie ont pu être reconstituées. Si l'on songe que le poète avait pour babj-

I. .^e citerai seulement MM, Emile Faguet, Henri de Régnier, Gaston Deschamps, Louis Arnould, Edmond Estève. M. Paul Glachant s'en est occupé également dans son utile volume : André Chénier critique et critiqué (Paris, 1903, in-13). M. Firmin Roz en a noté aussi la hf|^te signification dans son judicieux travail : André Chénier, Textes choisis et commentés, de la Bibliothèque française [Paris, Pion, i vol. in- 12). Parmi les travaux qui ont paru sur Chénier antérieurement à nos publications, on peut toujours recommander ceux de MM. Z^romaki, Bertrand, Haraszti, Morillot, etc.

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tude de confier tout ce qu'il écrivait, notes ou rédactions définitives, à des feuillets détachés, de dimension et d'aspect très variables, parfois fort petits, et dépourvus de toute numérotation, et que la famille avait rangé ces papiers dans un ordre très défectueux, on comprendra que ce travail ait exigé d'assez longues réflexions et qu'il ait présenté souvent de réelles difficultés. Nous avons publié successivement les œuvres inédites, avec une série d'introductions, dans la Revue de Paris (n°^ du i5 octobre et du 1^'' novembre 1899), dans la Revue bleue {n° du 5 mai 1900), dans la Revue d'Histoire littéraire de la France (1901, p. 177 à 21 3), et dans la Renaissance latine (n"^ du i5 janvier et du i5 février 1903)'. Et c'est seulement aujourd'hui que nous les réunissons, à la demande d'un éditeur plein de zèle pour l'histoire de la poésie française, sans nous dissimuler tout ce qu'il faudrait encore y apporter d'application et peut-être de recherches ^.

Les manuscrits de Chénier offrent, en général, une écriture ferme et régulière. Si, par suite de corrections ultérieures, ou en raison des exigences de l'inspiration

1. Depuis, les trois volumes contenant les poésies ont été étudiés et utilisés par l'illustre auteur des Trophées, J.-M. de HcréJia, dans la belle édition qu'il a donnée des Bucoliques (Paris, 1907, 8°i et par M. Paul Dimoff dans la savanle édition qui est en cours de publication, à la librairie Delagrave, des Œuvres complètes d'André Chénier, et dont le t. I {Bucoliques) et le tome II {Poèmes, Hymnes, Théâtre) ont paru.

2, Nous avons pris soin de dépouiller les manuscrits de la Bibliothèque municipale de Carcassonne ; ils ne nous ont rien fourni d'utile pour le présent volume. Nous avons limité à dessein l'annotation aux points qu'il était indispensable d'éclaircir, voulant surtout réunir et classer à nouveau, après une minutieuse enquête, les oeuvres que nous laissions dispersées à travers quatre périodiques, et cherchant à les rendre accessibles aux travailleurs. Je liens à remercier ici M. Pierre Colmant, ancien membre de l'École française de Rome, qui m'a fourni avec dévouement une aide intelligente et utile au COUTS de l'impression du présent volume.

PRÉFACE x^i

comme de l'idée soudaine qu'un auteur craint de voir s'évanouir, certaines pages imposent un déchiflVement pénible, il en est d'autres, en grand nombre, écrites avec un soin minutieux. Des morceaux entiers sont même absolument calligraphiés. Tels fragments d'auteurs anciens, surtout de poètes, transcrils avec amour sur de jolis petits feuillets de carnet, en lettres capitales imitées d'inscriptions antiques, semblent avoir accompagné André dans ses promenades et ses voyages. Partout, on retrouve à travers ces feuillets vénérables, la trace d'un esprit harmonieux, méthodique, ami de l'ordre et de la beauté. Quelques pièces figurent au dos d'adresses de lettres envoyées au poète à Londres et à Paris*. Entre toutes les poésies autographes contenues dans les trois premiers volumes, il faut signaler les célèbres feuillets, si minces qu'ils en sont presque transparents, où l'immortelle victime écrivit ses derniers ïambes dont on a pu dire récemment qu'ils sont le plus sublime cri d'indignation, d'ironie, de colère et de pitié qu'ait poussé la poésie française :

Comme un dernier rayon, comme un dernier zéphire

Animent la fin d'un beau jour, Au pied de l'échafaud j'essaye encor ma lyre.

Peut-être est-ce bientôt mon tour...

Avant que de ses deux moitiés Ce vers que je commence ait atteint la dernière, Peut-être en ces murs effrayés

I. Voici deux de ces adresses : A Monsieur, Monsieur Chénié de 5' André, rue (lullure S^* -Catherine, au Marais. — A Monsieur, Monsieur de S^ André, Porlman Square {à Londres). — Une rose des venls de l'antiquité a été dessinée par André sur un reuillet où il a noté l'adresse de M. Charles Curtis, Clareodon street, n° 8. Oxford. Des vers grecs et latins de « André le Français Bvz.intin » datés de Londres, le 3i janvier 1789, sont transcrits sur une vieille pu^e de livre, — une l'uuille de ^arde.

Le messager de mort, noir recmteur des ombres,

Escorté d'infâmes soldats, Emplissant de mon nom ces longs corridors sdtnbi-es,

Sur mes lèvres soudain va suspendre la rime.

Ces feuillets, au nombre de trois, d'une écriture microscopique mais cependant très lisible, furent envoyés par André à son père, de la prison Saint-Lazare, dissimulés dans un paquet de linge sale, peu d'heures avant l'exécution... Il est peu de reliques au monde qui puissent éveiller plus d'émotion, de tristesse et de regrets.

L'aùteiir dé Vlîermhs, pendant sa période de pleine production, travaillait, tant en prose qu'en vers, plusieurs sujets à là fois :

Je remplis lentement ma ruche industrieuse,

dit-il quelque part ; et ailleurs :

, . . Vous avez vu, sous la main d'un fondeiir, Ensemble se former, diverses en grandeur, Trente cloches d'airain, rivales du tonnerre?

Moi, je suis ce fondeur : de mes écrits en foule Je prépare longtemps et la forme et le moule. Puis sur tous à la fois je fais couler l'airain. Rien n'est fait aujourd'hui; tout sera fait demain.

André nous livre, dans ces vers, le secret de sa méthode de travail. Sollicité par les multiples tâches que lui suggérait son infiiiie curioisité, il passait souvent sans transition de l'une à l'autre, au hasard des impressions du moment. On s'explique donc sans peine que ses papiers aient tous gardé l'aspect caractéristique qui leur

PREFACE "l"

donne, {)armi les manuscrits originaux de nos grands écrivains, une place tout à fait à part. Assigner à tant de pages isolées leur place logique et rendre sensible leur enchaînement : tel était le double devoii* qui s'imposait à l'éditeur des œuvres inédites de Chériier. Un travail si délicat ne comportait, on le comprend, aucune précipitation * .

Parmi les œuvres inédites, il faut signaler, en première ligne, le groupe à la fois nombreux fet bien délimité des fragments en prose destinés à une sorte d'histoire générale des littératures. Chénier, on l'entrevoit par plusieurs passages, attachait une extrême importance à la réalisation de cette entreprise; il en avait pendant longtemps caressé le projet avec une prédilection toute particulière. La presque totalité des feuillets relatifs à cet ouvrage se trouve marquée du signe w. On sait que le poète avait poiir habitude de distinguer par une lettre ou par un mot grec (8 pour r/Zermè^; 60'jx. ^our les Bacolùjaes; t^^iy. pour les Elégies, etc.) les pages qu'il composait chaque jour au gré des fantaisies de son inspiration, et parfois sous le

I De inènie que tous les éditeurs d'André Chénier, nous avons suivi pour cette publication l'orthographe moderne. Les quelques particularités à noter de l'orthographe d'André sont les suivantes : il écrit sans l la syllabe finale du pluriel des mots en enl ou anl : sermens, etc. ; il adopte la forme fesail, omet les accents, écrit employ, démocracie, quurré, phrénèlique , etc. — Nous n'avons laissé de côté qu'un certain hombre de textes grecs et latins copiés par Chénier, les uns empruntés à la Bible, les autres à Cicéron, Horace, Virgile, Hroperce. Tibiille et 'Facile; des extraits de Chardin ; quelques textes italiens également copiés, des choix d'épithètes, une rose des vents, une noie donnant l'énumération des sources de Pline, un relevé des différents mètres poétiques uàités chez les anciens, et enfin Irois projets d'élégies, inspirés en partie de Sappho, qui, en raison des sentiments qu'ils expriment, ne nous ont pas paru susceptibles d'être publiés dans ce recueil, d'autant que leur faible intérêt Ultéraire ne saurait en faire regretter l'omission.

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