‹ Œuvres inédites. Publiées d'après les manuscrits originauxChapitre 43 sur 84 · APOLOGIE · texte numérisé non relu

APOLOGIE

traînent sur les quais et qui, heureusement pour l'honneur de la nation française, ne sont connues que du sot qui les a faites et du libraire qui voudrait les vendre, ne me verront jamais occupé à repousser leurs traits. Ils auront beau continuer de se déchaîner et contre mes écrits et contre moi ; je ne m'arrêterai jamais qu'ici un instant pour leur faire la seule réponse que je leur ferai de ma vie, en leur adressant les paroles que, dans un livre anglais plus sage qu'il ne paraît l'être \ un oncle Tobie dit à une mouche qui l'avait incommodé longtemps et qu'il laisse échapper après l'avoir prise: « Va, je ne veux point te tuer. Va-t'en, pauvre diable, sauve-toi. Pourquoi te tuerais-je.^ Ce monde est assez grand pour toi et pour moi. »

aTToX

Ils étaient façonnés tellement à la servitude, qu'ils semblaient incorporés avec elle, ne vivre que dans elle, ne pas concevoir un autre état. Il s'en estimaient heureux ; ils étaient féconds en beaux raisonnements, en excellentes plaisanteries contre les peuples qui avaient eu le malheur de n'être pas, comme eux, asservis sous un joug bien tyrannique. Ils regardaient comme un scélérat ou comme un fou tout homme convaincu de n'être pas un vil esclave. Plus l'esclave était muet et rampant, plus ils en fai-

Page 1